OSPAR Oslo and Paris Commissions - Commissions d Oslo et de Paris
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Bilan de santé 2000
Chapitre 2 - Géographie, hydrographie et climat

2.1 Introduction
2.2 Définition de la zone de la Convention OSPAR
2.3 Topographie du fond marin
2.4 Géologie et sédiments

2.5 Description de la marge côtière
2.6 Estuaires, fjords, rias et marais
2.7 Bassin hydrographique et apports d’eaux douces
2.8 Masses d’eau
2.9 Circulation et mouvement des masses d'eau
2.10 Vagues, marées et surcôtes de tempête
2.11 Transport des solides
2.12 Météorologie
2.13 Variabilité climatique et changement du climat

2.1 Introduction

Le présent chapitre définit les principales caractéristiques physiques de la zone maritime OSPAR. Il constitue la base des descriptions plus approfondies des propriétés chimiques et biologiques de la zone (aux chapitres 4 et 5) ainsi que de l’impact des activités humaines (au chapitre 3).

La circulation des eaux de l’Atlantique nord fait partie intégrante du système planétaire de circulation des eaux océaniques, que les océanographes ont baptisé ‘boucle océanique de circulation globale’. Le volume des eaux superficielles chaudes, salées et riches en nutriments, s’écoulant vers le Nord dans l’ensemble de l’Atlantique, est cent fois supérieur à celui de l’Amazone. Ces eaux s’enfoncent ensuite dans les profondeurs des mers du Groenland et du Labrador, puis reviennent dans l’océan méridional, à deux ou trois kilomètres au-dessous de la surface, où elles forment les ‘eaux profondes de l’Atlantique nord’. Les eaux superficielles chaudes dégagent de la chaleur dans l’atmosphère septentrionale froide, à un taux équivalent à cent fois la consommation mondiale d’énergie, qui suffit à faire monter d’environ 5 °C la température de l’atmosphère de l’Europe.

2.2 Définition de la zone de la Convention OSPAR

Au total, les cinq Régions de la Convention OSPAR englobent la plus grande partie de l’océan Atlantique du Nord-Est (Figure 2.1), qui représente une superficie de l’ordre de 13.5 x 106 km2 et un volume d’environ 30 x 106 km3. Cependant, l’Atlantique du Nord-Est étant relativement étroit et peu profond, ces chiffres ne représentent qu’environ 4 % de la superficie et environ 2 % du volume des océans de la planète. Les limites sud et nord de la zone sont respectivement le 36e parallèle nord et le pôle nord. Le 42e méridien ouest, la côte atlantique de l’Europe et le 51e méridien est dans l’océan Arctique constituent les autres limites de la zone.

Q.F.2.1.F.jpg (152141 bytes) Figure 2.1 La superficie des océans englobés dans la zone maritime OSPAR est de l'ordre de 13.5 x 106 km2, la zone représentant un volume de 30 x 106 km3.

2.3 Topographie du fond marin

Les principales caractéristiques topographiques de la zone maritime d’OSPAR sont la crête médio-Atlantique (dont les Açores et l’Islande sont les points les plus élevés), et la crête Groenland-Ecosse (qui sépare le bassin de l’Atlantique des mers nordiques) (Figure 2.2). La profondeur des eaux va d’environ 5000 m de part et d’autre de la crête médio-Atlantique, à moins de 200 m sur le plateau continental le long des côtes de l’Europe. A certains endroits, les monts sous-marins se présentent sous la forme de montagnes immergées, isolées, ou de chaînes de montagnes dominant le fond marin.

Les zones les plus vastes du plateau continental se trouvent en mer du Nord et dans les mers celtiques. D’autres mers épicontinentales entourent l’Islande, le Groenland et la mer de Barents. A l’inverse, le long de la côte ibérique et à l’ouest de la Norvège, le talus du plateau continental est très proche du littoral (Figure 2.2).

Q.F.2.2.F.jpg (130941 bytes) Figure 2.2 Topographie des fonds marins. Source des données : Base de données ETOPO5, National Geophysical Data Centre, Etats-Unis d'Amérique.

 

2.4 Géologie et sédiments

L’Atlantique nord a commencé à se former voici environ 200 millions d’années, au fur et à mesure que les plaques continentales européennes et nord américaines se séparaient de chaque côté de la crête médio-océanique active. La vitesse de la dérive, due à la formation d’une écorce océanique de basalte à la crête médio-océanique est de l’ordre de 2 cm par an. La zone OSPAR peut être divisée en trois régimes géologiques distincts, à savoir le bassin océanique et le plateau continental, 7 séparé au niveau du talus du plateau continental, par la marge continentale passive.

Dans le bassin océanique profond, une plaine abyssale s’étend de chaque côté de la crête médio-Atlantique, jusqu’aux marges continentales, constituée par un socle basaltique de 4 à 6 km d’épaisseur, recouvert par 0.1 à 2 km d’épaisseur de sédiments accumulés. Les sédiments (limon pélagique) sont en grande partie composés des restes d’organismes microscopiques (surtout des foraminifères et des diatomées) provenant des eaux qui les surplombent, ainsi que de petites quantités de poussière atmosphérique amenée par le vent et les courants de turbidité.

A hauteur des marges continentales, d’immenses fissures à sédiments sableux à vaseux descendent dans le bassin de la haute mer. Il s’agit là du résultat de glissements de terrains sous-marins (courants de turbidité). Du fait du caractère intermittent de ces phénomènes, les dépôts (qui peuvent atteindre 10 km d’épaisseur et 700 km de longueur) sont constitués de boues terrigènes et de sédiments pélagiques interstratifiés. Ces dépôts sont parfois riches en hydrocarbures.

L’écorce continentale fait en général 30 à 40 km d’épaisseur, et s’amincit sous les bassins sédimentaires. Les ères tectoniques s’étant succédées, sa composition est diversifiée, et elle est ainsi composée de roches ignées, métamorphiques et sédimentaires. L’ensemble du plateau continental nord-ouest européen repose sur le socle précambrien (> 600 millions d’années). Des gisements d’hydrocarbures se trouvent dans les sédiments jurassiques du fossé tectonique du centre de la mer du Nord ainsi que dans les strates tertiaires fracturées du bassin des îles Féroé-Shetland. Les sédiments de la mer épicontinentale sont essentiellement d’origine tellurique. Aux latitudes septentrionales, y compris en mer du Nord et en mer d’Irlande, une grande partie des sédiments déposés sur le fond marin sont constitués par un reliquat d’origine glaciaire ou périglaciaire.

2.5 Description de la marge côtière

La zone OSPAR est caractérisée par toute une série de paysages côtiers, quoique d’une manière générale, les marges occidentales soient profondément entaillées par des fjords, des estuaires et des rias, et que, aux latitudes nord, la côte soit dominée par de hautes montagnes. Sur le littoral de la mer du Nord et des mers celtiques, la côte présente toute une série de faciès, dont des falaises de diverses hauteurs et des roches diversifiées, des baies et des estuaires, des plages de sable et de galets, des dunes et des archipels. Plus loin au sud, la côte française du golfe de Gascogne est basse, et caractérisée par des lagunes. La côte ibérique présente une alternance de falaises et de plages, les falaises prédominent dans les îles océaniques telles que les Açores, l’Islande et les îles Féroé.

2.6 Estuaires, fjords, rias et marais

Nombre de cours d’eau ne se jettent pas directement dans la mer, mais y aboutissent par un estuaire. Au Groenland et en Norvège en particulier, les glaciers ont formé des fjords profonds pendant l’ère quaternaire. Plus au sud dans la zone OSPAR, par exemple dans le sud-ouest de l’Irlande et au nord-ouest de la côte ibérique, des vallées fluviales inondées, ou rias, ont été formées par la montée du niveau de la mer. Les marais, zones de terre saturées par les eaux soit à certaines saisons, soit en permanence, sont surtout représentés autour de la côte de la mer du Nord et sur la côte ouest de la France. Les marais sont des zones extrêmement productives. Le cycle de circulation en milieu estuarien, dans lequel l’eau saumâtre légère s’écoule en surface vers la mer tandis que l’eau salée pénètre par dessous, est une caractéristique commune à toutes ces zones.

2.7 Bassin hydrographique et apports d’eaux douces

Les bassins hydrographiques et les cours d’eau qui débouchent dans les Régions I à V (Figure 2.3) sont indiqués au Tableau 2.1. Le bassin hydrographique de la zone de la Convention a une superficie approximative de 5 140 000 km2 , constitué de la manière suivante :

  • Région I : côte norvégienne au nord du 62° N, péninsules fenno-scandinave et Kola et îles arctiques (dont Svalbard), Islande, Groenland et fleuves russes (Pechora et Dvina) ;
  • Région II : bassins hydrographiques débouchant directement dans la mer du Nord et, indirectement, via la mer Baltique, les eaux provenant de son vaste bassin hydrographique ; 
  • Région III : partie ouest du Royaume Uni (dont l’Irlande du Nord) et Irlande ; 
  • Région IV : zone franco-ibérique ;
  • Région V : Açores.

La moyenne de l’ensemble des apports d’eaux fluviales à chacune des Régions va d’un apport négligeable à la Région V, à environ 25 000 m3/s dans la Région III, mais peut varier considérablement d’une année à l’autre. Une grande partie de la région arctique est recouverte de pergélisol et de glace, les apports d’eaux fluviales à ces zones étant relativement faibles. Toutefois, d’énormes volumes d’eau douce pénètrent dans la mer, du fait de l’éboulement des glaciers de la calotte glaciaire du Groenland. On trouvera également au Tableau 2.1 les données des apports d’eau douce par les grands fleuves sibériens, la Léna, l’Ob et l’Iénisséi, qui se jettent dans l’océan Arctique, et qui peuvent avoir une influence considérable sur l’hydrographie et les écosystèmes de la Région I.

Q.F.2.3.F.jpg (167964 bytes) Figure 2.3 Bassins hydrographiques des régions OSPAR et de la mer Baltique. L'insertion montre les principaux fleuves se jettant dans l'Arctique russe. (Voir Tableau 2.1)
Q.T.F.2.1.jpg (103788 bytes) Tableau 2.1 Bassins hydrographiques et débits des fleuves

 

Encadré 2.1 

Une masse d’eau est définie comme un grand corps aquatique possédant toute une série de propriétés particulières, typiquement caractérisé par sa température et sa salinité. Une masse d’eau nouvellement formée se mélange et s’enfonce jusqu’à une profondeur d’équilibre donnée, en fonction de sa densité par rapport aux eaux en subsurface. 

La densité de l’eau est déterminée par sa température et sa salinité. Le refroidissement et le réchauffement de l’atmosphère peuvent modifier la température d’une masse d’eau tandis que les précipitations, l’évaporation, les apports d’eau douce et la fonte des glaces peuvent en modifier la salinité. Si la densité d’une masse d’eau augmente, elle s’enfonce, souvent le long d’un front. Au fur et à mesure qu’elle s’enfonce, elle se mélange avec l’eau environnante, jusqu’à ce qu’elle atteigne une profondeur où sa densité est égale à celle de l’eau qui l’entoure.

Le mélange vertical peut se produire de diverses manières. Par exemple, les vents jouent un rôle fondamental et, s’ils soufflent le long du littoral, ils peuvent engendrer des résurgences côtières. Sur le plateau continental, les mouvements des marées sont importants puisqu’ils mélangent les eaux du fond, et, selon la profondeur et la puissance des courants, peuvent influencer le développement de la thermique des eaux. 

 

2.8 Masses d’eau

Les propriétés de l’eau de mer peuvent varier grandement et jouer un rôle majeur dans l’hydrographie des océans (Encadré 2.1).

Dans la Région I, les eaux de surface et les eaux des strates supérieures sont constituées de diverses masses d’eau. Il s’agit notamment de deux masses d’eau chaude fortement salée provenant de l’Atlantique. Au moment où elles pénètrent dans les mers nordiques, la température de ces eaux va de 7 à 10° C, la salinité se situant pour l’essentiel entre 35.1 et 35.4. A l’intérieur de la région elle-même, l’eau de l’Atlantique se refroidit et se dilue, son caractère pouvant se modifier considérablement. Les ‘eaux côtières norvégiennes’ pénètrent dans la région par le sud-est ; leur salinité augmente pour atteindre un maximum autour des îles Lofoten. Si on observe d’une manière générale une baisse de la température au fur et à mesure que l’on monte vers le nord, les fluctuations saisonnières de température n’en sont pas moins fortes. Les ‘eaux polaires’ se forment dans l’océan Arctique, où elles occupent une strate superficielle mixte d’une épaisseur de 30 à 50 m. Les ‘eaux arctiques de surface’ sont observées dans les strates supérieures du centre des mers du Groenland et de l’Islande. Le front polaire sépare les eaux atlantiques chaudes des masses d’eau froide septentrionales.

Dans la Région II, l’eau provient de l’Atlantique nord, cette eau se mélangeant à des apports d’eau douce, et ce dans diverses proportions. Les caractéristiques de salinité et de température des diverses parties de la région sont fortement influencées par les échanges de chaleur avec l’atmosphère ainsi que par les apports locaux d’eau douce. Les eaux profondes de la mer du Nord consistent en eau relativement pure d’origine atlantique, et sont par ailleurs en partie influencées par l’échange de chaleur en surface (surtout lors du refroidissement hivernal) ; dans certaines zones, elles sont en outre légèrement modifiées par un mélange avec de l’eau de surface moins salée.

Les eaux de la Région III varient, allant des eaux océaniques à l’ouest à des eaux relativement peu profondes dans la mer d’Irlande à demi fermée, jusqu'aux apports des estuaires et des fjords à sa limite est. Grossièrement, le mouvement général des masses d’eau a lieu du sud au nord, l’eau océanique de l’Atlantique nord pénétrant par le sud et l’ouest de la région. Ces eaux se déplacent vers le nord dans l’ensemble de la zone, pour déboucher soit dans la Région I au nord, soit, après avoir fait le tour du nord de l’Ecosse, dans la Région II. Le profil général de la distribution des salinités indique que l’eau est surtout d’origine atlantique.

La plus grande partie de la Région IV correspond à la marge continentale de la partie la plus méridionale de la zone de la Convention. La majorité des masses d’eau que l’on observe dans cette région soit vient de l’Atlantique nord, soit résulte d’une interaction entre les eaux formées dans l’Atlantique et les eaux d’origine méditerranéenne. La convection verticale d'hiver a également des chances de provoquer une remontée des masses d'eau vers les strates supérieures de l’océan (entre 0 et 500 m) au-delà de la pente continentale au nord du 40° N, en particulier dans l’ouest du golfe de Gascogne, ce processus variant sensiblement selon les années.

La Région V est celle dans laquelle les masses d’eau froide peu salée, venant des mers polaires, et les eaux chaudes et salées venant du sud, sont transformées par mélange et refroidissement. Nombre des masses d’eau que l’on trouve dans l’Atlantique présentent de hautes teneurs en oxygène dissous, et sont riches en nutriments. Dans l’ensemble des eaux profondes de l’Atlantique du Nord-Est, les teneurs en oxygène dissous ne baissent jamais suffisamment pour limiter l’activité biologique aérobie.

La plupart des zones de la région OSPAR sont bien mélangées verticalement pendant la période hivernale, et ce jusqu’à une profondeur supérieure à 600 m dans l’Atlantique est. Au printemps, au fur et à mesure qu’augmente l’apport de chaleur par le soleil, une thermocline (gradient prononcé et vertical des températures) se crée sur une grande partie de la région, séparant ainsi la strate superficielle chauffée et moins dense, du reste de la colonne d’eau. Ces eaux sont dites stratifiées. Dans les zones de hauts fonds du plateau continental où les mouvements de marée sont forts, les eaux restent mélangées pendant toute l’année.

La distinction entre zones stratifiées, et zones mélangées en permanence par les marées, est d’une importance considérable pour la façon dont les écosystèmes pélagiques et benthiques sont structurés. La stabilité provoquée par l’apparition de la thermocline au printemps permet au phytoplancton de se maintenir près de la surface, où la lumière et les nutriments sont abondants. Après l’efflorescence printanière, les nutriments deviennent facteur limitant au-dessus de la thermocline. Ainsi la production de phytoplancton baisse pendant l’été. Lorsque la thermocline affleure à la surface, la limite entre les diverses masses d’eau est dite front de marée, région d’intense activité biologique. Dans les eaux océaniques du sud de la zone OSPAR, il existe une thermocline profonde et permanente.

2.9 Circulation et mouvement des masses d'eau

Dans la zone OSPAR, les eaux de surface chaudes de l’Atlantique se déplacent vers le Nord-Ouest, en direction de la mer de Norvège ; c’est le courant de l’Atlantique nord (NAC). Le courant des Açores (AzC), orienté à l’est, coïncide grosso modo avec la limite sud de la zone maritime d’OSPAR. Prolongements du Gulf Stream, ces deux courants forment respectivement la limite sud du courant giratoire subpolaire, et la limite nord-est du courant giratoire subtropical. Sur les marges de l’Europe, on observe par intermittence un courant des contours est, se dirigeant vers le Nord (EBC). Un courant orienté à l’ouest coule du détroit de Fram, c’est le courant de l’est du Groenland (EGC), tout en étant prolongé par le courant du Labrador (LC). Le transport vers le Nord des eaux superficielles chaudes allant vers l’océan Arctique est compensé par un courant de retour orienté au sud, courant d’eaux intermédiaires et profondes provenant des mers nordiques, empruntant le détroit du Danemark, et provenant tant du chenal des îles Féroé-Shetland, que de la mer du Labrador. Les moyennes des débits de ces courants, déduites des modèles et des observations, sont indiquées en Figure 2.4.

Les NAC et AzC, les vents d’ouest dominants qui soufflent aux latitudes moyennes et un gradient de densité moyen méridional, se combinent pour pousser les eaux océaniques contre la côte de l’Europe. Ce phénomène, influencé par la force de Coriolis, engendre l’EBC orienté au nord. Bien que ce dernier ne semble pas permanent, il se manifeste à l’évidence du sud du Portugal au nord de la Norvège. Il peut aussi changer de sens, à une vitesse moyenne en surface, et s’orienter au sud pendant la période estivale de résurgence des eaux, surtout au large de la côte de la péninsule ibérique. 

Dans les mers épicontinentales européennes, la circulation des eaux est dominée par des courants créés par les marées et par les vents. En mer du Nord, la circulation résiduelle est anticyclonique (dans le sens inverse des aiguilles d’une montre), et passe au large de la côte norvégienne, après que, dans le Skagerrak, les eaux se soient mêlées aux apports des eaux de la Baltique (Figure 2.5). Ces apports de faible salinité poursuivent leur route vers le nord, en direction de l’Arctique, et jusque dans la mer de Barents. Ailleurs, sur les étroits plateaux continentaux des marges est de l’Europe et dans la Région III, les courants épicontinentaux s’écoulent essentiellement du sud au nord. Les résurgences côtières qui se produisent typiquement entre avril et octobre au large de la péninsule ibérique, compliquent les courants côtiers dans la Région IV. Dans la Région I, les courants sont complexes, surtout autour des îles de la Région. Au large de l’Islande, le courant côtier circule dans le sens des aiguilles d’une montre.

Q.F.2.4.F.jpg (129148 bytes) Figure 2.4 Courants de surface moyens
Q.F.2.5.F.jpg (546176 bytes) Figure 2.5 Schéma de la circulation générale de la mer du Nord. La largeur des flèches est indicative de l'ampleur du volume transporté. Source: d'après Turrell et al. (1992).

 

2.10 Vagues, marées et surcôtes de tempête 

2.10.1 Vagues

En haute mer, le régime des vagues est conditionné par les changements de régimes du vent. Les courants océaniques, et dans les zones de hauts fonds, les puissants courants de marée, sont susceptibles de modifier l’ampleur des vagues. Dans les eaux peu profondes, l’énergie de la houle peut aussi contribuer au mélange des masses d’eau, en affaiblissant ou en détruisant la stratification. Les études statistiques montrent que dans l’Atlantique nord, il n’y a pas d’intensification des tempêtes, que ce soit en haute mer ou dans les eaux côtières. Bien que l’on ait constaté une augmentation notable de la hauteur moyenne significative des vagues dans l’Atlantique nord, ce phénomène semble être corrélé à l’accroissement de l’intensité de l’oscillation de l’Atlantique nord (NAO), observée ces dernières décennies. Il semble donc y avoir une corrélation positive entre la hauteur moyenne significative des vagues et la force moyenne des courants atmosphériques zonaux plutôt qu’avec une intensification des tempêtes.

2.10.2 Marées

Les marées sont semi-diurnes dans l’ensemble de la zone. Dans l’Atlantique, leur amplitude est relativement faible par rapport à celle que l’on observe dans nombre des régions du plateau continental. En plus des fluctuations normales du niveau de la mer, les marées induisent aussi des courants oscillants pendant la même période, courants qui là encore, sont les plus forts dans les zones du plateau continental.

Les amplitudes des marées augmentent considérablement à proximité des côtes des zones à demi fermées. Les meilleurs exemples sont ceux de la mer du Nord et de la mer d’Irlande, où des amplitudes allant jusqu'à 8 m, voire plus, peuvent être observées. De puissants courants oscillants sont souvent associés à ces marées de grande amplitude, un mélange vigoureux et une resuspension des sédiments étant fréquents dans ces zones. Les marées peuvent créer un courant résiduel net, et dominer la circulation dans certaines régions côtières. Lorsqu’ils sont suffisamment puissants, les courants de marée peuvent opérer un mélange permanent de la colonne d’eau, ceci dans les zones marquées par des fronts de marée. La circulation et les fronts de marée influencent la distribution des organismes ainsi que le transport, la dispersion et l’agrégation des polluants.

2.10.3 Surcôtes de tempête

Une surcôte de tempête est une remontée anormalement importante du niveau de la mer, engendrée par des vents puissants qui poussent l’eau vers le littoral, phénomène qui se produit aussi lorsque la surface de l’océan s'élève sous l'effet des basses pressions atmosphériques. Les zones de hauts fonds en partie fermées sont particulièrement vulnérables aux surcôtes de tempête, qui peuvent faire remonter la mer de plusieurs mètres. En mer du Nord, des modèles numériques opérationnels sont utilisés pour obtenir des prévisions fiables des surcôtes de tempête.

2.11 Transport des solides

Les apports de matière particulaire en suspension (SPM) au milieu marin sont pour l’essentiel dus aux cours d’eau, et, dans une moindre mesure, à l’atmosphère et à la fonte de la banquise. La granulométrie de la SPM va du sable (millimètres), à l’argile (micromètres) en passant par la vase. D’une manière générale, ce sont les particules les plus fines qui se déplacent sur les plus grandes distances, selon l’intensité de la dynamique du courant qui les transporte. En conséquence, les sédiments côtiers et les sédiments des hauts fonds sont normalement plus grossiers que ceux que l’on trouve loin de la côte. Il se peut qu’il y ait des exceptions à cette règle dans les baies étroites semi-fermées telles que les fjords, ou encore dans les zones intertidales, où la dynamique de l’eau est faible.

Les apports de SPM d’origine tellurique dépendent tant de la présence de sols sujets à érosion dans l’intérieur des terres, que du climat lui-même. Par conséquent, dans les conditions climatiques actuelles, il semblerait que la SPM pénètre dans la zone OSPAR surtout dans les latitudes moyennes, plutôt que dans le sud, plus sec.

La composition minérale des SPM est un facteur important pour le transport et le devenir des contaminants dans le milieu marin. Certains minéraux, tels que les argiles, ont une capacité élevée d’adsorption d’un certain nombre de contaminants tant organiques qu'inorganiques, tandis que les fractions les plus limoneuses et sableuses sont des minéraux inertes, dont la capacité d’adsorption est négligeable. Cette capacité d’adsorption/affinité a une grande influence sur le transport des contaminants.

2.12 Météorologie

La circulation atmosphérique est caractérisée par des vents d'ouest, associés à un jet stream se déplaçant en méandres dans les strates supérieures de la troposphère. De nombreux cyclones sont imbriqués dans cette enveloppe de vents d’ouest, cyclones qui se développent le long des zones des gradients de température les plus grands, à savoir le front polaire, et qui généralement traversent la zone dans le sens Sud-Ouest Nord-Est. L’activité cyclonique dans l’atmosphère est beaucoup plus intense en hiver qu’en été.

Le NAO est défini comme la différence entre la pression atmosphérique au niveau de la mer entre les Açores et l'Islande, et indique la force et la position géographique des courants atmosphériques d’ouest à travers l’Atlantique nord. On suppose que les fluctuations de la force des vents d’ouest qui soufflent au-dessus de l’Atlantique nord jouent un rôle de tout premier plan dans le fonctionnement des écosystèmes océaniques, et, finalement, influencent fortement les stocks halieutiques de l’Atlantique nord. 

Lorsque l’indice NAO est élevé, les vents d’ouest au-dessus de l’Atlantique du Nord-Est sont forts, et de nombreux cyclones apportent un temps humide (en particulier dans les parties ouest des îles britanniques et de la Scandinavie). En hiver, des valeurs élevées de la NAO donnent lieu à un temps très doux sur la partie est de la zone OSPAR et dans le nord-ouest de l’Europe, tandis que pendant l’été, le temps est souvent variable et frais. Lorsque cette différence de pression est anormalement faible, les anticyclones prédominent dans une grande partie de ces deux zones, et l’hiver est plus froid. Plus à l’ouest, à proximité du sud du Groenland, les réactions aux variations de la NAO tendent à être inversées. Ainsi, lorsque l’indice NAO est élevé, les conditions sont le plus souvent caractérisées par un temps froid, un air très froid arrivant de l’Arctique. Les périodes où les valeurs de l’indice NAO sont faibles peuvent au contraire être très douces dans le sud-ouest du Groenland, des masses d’air chaud se dirigeant vers le Nord, en empruntant le détroit de Davis.

2.13 Variabilité climatique et changement du climat

L’indice NAO subit des cycles à long terme, avec une périodicité variable. Ces oscillations ont été corrélées aux fluctuations de la vitesse du vent, de la température de la mer, des flux de chaleur, de la hauteur des vagues, de la trajectoire des tempêtes, et des profils d’évaporation et des précipitations. L’indice NAO relativement élevé qui a été observé ces quinze dernières années (Figure 2.6) a été associé à des hivers anormalement doux en Europe, à de hautes températures à la surface de la mer, surtout en hiver. Si on considère l’indice NAO pour la décennie actuelle, en particulier dans la perspective du siècle qui vient de s’écouler, on observe, d’une manière générale que dans les années 1960, cet indice a été bas, tandis qu'il a été élevé dans les années 1990.

L’énergie libérée par l’Atlantique nord réchauffe l’air au-dessus de l’Europe. L’Europe du Nord-Ouest, et la région septentrionale de l’Atlantique nord en particulier, ont un climat de 5 à 10° C plus chaud que la moyenne de la zone. Ceci donne un climat très clément par rapport à celui d’autres régions aux mêmes latitudes. Cependant, cela n’a pas toujours été le cas. Les relevés climatiques du passé prouvent qu’il y a eu plusieurs cas dans lesquels, pour des raisons encore mal connues, le climat de l’Europe a subi des phénomènes de refroidissement de grande ampleur, qui se sont produits très rapidement (entre 10 et 100 ans). C’est à la circulation thermohaline mondiale (ou ‘boucle océanique de circulation globale’) et au fait qu’elle ait tour à tour disparu et réapparu dans l’Atlantique nord, qu’ont été attribuées ces fluctuations rapides et potentiellement catastrophiques. Différents enregistrements historiques suggèrent qu’une évolution aussi rapide pourrait se produire de nouveau, en particulier si les teneurs en dioxyde de carbone dans l’atmosphère augmentaient rapidement.

Le Panel Intergouvernemental sur le Changement du Climat (IPCC) de l’ONU a tiré plusieurs conclusions relatives à l’impact du changement du climat en Europe et dans l’Atlantique nord. Ce Panel a fait remarquer que la plus grande partie de l’Europe avait subi des hausses de température au cours de ce siècle plus importantes que la moyenne mondiale, ainsi qu’une accentuation des précipitations dans la moitié nord, parallèlement à une diminution de celles-ci dans la moitié sud de la région. Les prévisions du climat à venir, sans tenir compte de l’effet des aérosols, indiquent que dans les hautes latitudes de l’Europe, les précipitations pourraient s’intensifier, les résultats étant moins nets dans les autres régions de l’Europe. Les aérosols ont surtout pour effet d’exacerber les incertitudes actuelles quant aux précipitations dans l’avenir.

L’IPCC a par ailleurs remarqué que les apports en eau risquaient d’être affectés, ce qui se traduirait par l'augmentation des inondations dans le Nord et le Nord-Ouest de l’Europe et par la sécheresse dans les parties sud du continent. Un réchauffement du climat pourrait aboutir à une dégradation de la qualité de l’eau, en particulier s’il s’accompagne d’une diminution du débit des fleuves. Le fait que les étés soient plus chauds aboutira aussi vraisemblablement à une augmentation de la consommation d’eau. Les modifications prévues du bilan des neiges et de la glace, auront par ailleurs une influence sur les fleuves européens, et affecteront, par exemple, les ressources en eau pendant l’été, la navigation et l’énergie hydraulique. 

Le rapport de l’IPCC souligne en outre l’importance écologique des zones côtières. Certaines zones côtières sont en effet d’ores et déjà au-dessous du niveau moyen de la mer et beaucoup d’autres sont vulnérables aux surcôtes de tempête. En Europe, les zones les plus en danger sont notamment les zones côtières des Pays-Bas et de l’Allemagne. Les surcôtes de tempête, les changements dans les précipitations ainsi que dans la vitesse et l'orientation des vents, ajoutent aux inquiétudes des instances d’aménagement du littoral. D’une manière générale, les grandes incidences socio-économiques peuvent être maîtrisées moyennant des investissements relativement faibles. Ce n’est en revanche pas le cas d’un certain nombre de zones urbaines de basse terre, vulnérables aux surcôtes de tempête, non plus que des écosystèmes, en particulier les zones humides côtières, qui risquent en effet d’être dégradés plus encore par des mesures de protection.

Certains indices donnent à penser que le climat change dans la zone OSPAR, ou, à tout le moins, que certains changements se manifestent dans la circulation océanique et dans les caractéristiques des masses d’eau. Le volume des eaux de l’Atlantique qui pénètrent dans l’océan Arctique a augmenté ces dernières années, la température des eaux profondes de la mer de Norvège a augmenté, tandis que certains éléments indiquent une évolution du débordement à la crête sous-marine Islande–Ecosse. Le bilan annuel du CIEM sur l’état du climat des océans signale des températures relativement élevées dans l’Atlantique nord pendant les années 1990. Dans la plupart des zones, on constate une tendance au réchauffement, en dépit du fait que la température ait baissé dans l’Atlantique nord subpolaire, entre le Groenland et l’Islande (Read et Gould, 1992).

La variabilité du climat des océans, telle qu’elle est observée, est mal comprise en raison de la complexité des interactions entre les paramètres en cause. Il est fondamental de mieux appréhender la cause de la variabilité du climat des océans pour pouvoir prédire les impacts climatiques dans l’avenir. Par ailleurs, les incidences du changement du climat sont passablement incertaines. Certains modèles d’évolution du climat prédisent une élévation mondiale du niveau de la mer. Une remontée du niveau moyen de la mer de 50 cm dans les cent ans à venir a été prévue, les zones côtières basses et les marais seront alors particulièrement exposés aux inondations.

Q.F.2.6.F.jpg (148521 bytes) Figure 2.6 Comparaison de l'indice NAO observé et des moyennes des températures à terre/en mer en Europe du nord dans la case des 5 à 50° E et des 50 à 70° N, de 1900 à 1999. Source: d'après Rodwell et al. (1999).

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