| 3.1
Introduction
Le présent chapitre est consacré aux diverses
activités humaines qui influent sur l’environnement côtier et sur l’environnement
de la haute mer dans l’Atlantique du Nord-Est. Les changements qui se
produisent, en particulier dans les écosystèmes marins côtiers, sont
largement fonction des interventions humaines, et il convient d’effectuer
une évaluation de ces changements par rapport aux activités de grande
ampleur, de même que persistantes, pour les habitats, la diversité
biologique et la productivité. Lorsque l’on s’efforce d’apprécier
les causes du changement de l’environnement, il est particulièrement
important de comprendre comment ces activités (autrement dit, les sources
du changement) évoluent elles-mêmes dans le temps.
Pour l’heure, il est
difficile de parvenir à une description équilibrée des activités
humaines qui influent sur le milieu marin. Pour la plupart, les pays ne
dressent pas systématiquement de statistiques démographiques, et ne
recueillent pas les données correspondantes d’occupation des terres
(occupation de type industriel et touristique), spécifiquement pour la zone
côtière (par exemple, dans une zone jusqu'à 10 km de la mer), et par
conséquent, il est difficile d’apprécier avec précision les tendances.
De plus, on manque de données harmonisées sur les paramètres économiques
associés aux activités humaines. Bien que l’on se soit efforcé de
rassembler les données les plus immédiatement à disposition aux fins de l’évaluation
actuelle, l'information présentée est loin d’être équilibrée et
complète, et on constate des disparités considérables entre les pays et
les régions. Néanmoins, le présent chapitre donne une indication des
profils généraux des activités humaines dans la zone maritime.
Nombre des
états côtiers riverains de l’Atlantique du Nord-Est ont une population
dense, sont hautement industrialisés, ou se livrent à une exploitation
agricole intensive des terres. De ce fait même, la région est touchée par
un grand nombre d’activités humaines, qui donnent lieu à des apports de
nutriments et de substances nocives, lesquels font pénétrer des substances
dangereuses par les fleuves, l’atmosphère, et les rejets directs, d’origine
domestique et industrielle.
Les pays de la zone OSPAR exploitent l’océan
pour la pêche, l’exploration du pétrole et du gaz offshore, la pose de
pipelines, l’extraction du sable et du gravier, l’immersion des
matériaux de dragage, la pose de câbles de liaison ainsi que de câbles de
transport d’énergie, et enfin comme voies de transport. Le trafic entre
les Etats européens et les autres régions du monde se développe, la mer
du Nord étant l’un des territoires maritimes les plus fréquemment
traversés qui soient au monde.
Nombre de zones côtières sont
intensivement exploitées pour les loisirs. Dans plusieurs régions, la
compétition qui s’exerce pour l’utilisation de certaines installations
et de certains loisirs implantés sur le littoral ou adjacents à celui-ci
ne cesse de croître. La demande de logements, de zones commerciales, de
logements locatifs et de meilleurs services est en progression. Par
ailleurs, les plages propres, les sports aquatiques, la pêche, l’écotourisme
et les paysages côtiers intacts constituent un marché en expansion. Ces
intérêts ne sont pas toujours compatibles.
Les états de l’Atlantique du
Nord-Est, se fondant sur la Convention des Nations Unies sur le droit de la
mer (UNCLOS) ont pour la plupart déclaré une ‘Zone économique exclusive’
(EEZ), la Convention sur le droit de la mer distinguant trois catégories :
- les ‘mers territoriales’ (essentiellement 12 milles), lesquelles tombent
sous le coup de la juridiction de l’état côtier ;
- la EEZ qui s’étend
jusqu’à 200 milles au large (350 milles si on inclut le plateau
continental) ; dans la EEZ, l’état côtier a le droit exclusif d’exploitation
et de pêche, et est chargé de réglementer la pollution due aux
installations implantées sur le fond marin, aux immersions et autres
activités ; et
- la ‘haute mer’ au-delà de la EEZ, qui n’est pas
sujette à une quelconque juridiction nationale non plus qu’à une
quelconque souveraineté.
Des conventions et des règlements internationaux
tels que la Convention internationale pour la prévention de la pollution
par les navires (MARPOL) et la Convention de Londres s'appliquent à la fois
au sein et en dehors des EEZ.
Les mesures et le cadre réglementaires visant
à protéger la zone maritime contre les effets préjudiciables des
activités humaines, dans le but de sauvegarder la santé de l’homme et de
conserver les écosystèmes marins et, lorsque possible, de restaurer les
zones marines ayant subi des atteintes, sont évoqués en section 3.16. Les
mesures ainsi adoptées portent sur les substances dangereuses connues pour
le risque qu’elles font courir à l’environnement, substances
mentionnées dans les diverses Stratégies OSPAR, telles que les
polychlorobiphényls (PCB) et les métaux lourds, les substances
radioactives et les nutriments. Une autre Stratégie OSPAR concerne la
protection et la conservation des écosystèmes et de la diversité
biologique de la zone maritime. Des mesures visant plusieurs secteurs
industriels et sources diffuses ont été adoptées (par exemple, les
apports de phosphore et de métaux lourds ont été réduits dans de fortes
proportions, quoiqu'en revanche, d’autres substances (azote) n’aient pas
subi de réduction notable). Des régimes de séparation du trafic ont été
mis en place, de manière à réduire les risques d’accidents. Les
pêcheries ont été réglementées par la mise en oeuvre des mesures
techniques, ainsi que par les totaux admissibles de captures (TAC).
Le cadre
de la protection de l’environnement de la zone de la Convention s’est
développé considérablement au cours des vingt dernières années, grâce
aux initiatives de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation
Maritime Internationale (OMI). De plus, selon la Convention OSPAR, ainsi que
les Conventions d’Oslo et de Paris qui l’ont précédée, des
initiatives ont été prises, de même que par le biais de l’Accord de
Bonn, de la Convention d’Helsinki, des Conférences internationales sur la
protection de la mer du Nord et des Conférences trilatérales sur la mer
des Wadden. Il n’existe pas d'accord particulier entre les états
riverains de l’Atlantique est et ceux de l’Atlantique ouest.
3.2 Démographie
Dans
les bassins hydrographiques des cinq Régions OSPAR, le nombre d’habitants
va de 240 000 dans la Région V (qui ne compte que les Açores) à 184
millions dans la Région II (Tableau 3.1). La densité de la
population varie entre 2.4 par km2 (Islande, nord de la Norvège, Highlands
écossaises) à 381 par km2 aux Pays-Bas (Tableau 3.1). Dans les
zones côtières, du fait du tourisme, on observe des variations
considérables de la population. Dans les Régions III, IV et V, la
population tend à se concentrer dans les villes implantées dans les zones
côtières, d’où une compétition et des conflits croissants entre l’exploitation
des ressources naturelles et le développement qui en découle d’une part,
et la nécessité de conserver la nature. La chose est également vraie de
la Région I, quoique, la densité de la population y étant faible, la
pression qui s’exerce sur le littoral ne soit en rien comparable à celle
qui s’exerce dans la Région II. La densité démographique et le mode d’occupation
des terres dans la zone côtière sont illustrés en Figure 3.1.
La
moyenne annuelle de la croissance démographique entre 1990 et 1996
enregistrée en Islande a été de 1 %, et de 0.5 % en Norvège. En 1996, la
population de l’UE a augmenté de plus de 1 million d’habitants (0.3 %),
pour atteindre un total de 373 millions d’habitants (Figure 3.2).
Depuis le milieu des années 1980, l’immigration influence cette
croissance dans l’UE. En 1995, la croissance démographique de l’UE a pu
être attribuée à 80 % à l’immigration. Si on extrapole les tendances
actuelles des taux de natalité, de mortalité, et d’immigration, la
population des états membres d’OSPAR (à l’exception de la Finlande, du
Luxembourg et de la Suisse) atteindra un maximum de l’ordre de 312
millions d’habitants en 2025 (Eurostat, 1997).
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Tableau 3.1 Estimation de la population
et de la densité démographique dans les bassins hydrographiques
des Régions OSPAR.
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Figure 3.1 Densité démographique et
mode d'utilisation des terres dans les zones côtières.
Source: AEE (1999).
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Figure 3.2 Evolution de la démographie de 1988 à 1996. Source: Statistisches Bundesamt (1995). |
3.3 Conservation
3.3.1
Conservation écologique
Les modifications intervenues dans les zones
côtières par suite des activités humaines ont été accompagnées d’une
perturbation et d’une disparition des habitats, ainsi que de perturbations
écologiques. Conscientes de cet état de choses, les Parties contractantes
à OSPAR sont signataires de plusieurs conventions internationales relatives
à la conservation des environnements côtiers et de haute mer, et toutes
les Parties contractantes à OSPAR ont créé des zones de conservation dans
le cadre de conventions internationales ou de réglementations nationales
(Tableau
3.2). Par ailleurs, certaines zones offshore ainsi que certaines
espèces (par exemple, les baleines et les oiseaux migrateurs) sont aussi
protégées par des conventions. En 1998, la Convention OSPAR a été
renforcée par une nouvelle annexe visant la protection et la conservation
des écosystèmes et de la diversité biologique.
Les législations
nationales, de même que les directives du Conseil européen, constituent d’importants
instruments pour la protection des écosystèmes marins. A titre d’exemples,
citons la ‘Directive du Conseil européen concernant la conservation des
oiseaux sauvages’ (79/409/CEE) et la ‘Directive du Conseil européen
concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de
la flore sauvages’ (92/43/CEE). Un réseau écologique cohérent d’habitats
va être créé dans ce cadre (NATURA 2000). De plus, les pays ont instauré
un certain nombre de classifications nationales. En Islande et en Norvège,
où ces directives communautaires européennes ne sont pas applicables, les
zones de protection de la nature se situent essentiellement à terre,
quoique certaines zones côtières soient protégées, ou aient été
choisies à cette fin.
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Tableau 3.2 Conventions internationales relatives à la conservation écologique |
3.3.2 Conservation du
patrimoine archéologique
De nombreuses épaves anciennes, et autres
vestiges archéologiques importants, tels que tombes et constructions
anciennes, peuvent être observés sur le littoral de la zone OSPAR. Bien qu’ils
ne présentent que peu d’importance pour l’écologie de la zone, ils
font partie de son patrimoine marin, ils peuvent attirer les chercheurs et
les touristes et méritent d’être protégés. Les villages immergés au
large de la côte sud-est de l’Angleterre, ainsi que les nombreux vestiges
archéologiques en sont des exemples.
De nombreuses épaves anciennes
reposent au fond de la mer, autour du littoral de toutes les Régions (3000
au large de la seule côte de l’Irlande du Nord). De nombreux navires ont
coulé pendant le XVe siècle aux Açores (800 épaves) ainsi qu’entre le
XVIe et le XIXe siècles autour des côtes de l’Espagne et du Portugal.
Les vestiges archéologiques et les épaves de navires risquent d’être
perturbés ou détruits du fait de l’extraction des minéraux, du dragage
des couloirs de navigation, de la pose de tuyaux et de la pollution. Une
législation visant à protéger spécialement les vestiges archéologiques
marins existe dans toutes les Régions. La ‘Convention européenne sur la
protection du patrimoine archéologique’ (1992 ; ratifiée par la Norvège
en 1995) réglemente les sites présentant une importance sur le plan du
patrimoine culturel, que ce soit à terre ou en mer. De plus, un projet de
convention sur le patrimoine culturel sous-marin est en cours de discussion
aux Nations Unies.
3.4 Tourisme et loisirs
Les zones côtières offrent de nombreuses possibilités pour les
loisirs, et attirent tant la population locale que les touristes venant de l’intérieur
des terres et de l’étranger. Le camping et la baignade, la voile, la
pêche d’agrément, le surfing, la plongée sous-marine, et l’observation
des oiseaux et des baleines, sont les loisirs les plus couramment
pratiqués. Le nombre de touristes varie considérablement selon la saison.
Par exemple, dans la zone de la mer des Wadden, entre 75 et 90 % de l’ensemble
des séjours de 24 heures sont loués pendant la période d’avril à
octobre. Dans plusieurs zones, la saison touristique se concentre de plus en
plus pendant la période estivale.
Dans toutes les Régions OSPAR, le
tourisme s’est développé régulièrement. Par exemple, en Norvège, le
nombre de séjours de 24 heures dans les hôtels a augmenté de 20 à 25 %
au milieu des années 1990. En République d’Irlande, on estime que depuis
les années 1970, le nombre d’excursions d’une journée sur la côte a
augmenté de près de 600 %. Depuis 1980, la capacité d’accueil des
touristes aux Açores a augmenté de 83 %. Le nombre de touristes qui se
rendent en Islande a augmenté d’environ 62 % entre 1990 et 1998. Le
nombre de ferries exploités dans la zone, et leur capacité de transport,
se sont développés rapidement aussi, ce qui facilite les échanges
touristiques.
En l’absence d’une planification rigoureuse et de
politiques de développement fondées sur la sensibilité, les attributs des
zones côtières les plus attrayants pour les touristes, tels que les
paysages intacts, les plages propres et non surpeuplées, de l’eau de mer
propre à la baignade et les refuges de la faune sauvage, peuvent être
atteints par le nombre même de visiteurs, par les constructions, et par un
trafic automobile et piétonnier excessif.
Par le passé, en de nombreux
sites côtiers, l’eau de baignade était contaminée par des bactéries et
par des matières organiques, souvent dues à une contamination par les eaux
d’égouts. Ainsi qu’un rapport de la CE le prouve (Figure 3.3) la
qualité des eaux de baignade s’est beaucoup améliorée récemment,
surtout en raison de la création de nouvelles stations d’épuration des
eaux usées, ou du perfectionnement des stations existantes. Des plages
choisies à cet effet sont contrôlées régulièrement pendant la saison de
baignade, et le nombre de plages conformes aux impératifs qui ressortent de
la Directive du conseil européen (76/160/CEE) augmente régulièrement.
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Figure 3.3 L'application de la
Directive concernant la qualité des eaux de baignade dans les pays de
l'UE de 1992 à 1998 (pourcentage des plages où les normes minima
obligatoires stipulées par la Directive sont respectées). Source:
d'après la CE (1999).
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3.5 Pêche
La
pêche est d’une grande importance socio-économique pour la plupart des
pays de la zone OSPAR, et les progrès techniques ont abouti à une
exploitation plus efficace des stocks halieutiques commerciaux. Il est très
important, pour éviter la surexploitation des stocks halieutiques et
reconstituer les stocks présumés surexploités à l’heure actuelle, qu’une
gestion durable soit assurée dans le secteur de la pêche. Nombre d’espèces
ciblées ne sont désormais plus dans leurs ‘limites biologiques sûres’
(voir notes de bas de page du Tableau 5.1). La pêche aboutit aussi
à une mortalité parmi les espèces non ciblées, et les apparaux de pêche
tractés peuvent avoir une incidence sur les communautés benthiques, et
entraîner des perturbations physiques du fond marin.
3.5.1 Poisson
Les
captures des principales espèces de poisson commercial sont récapitulées
en Figure 3.4 et au Tableau 5.1.
Dans le secteur de la pêche,
la Norvège et l’Islande se situent parmi les nations les plus importantes
du monde, les captures annuelles respectives atteignant 2 600 000 tonnes et
entre 1 500 000 et 2 000 000 tonnes. Dans la mer de Norvège, les captures
effectuées par la flotte russe ont augmenté, puisqu’elles sont passées
de 440 000 tonnes en 1994, à 1 300 000 tonnes en 1998, surtout en raison d’une
augmentation des captures de hareng.
Actuellement, en mer du Nord, 30 à 40
% de la biomasse des espèces de poisson faisant l’objet d’une
exploitation commerciale sont capturés tous les ans. Le total annuel des
captures en mer du Nord (Région II) est passé d’environ 1 million de
tonnes en 1900, à 2 millions de tonnes en 1960. Pendant les années 1960,
les captures ont augmenté très nettement, pour atteindre 3.5 millions de
tonnes, suivies d’une baisse à moins de 3 millions de tonnes ces
dernières années. En 1995, les captures réalisées en mer du Nord ont
totalisé 2.9 millions de tonnes, alors qu’elles représentaient 0.17
million de tonnes dans la Manche et 0.4 million de tonnes dans le Kattegat.
Pendant cette même période, on a constaté une baisse des captures des
gadoïdes ainsi qu’une augmentation des captures d’espèces pélagiques
et des espèces destinées à une transformation industrielle, pour en faire
de la farine de poisson et de l’huile. Les captures des pêcheries
industrielles (surtout le lançon) représentent environ 55 % du tonnage
total des captures faites en mer du Nord. Du fait du développement du
chalutage à la perche dans le sud et le centre de la zone, l’effort de
pêche en mer du Nord a augmenté entre la fin des années 1970 et 1995, où
il a totalisé 2.25 millions d’heures (2 millions d’heures en 1990)
(Jennings et al., 1999).
Dans la Région III, la moyenne annuelle des
captures de poisson entre 1990 et 1995 a été de 840 000 tonnes, dont 75 %
étaient constituées par des espèces pélagiques, le reste étant
constitué d’espèces démersales. Les flottes irlandaise et écossaise
représentent environ la moitié de l’ensemble des captures de poisson
dans la région.
Dans la Région IV, du point de vue économique, les
grandes pêcheries sont celles du thon, la plus notable étant la pêcherie
de germon (Thunnus alalunga) qui s’étend jusque dans la Région V,
et va du golfe de Gascogne aux Açores (14 000 t), la pêcherie de thon
rouge (Thunnus thynnus) dans le golfe de Gascogne (1 000 à 4 000
tonnes par an) et la pêcherie d’espadon (Xiphias gladius) (6 000
tonnes dans l’ensemble de l’Atlantique du Nord-Est). Les espèces
donnant les captures les plus importantes sont la sardine (Sardina
pilchardus), le saurel (Trachurus trachurus) et le maquereau (Scomber
scombrus). Les pêcheries de sardine et d’anchois (Engraulis
encrasicolus) sont d’une importance cruciale pour la survie des
communautés côtières.
Dans la Région V, la pêche est ciblée sur le
grand thon pélagique et sur le poisson analogue au thon (surtout dans le
secteur sud), sur des espèces vivant en eaux profondes sur les pentes du
plateau continental et sur les stocks démersaux et pélagiques (autres que
le thon et les espèces connexes) dans les grands fonds océaniques. La
pêche artisanale qui se pratique autour des Açores et des crêtes
sous-marines adjacentes s’exerce sur un vaste éventail d’espèces. Dans
la Région V, le thon rouge de l’Atlantique est une espèce cible
importante, les captures annuelles étant de l’ordre de 40 000 tonnes. Les
captures de poisson à chair rouge ont atteint une crête en 1994 et 1995,
soit respectivement 94 000 et 127 000 tonnes. Les statistiques des captures
sont rares, et l’estimation de l’état des stocks dans la Région V est
gravement gênée par l’insuffisance de la surveillance et des
déclarations. En dépit de cet état de choses, il a été procédé à des
estimations sur la base des statistiques de captures totales
internationales, ainsi que des statistiques françaises de pêche au chalut,
dites CPUE (effort de pêche par unité) pour toute une série d’espèces.
Les résultats des évaluations confirment le point de vue exprimé par le
CIEM en 1998, à savoir que l’exploitation des espèces vivant en eaux
profondes dépasse dans la plupart des cas leurs limites biologiques sûres.
L’effort de pêche par grands fonds tend à être imprévisible car il s’intensifie
et se réduit en fonction des fluctuations de l’accès que les pêcheurs
ont à d’autres stocks, en raison des limites imposées par la
réglementation ou par la surexploitation des stocks.
Flottes et types d’apparaux
de pêche
Dans la plupart des Régions, les flottes de pêche côtière
consistent pour l’essentiel en petites unités. En sus, nombre des pays de
la zone OSPAR disposent de flottes de pêche hauturière (autrement dit de
bateaux de pêche hauturière, de chalutiers industriels et de
bateaux-usines). De nombreux pays opèrent dans la Région V, plusieurs
flottes venant de pays extérieurs à la zone OSPAR (par exemple, en 1996,
282 hauturiers japonais ont opéré dans l’océan Atlantique). Dans la
partie septentrionale de la Région V, la principale forme de pêche est le
chalutage du poisson à chair rouge.
En mer du Nord, la capacité des
flottes de pêches démersale et pélagique s’est rapidement renforcée
après la deuxième guerre mondiale. De grands navires, équipés de moteurs
plus puissants, sont entrés en exploitation. Trois types de bateaux de
pêche modernes sont à l’origine de la majorité des captures : senneurs
coulissants permettant une exploitation considérable du hareng (Clupea
harengus) et du maquereau ; à partir du début des années 1950, d’autres
chalutiers ont commencé à cibler le hareng, le cabillaud (Gadhus morhua),
l’églefin (Melanogrammus aeglefinus), le lieu noir (Pollachius
virens), et, ultérieurement, de petites espèces démersales et
pélagiques, notamment le petit lançon (Ammodytes spp.), le tacaud
norvégien (Trisopterus esmarki) et le sprat (Sprattus sprattus)
pour l’industrie de la farine et de l’huile de poisson, les chalutiers
à perche ciblant le poisson plat.
Les types d’apparaux de pêche
exploités sont les suivants :
- apparaux démersaux actifs (par exemple,
chaluts à panneaux et à perche, sennes démersales) ;
- apparaux pélagiques
actifs (par exemple, sennes coulissantes, chaluts pélagiques) ; et
- apparaux
passifs (par exemple, filets, pièges, lignes).
Certains des types d’apparaux
de pêche utilisés dans les pêcheries de la mer du Nord, en fonction des
espèces ciblées et des captures accessoires, sont énumérés au Tableau
3.3, tandis qu’au Tableau 3.4, on trouvera les statistiques des
captures accessoires de certains mammifères marins, dues à la pêche.
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Figure 3.4 Espèces de poissons importantes sur le plan commercial.
Quantités débarquées en 1997.
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Tableau 3.3 Certains des types d'apparaux de pêche exploités dans les
pêcheries de la mer du Nord en 1996, en fonction des espèces ciblées et
des captures accidentelles d'espèces ciblées et non ciblées. Source: 5NSC
(1997). Dans le cas de ce type de pêcheries, ce tableau est également
représentatif des autres Régions OSPAR.
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Tableau 3.4 Nombre de captures accidentelles de certains mammifères marins,
dues à la pêche, par espèce et type d'apparaux de pêche dans les diverses
Régions OSPAR. Source: d'après CIEM (1998).
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Rejets à la mer
Dans les eaux islandaises et norvégiennes, la
réglementation interdit le rejet à la mer du poisson important sur le plan
commercial. Les flottes assujetties à la réglementation communautaire
européenne sont tenues de rejeter le poisson sous-dimensionné. Le poisson
de taille commerciale peut éventuellement aussi être rejeté lorsque les
captures dépassent le quota, ou encore afin de maximiser le rendement
économique de la capture (premier choix). Nombre des organismes ainsi
rejetés meurent. Le rejet à la mer du poisson juvénile est considérable
dans les nurseries en eaux côtières, ainsi que dans les pêcheries de
poisson rond mixte. L’ampleur des rejets à la mer varie dans de fortes
proportions en fonction des espèces, des zones, de la flotte et de la
saison.
Dans la Région II, les pourcentages moyens estimés de cabillauds
et d’églefins rejetés dans les pêcheries démersales de la mer du Nord
sont respectivement de 22 et 36 % du tonnage, et de 51 et 49 % de l’effectif
(5NSC, 1997). Dans la pêche au chalut à perche, si la moitié environ du
nombre de plies (Pleuronectes platessa) capturées est rejetée, dans
les zones d’eaux côtières cette proportion peut atteindre 80 %.
Pour l’année
1996, les estimations relatives à l’une des flottes démersales opérant
dans la Région III indiquent qu’environ 18 % du poids des captures a
été rejeté à la mer. Ce chiffre est cependant considéré comme une
estimation prudente de l’ampleur des rejets à la mer. Dans les pêcheries
de langoustines, un peu moins d’une demi-tonne de merlans (Merlangius
merlangus) est rejetée par tonne de langoustines (Nephrops norvegicus)
pêchées en mer d’Irlande.
Dans les Régions III et IV, les rejets à la
mer d’espèces pélagiques se situent en général à moins de 25 % du
tonnage total pris dans les chaluts. On manque de renseignements fiables sur
les rejets des senneurs. Occasionnellement il arrive que la totalité de la
pêche soit rejetée à la mer, car inférieure à la taille
commercialisable.
Les pêcheries démersales et pélagiques de la Région V
se sont développées rapidement. Ce n’est que dans quelques rares cas que
l’on a étudié les taux de captures accessoires et de rejets à la mer,
cas où il a cependant été constaté que le tonnage des rejets à la mer
était souvent égal au tonnage du poisson débarqué.
3.5.2 Crustacés et
mollusques
Les captures de crustacés et mollusques sont énumérées
au Tableau 3.5.
Les méthodes les plus couramment employées dans les
pêcheries de crustacés et mollusques sont les dragues (dragues mécaniques
dans le cas des coquilles Saint-Jacques, des huîtres et des moules communes
(Mytilus edulis), et dragues suceuses dans le cas des coques (Cerastoderma
edule)), chaluts pour la langoustine et les crevettes, et casiers dans
celui de la langoustine, du tourteau (Cancer pagurus) et du homard (Homarus
gammarus).
Dans toutes les Régions, sur le plan du tonnage, les plus
grandes captures sont celles réalisées dans les pêcheries de crevettes,
de moules et de coques (Tableau 3.5).
En dehors des régions de l’Arctique
et de l’Atlantique au large, les principaux crustacés commercialisés
sont la langoustine, qui est capturée au chalut et au casier, sur des
terrains vaseux, dans toute une série de zones en eaux côtières, en haute
mer proche, ainsi que le long du plateau continental ouest. La pêche du
tourteau au casier s’est également développée dans la Manche, dans les
approches ouest, ainsi qu’au large des côtes ouest de l’Irlande et de l’Ecosse.
La pêche du homard au casier reste importante au plan local dans de
nombreuses zones côtières, la pêche s’étendant cependant
progressivement plus loin au large. Les captures de crevettes grises (Crangon
crangon) présentent d’importantes fluctuations naturelles d’année
en année, tandis qu’en revanche, les captures réalisées dans les autres
pêcheries de crustacés sont plus stables, quoique la plupart des stocks
soient assez lourdement exploités.
En plus des pêcheries de mollusques à
grande échelle, à savoir moules et coques, l’effort de pêche a
progressivement augmenté dans de nombreuses pêcheries de coquilles
Saint-Jacques (Pecten maximus) et de vanneaux (Chlamys opercularis).
De nouvelles pêcheries sont également en cours de création, lesquelles
visent le buccin (Buccinum undatum), le couteau (Ensis directus)
et la Spisula sp. Pour la plupart, les stocks de mollusques sont
lourdement exploités, une gestion de certaines pêcheries de coquilles
Saint-Jacques et de coques étant envisagée. Le recrutement des stocks de
mollusques présente systématiquement de grandes variations naturelles, ce
qui contribue à la difficulté d’estimation et de gestion des pêcheries.
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Tableau 3.5 Quantités débarquées ou capturées des principales espèces de crustacés et de mollusques. |
3.5.3 Algues
La
récolte des algues, destinées à la fabrication des alginates et des
engrais, et parfois de produits pharmaceutiques, est une industrie
importante le long de certaines parties du littoral des Régions I, II et
III. Les principales espèces ainsi récoltées sont les algues à thalle
(Ascophyllum
nodosum) et les algues brunes (Laminaria hyperboria, L.
digitata). Les quantités typiques d’algues récoltées tous les ans,
ces dernières années, représentent en moyenne 180 000 tonnes en Norvège,
72 000 tonnes en France, 40 000 tonnes en Irlande, et 12 500 tonnes en
Islande.
3.5.4 Gestion des
pêcheries
L’objectif général de la gestion des pêcheries est d’assurer
une exploitation durable de la ressource halieutique. Dans la zone de la
Convention OSPAR, la gestion des pêcheries fait l’objet d’une
réglementation dans les eaux de l’UE, dans le cadre de la politique
commune de la pêche de l’UE, et, dans les eaux des îles Féroé, de l’Islande
et de la Norvège, par la politique et la législation nationales. Dans la
zone OSPAR, il existe une surcapacité générale dans la plupart des
flottes de pêche. Les autorités de l’UE, ainsi que les autorités
islandaises et norvégiennes, ont mis en oeuvre des mesures ayant pour but
de réduire l’effort de pêche, ceci par le biais de programmes spéciaux.
Dans le cas de la flotte de l’UE, la réduction a été compensée par une
augmentation du rendement, de telle sorte qu’aucune baisse de la pression
exercée par la pêche n’a été obtenue (5NSC, 1997). La Commission des
pêcheries de l’Atlantique du Nord-Est (NEAFC) a pour mission de favoriser
la conservation et d’optimiser l’exploitation des stocks halieutiques
translimites dans la zone de l’Atlantique du Nord-Est. Dans le cas de la
mer du Nord, la réunion ministérielle intermédiaire sur l’intégration
des pêcheries et des questions environnementales qui s’est tenue en 1997
(IMM 1997) a pris acte des problèmes que posait la réalisation des
objectifs convenus, et a demandé qu’une stratégie d’écosystème soit
élaborée et appliquée à la gestion et à la protection de la mer du
Nord. La Commission internationale de la conservation du thon de l’Atlantique
(ICCAT) est chargée de la gestion internationale des pêcheries de grand
thon pélagique et du poisson analogue au thon.
Un vaste éventail de
mesures nationales de conservation a été adopté afin de protéger divers
stocks en phases de vie vulnérables, notamment la création de nurseries
permanentes dans les eaux côtières, la fermeture provisoire de la pêche
afin de protéger le poisson juvénile et la fermeture des zones de frai aux
époques de pointe de frai au cours de l’année. Une zone côtière de 12
milles de large, où les gros chalutiers sont interdits, est en place dans
la plupart des régions, et des mesures techniques de conservation, telles
que la dimension des mailles et les grilles de tri, sont largement
appliquées afin de réduire les captures de poisson juvénile. D’autres
mesures ont eu pour but de restreindre l’effort, par des régimes d’octroi
des permis, ainsi que de restriction du nombre de journées en mer.
Les
principaux instruments convenus à l’heure actuelle pour la gestion des
pêcheries (de poisson, crustacés et mollusques) sont les suivants :
-
détermination des totaux admissibles de capture;
- mesures techniques (telles
que mailles d’une dimension minimum et une taille minimum au
débarquement) ;
- programmes de réduction des flottes ; et
- restrictions
imposées à l’effort de pêche.
L’instrument le plus couramment
appliqué pour la gestion des pêcheries est constitué par les TAC, fixés
tous les ans. Ceux-ci sont déterminés tant sur des bases nationales, que
par des instances internationales (par exemple, NEAFC, ICCAT) et enfin par l’UE,
qui se fonde à cet effet sur les conseils émanant du CIEM. Les conseils du
CIEM ont pour but d’instaurer un principe de précaution dans la gestion
des pêcheries. A cet effet, le CIEM a préconisé des points de référence
de précaution pour la biomasse du stock d’alevins et pour la mortalité
due à la pêche. Cependant, ces niveaux de précaution ne concernent que
des stocks individuels, et ne peuvent être considérés comme des mesures
de précaution dans le cas des interactions entre espèces, non plus que
pour les effets sur l’écosystème dans son ensemble. Dans la gestion des
ressources halieutiques, il convient aussi de prendre en compte les
considérations socio-économiques.
Des TAC internationaux, ainsi que les
quotas nationaux qui en sont les composantes, sont convenus pour les
principaux stocks halieutiques commerciaux, ainsi que pour la langoustine,
la crevette nordique (Pandalus borealis) des grands fonds et les
autres crustacés et mollusques.
L’exactitude des estimations annuelles
des stocks ainsi que des TAC, dépend de la qualité des statistiques de
captures. Les captures illégales ainsi que les rejets non enregistrés en
mer faussent les estimations des stocks, et donc les TAC. Les programmes de
contrôle des rejets à la mer dans les pêcheries n’ont été mis en
oeuvre que dans quelques pêcheries, et en général ces toutes dernières
années seulement. Ces programmes n’ont encore donné lieu qu’à peu de
statistiques qui soient exploitables pour l’appréciation des stocks.
Les
mesures techniques sont conçues pour maîtriser certains des aspects de la
pêche ; c’est notamment le cas de la taille des mailles, de la
géométrie des filets, de la taille minimum du poisson débarqué, des
limites imposées aux captures accessoires, des saisons de fermeture et de
la fermeture de certaines zones. La mise en application de ces mesures se
fait au niveau national, et est étayée, par exemple, par les inventaires
des navires et par des permis, par des règlements applicables aux livres de
bord et par une surveillance par satellite. Au niveau communautaire
européen, un ensemble remanié de mesures techniques est entré en vigueur
à l’échelle de l’UE le 1er janvier 2000. Ces mesures sont conçues
pour améliorer la sélectivité, et par conséquent réduire les rejets à
la mer, et englobent l’adoption obligatoire des panneaux à maille carrée
dans certains filets, des restrictions imposées aux fils retors ainsi que
des règles applicables à la structure des apparaux. De plus, des
contrôles spécifiques ont été mis en place, afin de régler le problème
des captures accessoires de cétacés ; par ailleurs, à compter du 1er
janvier 2002, l’utilisation des filets dérivants en haute mer, destinés
à capturer le thon ainsi que d’autres espèces, sera interdite.
Mis en
oeuvre de 1992 à 1996, le ‘Programme pluriannuel d’orientation’ (MAGP
III) de l’UE avait pour but de réduire la capacité des flottes, en
diminuant de 20 % les tonnages et la puissance des moteurs des bateaux de
pêche du poisson rond et de 15 % ceux des flottes ciblant le poisson plat.
Dans un rapport publié en 1997, la Commission européenne indiquait que le
MAGP III avait bien permis de restructurer les flottes (CE, 1997). Entre
1991 et 1996 en effet, le tonnage de la flotte de l’UE, ainsi que sa
puissance motrice, ont été réduits de plus de 10 % (Figures 3.5a et
3.5b). En dépit du rétrécissement des flottes, l’IMM 1997 sur la
mer du Nord a émis la critique suivante : ‘La réduction a été
compensée par une augmentation du rendement, le résultat étant qu’aucune
diminution de la pression exercée par la pêche n’a été obtenue’.
Compte tenu de cet état de choses, la Commission a adopté le MAGP IV pour
la période 1997–2001, lequel a pour but de réduire l’effort de pêche
d’un maximum de 30 % sur les stocks considérés comme ayant dépassé
leurs limites biologiques sûres. En 1998, la Norvège a instauré un
régime de déclassement des navires de pêche côtière, analogue à celui
qui avait touché les senneurs en 1996. D’autres règlements ont eu pour
but d’interdire l’accès des nouveaux chalutiers aux pêcheries de
crevettes. La Norvège a réduit de moitié le nombre de navires, soit de 26
642 (en 1982) à 13 251 (en 1998), la puissance motrice (1 136 178 kW en
1982 et 1 236 989 kW en 1998) et le tonnage brut (295 925 tonnes en 1982 et
275 524 tonnes en 1998) n’ayant en revanche pratiquement pas changé.
En
Islande, le régime de gestion des pêcheries qui a été mis en place a
pour but de faire en sorte que la capacité de pêche active ne dépasse pas
la capacité de transport des stocks faisant l’objet d’une exploitation
commerciale. Ce résultat a été obtenu par l’application de quotas
individuels transmissibles (ITQ, Individual Transferable Quotas).
Tous les ans, un TAC est fixé sur la base d’une estimation et d’un
pronostic scientifiques rigoureux, ceci pour la presque totalité des
espèces pêchées à des fins commerciales. Pour que le TAC ne soit pas
dépassé, tout en maximisant l’efficacité économique de la pêche, le
gouvernement islandais a élargi, en 1990, le régime des ITQ mis en place
en 1984, afin que celui-ci porte sur la totalité des espèces commerciales.
Au début de chaque année de pêche, le TAC applicable à chacune des
espèces est divisé entre tous les bateaux de pêche, qui détiennent une
part du quota pour l’espèce en question. Les quotas sont divisibles et
transmissibles, ce qui dote les opérations de pêche de la souplesse
nécessaire à la maximisation de leur rendement économique à partir d’un
tonnage de capture limité. Grâce au système de gestion des pêcheries, la
capacité de pêche active a été réduite en Islande, que ce soit sur le
plan du nombre de bateaux de pêche, de la valeur de la flotte de pêche ou
de son tonnage. Par exemple, de 1984 à 1997, l’effort de pêche des
espèces démersales a pu être réduit de près de 38 %.
En Islande et en
Norvège, les pêcheries de crustacés et mollusques sont placées sous un
régime national de gestion ; dans la zone de l’UE, ces pêcheries ne sont
pas complètement réglementées par l’UE, ceci en raison du caractère
localisé des stocks. Les réglementations en place imposent des
restrictions aux techniques de pêche, une réduction de l’effort de
pêche (soit par une interdiction totale, soit par des restrictions dans le
temps ou dans l’espace) ainsi qu’une taille minimum au débarquement, ou
encore une combinaison de ces méthodes (OSPAR, 1998a). Toutefois, les
pêcheries de langoustines et de crevettes sont réglementées par des TAC.
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Figure 3.5 Mise en oeuvre du
MAGP III de l'UE (de 1992 à la fin de 1996) (a) en vue de la réduction
de la puissance des moteurs des bateaux de pêche. (b) en vue de la
réduction du tonnage brut des flottes de pêche.
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3.5.5 Chasse
Au
Groenland, environ 20 % de la population dépend directement ou
indirectement de la chasse. Les ressources les plus importantes sont le
phoque marbré (Phoca hispida) et le phoque du Groenland (Pagophilus
groenlandicus), quoique tout un éventail d’autres espèces de
mammifères soit également chassé. Dans la zone OSPAR, la chasse à la
baleine est réglementée par deux organisations internationales, la ‘North
Atlantic Marine Mammal Commission’ (NAMMCO) et la Commission baleinière
internationale (IWC), ceci dans le cas des Parties contractantes à ces
organisations. A l’exception du petit rorqual (Balaenoptera
acutorostrata) et du globicéphale, la chasse à la baleine n’est pas
pratiquée dans la zone maritime. Le comité de gestion de la NAMMCO
considère que dans la zone du stock central, le petit rorqual a presque
atteint sa limite de tolérance, et que la capture de 292 animaux par an (ce
qui correspond à la moyenne des captures de 1980 à 1984) pour l’ensemble
de la région centrale de l’Atlantique nord, est tolérable. Cette
question n’a pas encore été étudiée par la IWC. Dans les îles
Féroé, la chasse annuelle traditionnelle au globicéphale noir
(Globicephala
melaena) est d’environ 850 individus, sur un stock de 800 000 animaux.
La chasse aux petits cétacés, comme le narval (Monodon monoceros)
et le dauphin blanc (Delphinapterus leucas), ne tombent pas sous le
coup des compétences de la IWC, cette chasse faisant cependant l’objet d’une
réglementation bilatérale entre le Groenland et le Canada. Les estimations
auxquelles la commission bilatérale a récemment procédé ont permis de
conclure que dans l’ensemble, la chasse au narval et au dauphin blanc
était durable d’une manière générale, même si des préoccupations
subsistent, à savoir qu’il est possible que quelques-unes des
sous-composantes des grands complexes du stock soient surexploitées. Les
zones et les espèces chassées et pêchées varient selon l’emplacement
et la saison. L’ours polaire (Ursus maritimus) est chassé dans le
nord du Groenland. La chasse aux oiseaux de mer fait partie des traditions.
Les captures sont réglementées par la loi, sur le plan des espèces, des
saisons et des méthodes.
3.6 Cultures marines
(élevage du poisson, des crustacés et des mollusques)
Les
dernières décennies ont vu une forte croissance des formes intensives d’aquaculture
telles que la production en masse du saumon dans des cages en filets, et,
dans certains pays, la production des cultures marines est devenue
comparable, sur le plan de sa valeur économique, à celle de la pêche
démersale et pélagique. Les préoccupations suscitées par les incidences
environnementales des cultures marines sont évoquées au Chapitre 5, et
sont notamment les suivantes : enrichissement localisé des sédiments ;
utilisation de divers produits pharmaceutiques et chimiques, menace
potentielle pour les populations halieutiques sauvages de la propagation des
parasites et des maladies, et interactions génétiques pour le poisson
échappé des élevages.
Selon des données communiquées par l’Organisation
des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), on estime
que la production de l’aquaculture dans la zone OSPAR en 1997 était de l’ordre
de 1.1 million tonnes/an (Tableau 3.6, Figure 3.6). Dans le secteur
de l’aquaculture, le plus gros producteur était la Norvège, avec un
volume (surtout de saumon), correspondant à 35 % du total de la production
marine des Parties contractantes à OSPAR, suivie par l’Espagne (18 %), la
France (18 %) (surtout dans le cas des crustacés et des mollusques pour ce
qui est des deux derniers pays). Les autres gros producteurs sont le
Royaume-Uni et les Pays-Bas (Figure 3.6).
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Tableau 3.6 Production de
l'aquaculture en eau de mer en 1997 (tonnes) dans la zone OSPAR et dans
la mer Baltique. Source: statistiques nationales; FAO (1999).
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Figure 3.6 Production de l'aquaculture dans la zone atlantique. Source: FAO. |
3.6.1 Poisson
La
pisciculture est pratiquée dans toutes les Régions OSPAR, à l’exception
de la Région V. Les cultures marines sont maintenant une industrie de
premier plan en Irlande, en Norvège et en Ecosse. Les principales espèces
élevées en aquaculture sont le saumon (Salmo salar) et la truite
arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) (Régions I, II et III). Les autres
espèces sont le flétan (Hippoglossus hippoglossus), l’omble
chevalier (Salvelinus alpinus), le cabillaud, le turbot (Psetta
maxima) (Régions I, II et III) et l’anguille (Anguilla anguilla),
ainsi que le bar (Dicentrarchus labrax) et le sar (Diplodus sp.)
(Région IV).
3.6.2 Crustacés et
mollusques
La production de crustacés est très faible dans toutes
les Régions de la zone OSPAR. Dans toutes les Régions, à l’exception de
la Région I, les principales espèces élevées sont la moule commune et
les huîtres (Ostrea edulis, Crassostrea gigas). Toutefois,
dans la Région III, l’intérêt pour la coquille Saint-Jacques et le
vanneau se développe.
Dans la Région II, des mollusques, dont la moule
commune, sont cultivés dans la mer des Wadden, et dans l’Oosterschelde,
le long de la côte de la Bretagne, en Norvège, en Suède et au
Royaume-Uni. Les huîtres sont élevées surtout dans les îles Orkney et
dans les îles Shetland, ainsi que dans d’autres régions de l’Ecosse,
de même que dans l’est et le sud-est de l’Angleterre, dans le sud-ouest
des Pays-Bas, en Norvège et enfin le long des côtes de la Normandie et de
la Bretagne.
Dans la Région III, l’élevage de stocks sauvages de
crustacés et mollusques est pratiqué depuis plus d’un siècle, quoique,
récemment, l’attention se soit tournée vers l’élevage des crustacés
et des mollusques dans des appareils à éclosion. Dans la partie
Royaume-Uni de la Région III, la part, en valeur, des crustacés et des
mollusques d’élevage, a doublé entre 1991 et 1995. En Irlande, le
tonnage de crustacés et mollusques produit dépasse la production de
poissons à nageoires, ceci en raison du développement rapide de l’élevage
des moules communes sur palangres.
Dans la Région IV, l’ostréiculture et
la mytiliculture françaises (3 500 élevages) produisent 80 000 tonnes/an.
Entre 1987 et 1996, l’Espagne a produit tous les ans 200 000 tonnes/an de
mollusques (90 % pour la mytiliculture). Les autres espèces élevées sont
la palourde et l’huître (4 000 tonnes/an pour chacun de ces groupes). Au
Portugal, on élève des palourdes, des huîtres et des coques (au total 3
000 tonnes/an).
3.7 Ouvrages côtiers
et récupération des terres sur la mer
Parmi les facteurs qui
contribuent à l’érosion du littoral se trouvent les marées, les
courants littoraux et la montée du niveau de la mer. Hormis ces
phénomènes naturels, les ouvrages et les infrastructures de défense
côtière sont susceptibles de contribuer à une importante érosion locale.
Le niveau de la mer monte très lentement, du fait de processus naturels –
50 m sur les 10 000 dernières années, et à l’heure actuelle entre 1.5
et 1.9 mm par an dans la plus grande partie de la zone OSPAR – certains
indices donnant toutefois à penser que ce rythme est peut-être en
augmentation, en raison du réchauffement du climat de la planète, surtout
du fait de la dilatation thermique des eaux océaniques.
Sur certaines
parties du littoral des mers celtiques, du golfe de Gascogne et de la
péninsule ibérique, les taux d’érosion se situent dans une fourchette
de 0.5 à 1.5 m/an, et, dans quelques cas, atteignent 2 m/an (au nord de
Liverpool). Par ailleurs, les vents qui soufflent parallèlement au littoral
contribuent eux aussi à l’érosion des côtes. Les mouvements de sable
des plages vers l’intérieur peuvent être significatifs, et représenter
entre 20 000 et 40 000 m3 par an (par exemple, sur la côte française des
Landes), jusqu’à des volumes extrêmes de 200 000 m3 par an (cas par
exemple des dunes de Pyla) et ce par kilomètre de littoral. Les côtes
rocheuses et volcaniques (par exemple, de l’Arctique et des Açores)
résistent à l’érosion.
3.7.1 Défenses
côtières
Les défenses côtières sont nécessaires sur le littoral
à découvert, au sol meuble et à basse altitude des Régions II et III,
ainsi que sur certaines parties des côtes françaises et portugaises, dans
la Région IV. Depuis des décennies, des ouvrages de défense côtière ont
été construits en fonction de la situation locale, ceci avec des roches de
renfort, par la construction de brise-lames, de môles et de jetées, les
travaux ayant aussi porté sur la recharge des plages. La récupération des
terres sur la mer, et la construction de digues modifient l’environnement
physique, et dans certains cas peuvent rétrécir les zones de frai et les
sanctuaires de la faune sauvage, et réduire la diversité biologique.
Sur
le pourtour de la mer du Nord, les défenses côtières sont courantes, en
particulier sur les côtes basses du sud et de l’est, de la mer des
Wadden, ainsi que sur les îles vulnérables aux surcôtes de tempête et à
la montée du niveau de la mer. Les plages sont en partie protégées par
des brise-lames implantés en mer. Les dunes sont parfois protégées par
des structures en dur – quoique ceci puisse empêcher la recharge
naturelle des plages, par des apports de sédiments, et susciter une
érosion ailleurs. La tendance actuelle est au recours à la recharge
artificielle des plages. En 1996, les Pays-Bas ont ainsi apporté 7.7
millions m 3 de sable à leurs plages, tandis qu’il se peut qu’il leur
faille doubler cette quantité pour devancer la montée prévue du niveau de
la mer. Dans d’autres parties de la mer du Nord, il est prévu d’améliorer
la défense des côtes en rétablissant la dynamique côtière naturelle.
Sur les côtes de la mer celtique, existent de grandes zones riveraines des
estuaires ou proches de centres urbains ou d’implantations industrielles,
qui ont été protégées par des digues. Sur le cours en amont du canal de
Bristol et de l’estuaire du Severn, une grande partie du littoral est
protégée par des quais contre les inondations. Des plans d’aménagement
du littoral sont à l’heure actuelle élaborés pour l’intégralité des
côtes de l’Angleterre et du Pays de Galles.
Dans la Région IV, de
Biarritz à l’Adour, la côte française est fortement sujette à l’érosion,
en raison même de la puissance de la houle (les vagues pouvant atteindre 15
m) et d’un déficit permanent en sédiments régénérateurs. Près de
1000 structures transversales, telles que des jetées, et 500 structures
longitudinales, telles que des digues et des brise-lames, ont été
construites.
L’érosion touche aussi la côte portugaise. De grands
éperons et des murs en roche ont été construits dans plusieurs secteurs,
et ont ainsi grandement modifié le déplacement des sédiments dans ces
zones, et, dans certains cas, ont abouti à la disparition des plages de
sable
3.7.2 Récupération
des terres sur la mer
La récupération des terres sur la mer est
très fréquente sur le pourtour de la mer du Nord, en particulier sur les
côtes basses du sud et de l’est. Il est prévu d’étendre le port de
Rotterdam vers la mer.
3.7.3 Production d’énergie
La production d'énergie en mer à l’heure actuelle n'est pas très
importante ; toutefois, l’intérêt pour les installations éoliennes en
mer ne cesse de croître, tandis que l’on expérimente à l’heure
actuelle des équipements marémoteurs. La seule centrale marémotrice (de
240 MW) qui soit implantée dans la zone OSPAR se situe sur l’estuaire de
la Rance (Région II), près de Saint-Malo, en Bretagne, son exploitation
ayant démarré en 1967.
Le vent étant une source d’énergie
renouvelable, un grand effort est fait pour trouver des sites qui s’y
prêtent, où l’énergie éolienne soit suffisante, et où la population
soit faible. La production d’électricité éolienne est rentable lorsque
la vitesse moyenne du vent est supérieure à 5 ou 6 m/s. Cette technologie
pose cependant des problèmes, à savoir l’espace nécessaire ainsi que
les nuisances visuelles et sonores, qui peuvent être particulièrement
préjudiciables aux oiseaux (Kruckenberg et Jaene, 1999). Dans de nombreux
pays, l’énergie éolienne est produite dans des centrales implantées sur
la côte (par exemple 23 MW dans la Région III ; entre 5.1 et 8.8 % de la
demande d’énergie aux Açores).
Dans plusieurs pays, il existe des
programmes de construction de parcs d’éoliennes offshore. Au Danemark, il
est prévu de construire dans les cinq années à venir quatre ou cinq parcs
d’éoliennes en mer (pouvant regrouper jusqu’à 400 turbines). Les
effets du bruit et l’impact électromagnétique sur le poisson et sur les
mammifères marins sont à l’étude. Plusieurs autres pays de la zone
OSPAR prévoient également de construire des parcs d’éoliennes offshore
; le Royaume-Uni en prévoit notamment cinq.
3.8 Extraction du sable
et du gravier
Le sable et le gravier sont des matériaux essentiels
pour la construction des habitations privées ainsi que des bâtiments
industriels, pour la protection des côtes et pour la recharge des plages.
Dans de nombreux pays de la zone OSPAR, les gisements de sable et de gravier
à terre sont rares, et dans certains pays, les travaux d’extraction en
mer peuvent répondre à 15 % des besoins nationaux (CIEM, 1992). Les
tonnages de sable et de gravier extraits sont indiqués au Tableau 3.7.
Pour l’exploitation, les principales cibles sont les gisements de sable et
de gravier siliceux. Les gisements calcaires, tels que les bancs de
coquilles, de moules et d’algues lithothamnies (maërl) sont également
exploités dans certains pays de la zone OSPAR. Ces gisements de chaux sont
exploités pour la fabrication du ciment, ou comme engrais, ou encore comme
amendement des sols.
L’exploitation des agrégats marins peut avoir des
effets négatifs sur le milieu marin. La suppression des bancs des hauts
fonds à proximité du littoral accroît les possibilités d’érosion de
la côte, ceci en renforçant la puissance des vagues et des courants. Les
dépressions créées par les excavations ainsi créées piègent les
sédiments à granulométrie fine. Dans les cas où les agrégats se situent
dans des zones de frai ou de pêche, leur extraction peut être en
compétition avec la pêche.
Diverses mesures ont été adoptées aux
niveaux nationaux et internationaux afin de minimiser l’impact
environnemental de l’extraction des agrégats marins (voir par exemple, le
Code pratique de l’extraction commerciale des sédiments marins (CIEM,
1992)). Néanmoins, l’extraction se poursuit à un rythme élevé, et le
contrôle des tonnages retirés est limité. Bien que dans certains pays, on
mette au point des systèmes de permis plus rigoureux, dans de nombreux cas,
les stratégies nationales de réglementation de cette pratique paraissent
quelque peu ambivalentes.
C’est dans la zone de la mer du Nord (Région
II), que la demande en sable et en gravier d’origine marine est de loin la
plus forte. La production est passée de 34 millions de m3 en 1989 à 40
millions de m3 en 1996. La plus grande partie de ce matériau est
nécessaire à la protection des côtes, à l’industrie du bâtiment, et
à la recharge des plages en sable.
Dans la zone de la mer d’Irlande et de
la mer celtique, les agrégats marins servent surtout à réalimenter les
plages, ainsi que de remblai destiné aux aménagements portuaires, et enfin
à la construction des bâtiments et des routes. Dans la Région III, l’extraction
des agrégats en mer se limite à l’heure actuelle au canal de Bristol (7
sites, plus de 2 millions de tonnes en 1997) et au nord-est de la mer d’Irlande
(2 sites, environ 300 000 tonnes en 1997).
Le tonnage de sable et de gravier
extrait le long du littoral atlantique est plus important (Région IV), ces
matériaux étant destinés à la construction et à la recharge des plages.
En France, l’extraction représente tous les ans environ 2.2 millions de m3 . C’est surtout le long de la côte de la Bretagne que l’on extrait
des sables de maërl et de coquilles.
Des permis ont été accordés pour l’extraction
de 140 000 m3 de sable par an autour des côtes des Açores (Région V).
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Tableau 3.7
Volumes de sable et de gravier extraits de 1992 à 1997. Source:
statistiques nationales; OSPAR (1998b,c).
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3.9 Dragage, immersions
et rejets dus aux activités en mer
La Convention OSPAR interdit l’immersion
des déchets et autres matériaux, ceci à l’exception des matériaux de
dragage, des déchets de la transformation du poisson, des matériaux
inertes d’origine naturelle ainsi que des navires ou aéronefs (jusqu’en
2004). Par le passé cependant, un éventail plus large de matériaux a
été éliminé en mer, notamment des boues d’égouts et des déchets
industriels.
3.9.1 Matériaux de
dragage
Les matériaux de dragage immergés en mer consistent pour l’essentiel
en matériau enlevé afin de dégager les couloirs de navigation (dragage d’entretien)
ou encore retirés pendant la construction d’ouvrages côtiers, tels que
des ports (dragage de grands travaux). Les tonnages de matériaux dragués
sont indiqués au Tableau 3.8. Dans le cas de la Belgique, de la
France, de l’Allemagne et de l’Espagne, l’essentiel des matériaux
dragués provient des estuaires et des chenaux marins. Dans certains autres
pays, les matériaux de dragage proviennent pour la plupart des ports. Les
tendances des quantités immergées sont difficiles à établir, car les
impératifs de dragage sont fortement influencés par les conditions
naturelles ainsi que par la stratégie appliquée aux immersions. Cette
activité fait l’objet de rapports systématiques dans le cadre d’OSPAR.
Les permis d’immersion de déchets en mer ne sont accordés que s’il
peut être prouvé que le matériau n’est pas gravement contaminé, et qu’il
ne portera pas atteinte au milieu marin. Toutefois, l’immersion des
matériaux de dragage peut donner lieu à un apport de contaminants au
milieu marin. Les dimensions et les positions des zones d’immersion sont
choisies par les autorités nationales de tutelle, et les zones font l’objet
d’une surveillance périodique, afin de s’assurer que les impacts se
situent dans les limites agréées.
L’élimination des matériaux de
dragage en mer influe sur l’environnement, en raison des contaminants qu’ils
contiennent, ainsi que sur le plan physique. Selon les Lignes directrices
OSPAR sur la gestion des matériaux de dragage (numéro de référence OSPAR
1998-20), la minimisation du volume des matériaux de dragage est
considérée comme la meilleure pratique environnementale (BEP) pour
minimiser les effets sur l’environnement.
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Tableau 3.8
Récapitulatif des quantités de déchets déversés en mer en 1996
(tonnes dw). Source: statistiques nationales; OSPAR 1999(b).
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3.9.2 Boues d’égouts
L’élimination des boues d’égouts en mer, qui a cessé à la fin
de l’année 1998 à la suite d’un accord entre les Parties contractantes
à OSPAR, n’était pratiquée que dans les Régions II et III. L’Allemagne
a cessé cette pratique en 1981, l’Irlande au début de 1999, et le
Royaume-Uni en 1998 (voir Tableau 3.8).
3.9.3 Déchets
industriels
L’immersion des déchets industriels a été
abandonnée en 1993, lorsque les quelques rares et derniers permis d’élimination
en mer de déchets industriels liquides et de cendres volantes provenant du
Royaume-Uni sont venus à expiration. L’incinération des déchets
industriels liquides à bord de navires incinérateurs spéciaux en mer du
Nord a cessé en 1991. L’immersion des déchets de l’industrie du
dioxyde de titane (TiO2 ) a cessé en mer du Nord en 1989, l’Espagne
ayant pour sa part interrompu cette pratique en 1993. Les rejets de l’industrie
du TiO2 sont autorisés par la réglementation OSPAR et par la
réglementation de l’UE, et sont surtout confinés aux eaux estuariennes
françaises et britanniques (Seine, Humber et Tees).
3.9.4 Déchets
radioactifs
Depuis 1983, en vertu de la Convention de Londres, un
moratoire mondial a été imposé à l’élimination des déchets
radioactifs. La Convention OSPAR de 1992 contient une interdiction
juridiquement contraignante pour les immersions de ce type, désormais
acceptée par toutes les Parties contractantes.
Avant 1967, l’élimination
en mer des déchets radioactifs n’était pas coordonnée, et plusieurs
zones de hauts fonds étaient utilisées pour l’élimination de quantités
relativement faibles de déchets. Après 1967, les éliminations ont été
faites dans des eaux plus profondes, et ont été coordonnées par l’Agence
pour l’énergie nucléaire (AEN).
Les déchets consistaient pour l’essentiel
en matériaux peu radioactifs, provenant surtout de l’exploitation des
centrales nucléaires, de la fabrication du combustible et de son
retraitement, de l’utilisation des radionucléides en médecine, pour la
recherche et dans l’industrie, ainsi que de la décontamination des
matériels et des équipements obsolètes. Dans un rapport relatif au
principal site d’immersion (OCDE, 1985), il a été conclu que ce site ne
présentait qu’un risque radiologique négligeable pour l’homme.
Toutefois, en l’absence de données de lignes de base sur la biologie du
milieu benthique, il est difficile de tirer des conclusions définitives sur
les impacts environnementaux. En 1995, l’OCDE/AEN a parachevé son ‘Programme
coordonné de recherche et de surveillance environnementale, relatif à l’élimination
en mer des déchets radioactifs (CRESP)’, dont les résultats ont été
résumés dans le Rapport final CRESP 1981-1995 (OCDE, 1996). Bien que dans
le cadre de ce programme, on ait recueilli de nouvelles données biologiques
en vue d’une évaluation radiologique de l’immersion, aucune de ces
nouvelles données n’a radicalement modifié les conclusions de la
dernière étude de l’adéquation de la zone principale (OCDE, 1985).
Plusieurs des Parties contractantes à OSPAR se sont déclarées
préoccupées par le fait que l’on ait cessé de surveiller l’ancienne
zone d’immersion de déchets radioactifs.
3.9.5 Matériaux
inertes d’origine naturelle
L’immersion des matériaux inertes d’origine
naturelle (tels que les minerais) n’a été pratiquée qu’en Irlande.
Des matériaux inertes sont déposés dans les eaux côtières du
Royaume-Uni et de la Norvège, ces dépôts d’origine terrestre ne
constituant cependant pas une immersion aux termes de la Convention OSPAR.
3.9.6 Autres déchets
L’immersion
des navires dans la zone maritime OSPAR sera interdite à compter de 2005.
En 1996, la Norvège a immergé 18 bateaux de pêche, pour la plupart en
bois. L’immersion des navires à coque en acier est désormais interdite
en Norvège.
Pendant les Première et Deuxième Guerres mondiales, de
nombreux navires ont été coulés dans l’Atlantique, tandis que dans
certaines Régions, pendant les après-guerres, de grandes quantités de
munitions obsolètes ont été immergées en mer.
3.9.7 Rejets des
installations offshore
Les installations offshore sont d’importantes
sources d’apport d’hydrocarbures à la zone maritime, surtout dans la
Région II. Les variations des rejets d’hydrocarbures sont illustrées en Figure
3.7 (qui ne tient pas compte des boues de synthèse, lesquelles entrent
dans une autre catégorie). Au total, les apports d’hydrocarbures ont
baissé, après avoir atteint un maximum d’environ 28 300 tonnes en 1985,
pour revenir à 9 500 tonnes en 1997 (-66 %). Cette baisse a pour l’essentiel
été obtenue en diminuant la quantité d’hydrocarbures rejetés avec les
déblais de forage, quantité qui est passée d’environ 25 800 tonnes à
environ 6 000 tonnes en 1996, après quoi seules des boues de synthèse ont
été utilisées (rejets avec les déblais de forage en 1997 : 7 200 t). De
1985 à 1997, les rejets d’hydrocarbures avec l’eau de production ont
augmenté, puisqu’ils sont passés d’environ 2 500 tonnes à environ 8
500 tonnes. Cette augmentation est due au nombre croissant d’installations,
ainsi qu’à l’augmentation de la quantité d’eau de production
associée à l’épuisement progressif des champs pétrolifères.
Parallèlement aux hydrocarbures, des métaux lourds, des hydrocarbures
aromatiques polycycliques (HAP) et des produits chimiques de production sont
rejetés avec l’eau de production. Ces apports augmentent au fur et à
mesure qu’un champ vieillit. Le volume d’eau de production rejetée peut
être réduit, par exemple en la réinjectant dans la roche réservoir ou en
la séparant en fond de puits, techniques en grande partie expérimentales
à l’heure actuelle. Les rejets en exploitation de boues de forage à base
aqueuse et de synthèse sont rigoureusement réglementés.
En 1996, OSPAR a
adopté la Décision 96/3 relative à un système obligatoire et harmonisé
de contrôle et de réduction des produits chimiques en offshore et de
réduction de leurs rejets. Cette Décision est un élément clé du
contrôle des produits chimiques prévus pour les installations offshore. A
la suite d'une période d'essai, son efficacité a été revue à la
lumière des expériences acquises et une série de nouvelles mesures OSPAR
ont été élaborées. Elles ont été adoptées en juin 2000 et elles
annulent et remplacent les mesures OSPAR précédentes relatives aux produis
chimiques pour l’offshore.
Des boues à base aqueuse, des boues à base d’huile
(OBM) et plus récemment aussi, des boues fluides de synthèse, ont été
utilisées, et dans certains cas le sont encore, pour le forage des puits.
Excepté pour des raisons de géologie ou de sécurité, l’utilisation des
boues à base d’huile est interdite dans la section supérieure des puits.
Les déblais de forage contaminés par du fluide de forage peuvent être
déchargés en mer après avoir été nettoyés. Depuis la fin de l’année
1996, ils doivent être conformes à la norme cible applicable aux
hydrocarbures sur les déblais, soit 10 g/kg de déblais secs (auparavant
100 g/kg). A la quatrième Conférence internationale sur la mer du Nord,
les ministres ont invité OSPAR à interdire (à quelques exceptions près)
le rejet des déblais contaminés par des hydrocarbures, et ce au plus tard
à dater de 1997. Dès lors, seuls des déblais contaminés par des fluides
à base aqueuse ou de synthèse ont été rejetés. Certains fluides de
synthèse possédant des propriétés pouvant porter atteinte aux
communautés benthiques, l'industrie britannique a conclu un accord
volontaire d’abandon de ces fluides pour l’an 2000. Faisant suite à une
revue des mesures OSPAR relatives aux déblais de forage contaminés par des
fluides de forage à phase organique, une nouvelle décision exhaustive a
été adoptée en juin 2000 (Décision OSPAR 2000/3 (déblais contaminés),
qui exclut les rejets de tels déblais à l'exception, dans des cas
exceptionnels de ceux contaminés par les fluides synthétiques.
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Figure 3.7 Total des rejets d'hydrocarbures (tonnes) des installations
pétrolières offshore dans la zone OSPAR. Source: OSPAR (1999a).
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3.9.8 Déchets
En
dépit des lois et des règlements en place, les déchets continuent de
poser un problème considérable pour le milieu marin et pour les
communautés côtières implantées sur le pourtour de l’ensemble de la
zone OSPAR. Les déchets proviennent pour l’essentiel de la navigation
(pêche et commerce) ainsi que du tourisme et des activités de loisirs.
La
consommation des matières plastiques et autres matières synthétiques a
connu une croissance exponentielle. Dans de nombreuses régions de la zone
OSPAR, les matières plastiques non dégradables représentent 95 % de la
quantité totale de déchets. En mer, leurs sources sont la navigation, la
pêche et les cultures marines, tandis que parmi les sources telluriques, on
compte les décharges à déchets implantées sur la côte, les eaux d’égouts,
et les loisirs. Sur de nombreuses plages, les récipients de boisson que l’on
jette (bouteilles et canettes) représentent une composante croissante du
problème posé par les déchets. Si les secteurs de la pêche d’agrément
et de la pêche commerciale sont ceux qui risquent d’être économiquement
les plus touchés par les déchets, elles représentent aussi un danger pour
la faune sauvage. Les filets de pêche dérivants et les cordages peuvent se
prendre dans les hélices des navires, les mammifères marins et les oiseaux
de mer peuvent s’y prendre et se noyer, ces apparaux peuvent en outre
acheminer des organismes épiphytiques au-delà des limites de leurs
habitats normaux. La faculté que les oiseaux de mer, en particulier les
fulmars (Fulmarus), ont de s’alimenter (NSTF, 1993), peut être
gênée par l’ingestion de petites particules de matière plastique. Par
ailleurs, les déchets diminuent également la valeur des produits de la
pêche, car les captures contenant des objets dangereux (par exemple du
verre) risquent de devoir être jetées.
Pour la Région II, on estime que
tous les ans, environ 70 000 m3 au moins de déchets ont été jetés par
dessus bord en mer du Nord (OSPAR 1997). On estime que les déchets reposant
sur le fond marin représentent au moins 600 000 m3 , ceci en se fondant
sur une étude faite par les Pays-Bas. Dans la Région III, on a procédé
à une étude destinée à quantifier l’ampleur des déchets, dans le
Minch, au large de la côte ouest de l’Ecosse. Les résultats donnent à
penser que les quantités de déchets sur les plages ont augmenté au cours
de ces dix dernières années, et que les principales sources en sont la
pêche, la navigation, l’aquaculture et le déchargement de déchets. La
mer du Nord (en 1991) et la mer Baltique (en 1988) ont été classées dans
les zones spéciales MARPOL (Annexe V), l’immersion des déchets par les
navires y étant interdite. Toutefois, sur le plan des déchets, la
situation ne semble pas s’être améliorée (OSPAR 1997).
Dans la Région
IV, des quantités significatives de déchets flottant à la surface de la
mer ont été observées lors de contrôles aériens, loin à l’ouest de
la côte du golfe de Gascogne, à plusieurs centaines de kilomètres du
littoral. Dans la région du golfe de Gascogne, une étude qui a lieu depuis
1992 prouve qu’entre la surface et 200 m de profondeur il y a au moins 50
millions de déchets individuels, tandis que dans les zones profondes (1800
m, fosses au large du cap Breton et du cap Ferret), les concentrations de
déblais se situent aux alentours de 15 pièces à l’hectare.
3.10 Industrie
pétrolière et gazière
Dans la zone de la Convention, les
raffineries sont pour l’essentiel implantées dans des zones côtières ou
sur de grands fleuves. Leurs effluents sont une source d’hydrocarbures et
d’autres substances. De nombreuses mesures de rationalisation et d’amélioration
de l’environnement ont été prises dans ce secteur, ce qui s’est
répercuté par une forte baisse des quantités d’hydrocarbures rejetés.
Le secteur pétrolier et gazier offshore dans la zone OSPAR est de grande
ampleur (Tableau 3.9). En Figure 3.8, le nombre d’installations
implantées dans la zone OSPAR est indiqué. Il est présumé qu’il existe
des perspectives considérables d’expansion dans l’avenir. Dans la
Région V, la prospection du secteur offshore en est à ses débuts. Les
problèmes environnementaux suscités par les rejets d’hydrocarbures (Figure
3.7), de métaux lourds et de HAP sont abordés en section 3.9.7 ainsi
qu’au chapitre 4. D’une manière générale, la Stratégie OSPAR visant
les objectifs environnementaux et les mécanismes de gestion pour les
activités offshore, convenue en 1999, vise à améliorer les résultats du
secteur pétrolier et gazier offshore dans le domaine de l’environnement.
Dans la Région I, dans plusieurs champs situés le long du littoral
norvégien, on produit du pétrole et du gaz. Par ailleurs, on prospecte le
pétrole tant dans le secteur russe que dans le secteur norvégien de la mer
de Barents. Certaines des plus grandes réserves mondiales de gaz offshore
ont été découvertes dans les champs de Shockmanov et de Mourmansk, la
production y étant cependant difficile et coûteuse en raison de la
couverture glaciaire saisonnière. De très grandes réserves de pétrole
ont été découvertes à proximité du littoral, dans la zone de Pechora.
Dans la partie norvégienne de la mer de Barents, on trouve de vastes
réserves de gaz.
Dans la Région II, les grands programmes de mise en
valeur dans l’industrie pétrolière offshore se sont situés dans le nord
de la mer du Nord, dans les secteurs britannique et norvégien. Les champs
gazifères sont exploités pour l’essentiel dans les régions de hauts
fonds au sud, dans les secteurs britannique, néerlandais et danois, ainsi
que dans les eaux norvégiennes. Entre 1990/2 et 1996, le nombre de
plates-formes offshore et la production de pétrole ont presque doublé,
surtout en raison du développement de l’activité dans les secteurs
norvégien et britannique.
Dans la Région III, la production de gaz
offshore a démarré en 1985. Le champ gazifère de Kinsale Head et les
réserves du champ de Ballycotton ne devraient pas durer plus de 10 ans. Les
forages d’exploration se poursuivent en mer d’Irlande, dans la mer
celtique et dans le canal de Bristol. Du pétrole a été découvert en 1990
dans le champ britannique de Douglas dans la baie de Liverpool. A la suite
de découvertes de pétrole à l’ouest des Shetland, et de la mise au
point de la technologie nécessaire à l’exploitation de ces zones de
grands fonds, l’intérêt pour l’exploration au large de l’Ecosse et
à l’ouest des îles Hébrides, s’est manifesté de nouveau. Les
activités de prospection et de production des hydrocarbures se poursuivent,
afin de les étendre à des zones auparavant inexploitées (Rockall, ouest
des îles Shetland, etc.).
Dans la Région IV, sur la côte espagnole de l’Atlantique,
on note la présence de plates-formes pétrolières et de puits de
production au large de la côte basque, ainsi que d’installations de
stockage du gaz ; on trouve par ailleurs des puits de production de gaz dans
le golfe de Cadix.
Faisant suite à une initiative issue de la quatrième
Conférence internationale sur la protection de la mer du Nord (1995), la
réunion ministérielle de la Commission OSPAR, tenue en 1998, a adopté la
Décision 98/3 sur l’élimination des installations offshore
désaffectées, laquelle interdit l’immersion ou le maintien sur place,
total ou partiel, des installations offshore désaffectées dans la zone
maritime. Sous réserve d’une étude et d’une consultation dans le cadre
des procédures convenues à cet effet, des dérogations sont possibles pour
les piétements des installations en acier pesant plus de 10 000 tonnes
ainsi que pour les installations en béton.
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Tableau 3.9 Production de pétrole et de gaz dans la zone OSPAR en 1998.
Source: QSR régionaux; statistiques nationales; BP et AMOCO (obtenues sur
le site www.bpamoco.com).
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Figure 3.8 Nombre total d'installations offshore implantées dans la zone
OSPAR.
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3.11 Navigation
La
navigation commerciale, ses impératifs de navigation et ses installations
à terre, ont diverses incidences sur le milieu marin. Il s’agit notamment
des grands aménagements portuaires, du dragage et de l’élimination des
sédiments, du transfert d’espèces non indigènes dans l’eau de
ballastage des navires, ainsi que de la salissure des coques, et enfin des
rejets en exploitation, accidentels voire parfois illégaux, d’hydrocarbures.
De plus, la navigation donne lieu à des apports de substances dangereuses,
ceci du fait du dégazage des citernes, du brûlage de combustibles
contenant des impuretés, des pertes de produits antisalissures contenant
des biocides, de l’évacuation des eaux usées et des déchets, ainsi que
de la déperdition des cargaisons et des déchets jetés par dessus bord. Le
long des anciens couloirs de navigation dans l’Atlantique, le fond marin
est jonché d’une grande quantité de scories, rejetées par les navires
qui brûlaient du charbon. Des déchets en matière plastique et des boules
de goudron sont souvent présents à la surface, en particulier dans les
couloirs de navigation, ce qui peut influer sur les ressources côtières et
sur les oiseaux de mer. La navigation a d’autres effets sur l’environnement,
notamment la pollution atmosphérique du fait de l’émission, par exemple,
d’oxydes sulfuriques (SOx) et nitreux (NOx). L’utilisation
croissante d’embarcations ultra-rapides donne lieu à une augmentation de
la consommation de combustible, et par conséquent à l’émission de gaz
à effet de serre, tel que le dioxyde de carbone (CO2).
Dans la totalité
de la zone maritime OSPAR, les rejets d’hydrocarbures provenant des soutes
et des salles des machines des navires ne doivent pas, si on s’en réfère
aux règlements, donner lieu à des hydrocarbures qui soient visibles à la
surface de la mer. Sous l’appellation d’eaux nord-ouest européennes, la
mer du Nord, les mers qui entourent l’Irlande et leurs approches, ont
reçu le statut de Zone spéciale en vertu de l’Annexe I à la Convention
MARPOL (hydrocarbures), depuis le 1er août 1999. Ceci implique que les
rejets de résidus de cargaisons huileuses en mer par tout pétrolier quel
qu’il soit sont interdits. Le plafond de teneur en hydrocarbures dans l’eau
de cale de la salle des machines est toujours de 15 ppm, quoique, dans une
Zone spéciale, un équipement moderne de séparation huile-eau soit exigé.
Le non-respect, par les navires, des règlements applicables aux rejets se
traduit par la présence de nappes d’hydrocarbures.
Un mécanisme visant
à l’interdiction générale des composés organostanniques dans les
peintures antisalissures a été décidé dans le contexte de l’OMI. L’objectif
est d’interdire leur utilisation à compter de 2003, et que le tributyl
étain (TBT) présent sur les coques des navires soit enlevé d’ici 2008.
Compte tenu des graves effets que le TBT a sur les populations d’escargots
et de bivalves, une application efficace de cette mesure s’impose. Au sein
de la CE, la lutte contre les autres applications du TBT a été
intensifiée, ceci par un remaniement de la Directive du Conseil 76/769/CEE.
Par ailleurs, toujours dans le cadre de l’OMI, des régimes de séparation
du trafic ont été mis en place, afin de réduire les risques d’accidents,
et des travaux sont en cours dans le but de combattre la pollution
atmosphérique due aux émissions des navires.
3.11.1 Trafic et
cargaisons
Le transport par voie maritime se développe au fur et à
mesure que le commerce mondial se développe lui aussi. De gros vraquiers
transportent des quantités croissantes de matières premières. Pendant la
décennie qui s’est terminée en 1995, le tonnage mondial de pétrole brut
transporté a augmenté de 61 %, l’augmentation étant de 86 % en
tonnes-mille. Sur les 1 415 millions de tonnes de pétrole brut transporté
par mer à travers le monde, environ 26 % (374 millions de tonnes) soit
étaient destinés à l’Europe du Nord-Ouest, soit en provenaient (Figure
3.9). Les échanges par mer de minerai de fer, de charbon, de
céréales, de bauxite et d’alumine, ainsi que de phosphate, se sont aussi
développés en moyenne de 2.6 % par an pendant la même décennie. Sur les
402 millions de tonnes de minerai de fer transporté par mer, environ 31 %
(125 millions de tonnes) ont traversé la zone OSPAR (Figure 3.9). On
a par ailleurs constaté une augmentation de 59 % dans le transport du
charbon.
Le trafic des conteneurs est lui aussi en expansion. A titre d’exemple,
d’ici 2020, le port de Rotterdam devrait traiter 20 millions de conteneurs
par an. La taille maximum des porte-conteneurs continue de croître (ils
peuvent transporter désormais jusqu’à 7000 conteneurs). La déperdition
de conteneurs par mauvais temps est très fréquente, et la récupération
des cargaisons dangereuses dans les grands fonds est souvent impossible.
Dans les grands ports des Régions II, III et IV, le nombre de mouvements de
navires est estimé à 500 000 par an. La plupart des grands ports
européens sont implantés sur les côtes de la mer du Nord et sur les
fleuves qui y débouchent, le plus grand étant celui de
Rotterdam/Europoort. Certains des couloirs de navigation les plus
fréquentés du monde se trouvent en mer du Nord.
Dans certaines zones, la
navigation consiste dans une large mesure en un trafic régional et local,
tel que les ferries et les navires roll-on/roll-off assurant des liaisons
régulières. Le volume de fret transporté dans l’océan Arctique est
très faible.
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Figure 3.9 Cargaisons de pétrole brut et de minerai de fer ayant traversé
la zone OSPAR en 1997. Source: Fearnleys (1998).
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3.11.2 Accidents
Selon
l’emplacement, et selon les types et les quantités de substances ainsi
libérées, les accidents en mer peuvent avoir des effets préjudiciables
pour la vie marine, voire même de temps à autre pour les êtres humains.
La probabilité des accidents dépend en grande partie de la densité du
trafic maritime – d’où le fait qu’en haute mer, ils soient moins
fréquents et tendent à avoir un impact moindre qu’à proximité du
littoral. La pollution involontaire de la mer a plusieurs causes :
explosions, collisions, échouages, navires sinistrés, pannes. Une source
(Quell et Klimsa, 1997) a relevé 18 accidents en 1994, et 13 en 1995, ayant
entraîné une pollution de la mer dans la zone OSPAR, dont plus de la
moitié en mer du Nord. Certains des accidents les plus notoires qui se
soient produits pendant la dernière décennie sont énumérés au Tableau
3.10.
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Tableau 3.10 Principaux accidents survenus en mer depuis 1992.
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3.12 Industries
côtières
Les industries tendent à se regrouper dans des lieux qui
combinent toute une série de facilités : transports, communications,
approvisionnements en énergie et en eau, etc. De ce fait même, nombre des
grands centres industriels des états riverains de l’Atlantique du
Nord-Est sont situés sur des estuaires, et à proximité des grandes villes
et des grands ports. Les grandes industries que l’on observe dans ces
lieux sont notamment : la métallurgie et la transformation des métaux ; la
fonderie ; les usines chimiques, pétrochimiques et de fabrication du papier
; les raffineries de pétrole ; les terminaux gaziers ; les usines de
construction automobile ; les chantiers navals ; les centrales électriques
et les usines de transformation du poisson (Figure 3.10).
Certains
habitats côtiers ont été et continuent d’être altérés, perturbés ou
détruits par des implantations industrielles. D’autres impacts
environnementaux se produisent en raison des rejets, émissions et pertes
dans le sol, dans l’air et dans l’eau. Plusieurs estuaires subissent un
stress considérable dû à la pollution industrielle, du fait de la
fabrication du papier, du raffinage du pétrole, de la production du chlore,
du dioxyde de titane et des revêtements de surface, de la sidérurgie et de
la métallurgie, de la construction mécanique, de la fabrication des
métaux et autres industries lourdes. Nombre de ces industries utilisent de
l’eau en grande quantité, pour les opérations de refroidissement, de
rinçage et de nettoyage.
Certaines centrales électriques nucléaires, de
même que les usines de retraitement françaises et britanniques, peuvent
être considérées comme des industries côtières qui apportent de la
chaleur et rejettent des substances radioactives dans le milieu marin. Les
rapports d’OSPAR prouvent que les rejets de la plupart des installations
sont nettement inférieurs aux niveaux autorisés. Dans leur déclaration de
Sintra, les ministres des pays OSPAR sont convenus de faire ‘en sorte que
les rejets, émissions et pertes de substances radioactives soient, d’ici
l’an 2020, ramenés à des niveaux tels que, par rapport aux niveaux
historiques, les concentrations additionnelles résultant desdits rejets,
émissions et pertes soient proches de zéro’.
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Figure 3.10 Vue d'ensemble simplifiée de l'emplacement des industries
implantées près de la côte
dans la zone OSPAR.
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3.13 Activités
militaires
En temps de paix, les opérations militaires ne
constituent qu’une faible proportion de l’activité en mer et sur les
côtes. Ce sont notamment les activités portuaires, la construction et l’entretien
de la flotte, l’immersion des armes et munitions, et les manoeuvres et
exercices de tir. Les exercices de tir ont lieu dans des zones clairement
définies. Les activités de l’armée peuvent perturber la faune sauvage,
et porter atteinte à d’autres utilisations des zones en cause.
A la fin
des Première et Deuxième Guerres mondiales, dans la plupart des Régions,
des quantités considérables d’armes et de munitions ont été immergées
en mer, dont des volumes considérables d’armes chimiques (gaz moutarde,
gaz lacrymogène, gaz neuroleptiques, tabun, chloroacétophénone, divers
composés contenant de l’arsenic (et d’autres agents)). En général, ce
matériel a été éliminé dans des zones situées à quelque distance des
terres. Une exception à cet égard est la fosse du Canal du Nord, entre l’Irlande
du Nord et l’Ecosse. De temps à autre, des munitions (surtout des
grenades incendiaires au phosphore) sont rejetées sur les plages, et
constituent un danger pour les usagers des plages.
Dans l’Atlantique au
large, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le tonnage des navires coulés
en haute mer a été de 20 millions. Le fond marin le long du bord ouest des
marges continentales de l’Europe est jonché d’épaves de navires, dont
certains sont nucléaires ou sont équipés d’armes nucléaires, ainsi que
de munitions et de dispositifs de pyrotechnie utilisés pour les exercices,
et enfin même d’antennes hydrophones (qui fonctionnent encore).
3.14 Activités à
terre
Les activités qui se déroulent à terre, telles que celles de
l’agriculture, de l’industrie et des ménages, ont une énorme incidence
sur l’écosystème marin, en raison des apports fluviaux ou
atmosphériques de nutriments et de contaminants. Leur quantification est
souvent incomplète et provisoire. La politique environnementale a conduit
à adopter des mesures visant à réduire les apports de nutriments et de
contaminants. Par exemple, la baisse des apports de nutriments a pour l’essentiel
été obtenue par des améliorations apportées aux sources ponctuelles,
comme c’est le cas des stations d’épuration dans le cas du phosphore,
ainsi qu’aux rejets de déchets fermiers, dans le cas des composés d’azote.
En revanche, peu de progrès ont été obtenus dans la réduction des
apports d’origines diffuses, où les principaux problèmes sont dus au
lessivage des engrais répandus sur les terres arables, à la
volatilisation, et aux fuites des dépôts de déchets industriels et des
décharges à déchets municipales.
L’interdiction de certains composés
organochlorés persistants dans les pays de la zone OSPAR, tels que les PCB,
l’hexachlorobenzène (HCB), le lindane et le DDT, a été bénéfique pour
le milieu marin. Les sources anthropiques de certains contaminants sont
énumérées au Tableau 4.1. Dans l’industrie de l’électrolyse
des chlorures alcalins, on a réussi à réduire les rejets de mercure en
appliquant les meilleures techniques disponibles (BAT) et des BEP. Dans
certains produits, le mercure a été remplacé par des substances moins
dangereuses. Par ailleurs, dans le secteur dentaire, les rejets de mercure
ont aussi été réduits. Les industries des métaux ferreux et non ferreux,
ainsi que des engrais, ont minimisé les rejets de cadmium, d’autres
réductions ayant été obtenues en remplaçant le cadmium par des
éléments moins nocifs. Un traitement efficace des gaz perdus a permis de
réduire les émissions atmosphériques de cadmium, de mercure et de
dioxines. Le développement de la consommation de l’essence sans plomb a
entraîné une diminution significative des émissions de plomb dans l’environnement.
Les progrès en revanche ont été moindres dans le cas de certaines autres
substances (par exemple, les HAP et les dioxines), considérées par la
Commission OSPAR comme devant faire l’objet de mesures prioritaires
(Annexe 2 à la Stratégie visant les substances dangereuses).
Des efforts
ont été accomplis dans le sens de la collecte des eaux usées urbaines et
industrielles, et de la mise en oeuvre de niveaux appropriés de traitement.
Néanmoins, même si les eaux résiduaires des ménages et des industries
subissent un traitement tertiaire, pendant l’été, des pluies
exceptionnelles ou le tourisme sont susceptibles de porter atteinte à l’efficacité
de ces systèmes. La Commission de Paris a adopté des mesures ayant pour
but de réduire les apports de nutriments (Recommandations PARCOM 88/2 et
89/4). La Directive communautaire européenne relative au ‘traitement des
eaux urbaines résiduaires’ (91/271/CEE) indique le niveau requis de
traitement des eaux usées. Les dates limites fixées pour sa mise en oeuvre
se situent entre le 31 décembre 1998 et le 31 décembre 2005, selon la
taille de la population, sa densité, et la sensibilité des eaux de
surface. La proportion de la population raccordée à des stations d’épuration
des eaux usées se situe entre 80 et 98 %.
3.15 Agriculture
Il
existe de vastes zones de terres agricoles dans les Régions II, III et IV.
Les terres agricoles représentent plus de 42 % de l’ensemble de la masse
des terres européennes, quoique la proportion varie de moins de 10 % à
plus de 70 % d’un pays à l’autre. Dans la Région I – où les terres
cultivées ne représentent qu’entre 1 % et 3 % – ce sont les industries
sylvicoles qui pr |