| 5.1
Introduction
Les organismes qui vivent dans la zone
maritime d’OSPAR appartiennent à toute une série de groupes taxinomiques
et écologiques, dont les virus, les bactéries, le plancton, le benthos, le
poisson, les céphalopodes, les oiseaux, les mammifères et les tortues. On
trouvera en section 5.2 une description générale de ces groupes d’organismes,
tandis que l’impact des diverses activités humaines sur les organismes
est présenté en section 5.3. Le présent chapitre constitue la base du
bilan général des impacts de l’activité humaine figurant au Chapitre 6.
Les divers groupes d’organismes sont reliés les uns aux autres plus ou
moins étroitement par des chaînes alimentaires, et forment, avec l’environnement
abiotique les écosystèmes marins. Dans ses principes, l’organisation des
écosystèmes marins est la même quelle que soit la Région OSPAR. Le
phytoplancton microscopique constitue ‘l’herbe’ de la mer, soit la
base de la production des niveaux trophiques supérieurs. Le phytoplancton
est brouté par le zooplancton, qui à son tour constitue l’alimentation
des poissons (par exemple, des anchois, des harengs, des maquereaux) et des
baleines planctophages. Les animaux benthiques qui vivent dans ou sur les
fonds marins se nourrissent de plancton et de matière organique morte qui a
coulé et s’est déposée au fond. Les poissons, les céphalopodes, les
mammifères marins et les oiseaux de mer se nourrissent de petits poissons
ou d’animaux benthiques. Le varech et les autres macroalgues sont des
végétaux qui poussent dans la zone éclairée des hauts fonds. Les micro-organismes
contribuent à la décomposition de la matière organique et au recyclage
des nutriments.
De nombreuses espèces de végétaux et d’animaux ont une
distribution restreinte, et les régions biogéographiques dotent les
diverses parties de la zone OSPAR de caractéristiques distinctes sur le
plan de la biodiversité. L’Annexe V à la Convention OSPAR, adoptée en
1998, vise à protéger les espèces et les habitats de la zone OSPAR. La
stratégie de l’Annexe V consiste à déterminer les espèces et les
habitats au titre desquels des mesures de protection seront envisagées. Ce
travail est en cours, et des critères de sélection des espèces et des
habitats ont été élaborés, notamment des critères applicables aux
espèces et aux habitats menacés ou en situation de déclin rapide.
5.2 Description
générale de la biologie de la zone OSPAR
5.2.1 Micro-organismes
Les micro-organismes, et principalement les bactéries (mais également les
levures, les champignons et les virus) sont les composantes du plancton
ainsi que du benthos. La production bactérienne planctonique en haute mer
est liée à la production primaire, et l’abondance des bactéries
augmente après les efflorescences phytoplanctoniques. L’une des
principales fonctions des bactéries présentes dans les écosystèmes
marins est de reminéraliser la matière organique (y compris les
hydrocarbures) et de la transformer en composants inorganiques. Ce faisant,
les bactéries benthiques montrent une grande diversité dans leur
métabolisme, puisqu’elles utilisent, comme substrat réducteur, l’oxygène,
le nitrate ou le sulfate. Leur activité respiratoire crée un gradient
chimique dans les sédiments, les formes utilisatrices de l’oxygène
étant les plus proches de l’interface entre sédiments et eau, tandis que
les formes utilisatrices du sulfate se trouvent à des profondeurs plus
importantes.
5.2.2 Phytoplancton
La
biomasse du phytoplancton présente une variabilité spatiale considérable
dans la zone OSPAR (Figure 5.1). Le cycle saisonnier est typique des
latitudes tempérées, et se manifeste par une augmentation au printemps,
une baisse en été et une nouvelle augmentation, quoique moins forte, en
automne. L’efflorescence printanière est surtout due aux diatomées dont
la densité diminue au fur et à mesure que les nutriments accumulés
pendant l’hiver (par exemple, silice et nitrate) sont consommés, et que
la pression de broutage du zooplancton s’accroît. Dans les eaux de l’Arctique
recouvertes par les glaces, le cycle saisonnier présente un pic prononcé
quand les efflorescences se déplacent vers le Nord au moment où les glaces
reculent. Dans l’Atlantique au large, au sud du 40° N, la partie
supérieure de la colonne d’eau reste stratifiée toute l’année, de
telle sorte que la biomasse y est moindre et qu’elle varie moins entre les
saisons.
Le moment où se produit l’efflorescence printanière est
étroitement lié à l’apparition de la stratification de l’eau, qui
permet aux cellules de phytoplancton de rester dans les parties supérieures
éclairées de la colonne d’eau superficielle. Pendant l’été, un
recyclage des nutriments se produit, et d’autres groupes algaires tels que
les dinoflagellés, prédominent dans le phytoplancton. Les diatomées
réapparaissent parfois à la fin de l’automne lorsque la stratification
disparaît, les nutriments étant alors de nouveau mélangés dans les eaux
de surface.
Les périodes et l’intensité des poussées du phytoplancton
varient grandement d’une année à l’autre, et les tendances à long
terme (tant à la baisse qu’à la hausse) ont été décrites pour les
diverses parties de la zone OSPAR. Ces tendances semblent être liées aux
modifications de la circulation couplée océan/atmosphère.
On trouve une
large diversité et un grand nombre d'espèces phytoplanctoniques dans l’Atlantique
Nord. Le nombre d’espèces nommées va d’environ 300 dans l’Arctique
à environ 1000 dans la Région IV, bien que de nombreuses espèces n’aient
pas encore été caractérisées. Les diatomées sont traditionnellement
considérées comme le groupe le plus important, quoiqu’il soit maintenant
reconnu que de nombreux flagellés très petits et d’autres classes d’algues
puissent prédominer à certains moments. Pendant l’été, lorsque la
température augmente, ce sont les flagellés qui prédominent ; les
espèces toxiques appartiennent pour la plupart à ce groupe (voir section
5.3.2 et Tableau 5.5).
La production totale annuelle de phytoplancton
varie selon la région. Les taux les plus faibles (environ 45 g C/m2 /an)
sont mesurés dans l’Atlantique au large, au sud du 40° N, tandis que les
plus forts (> 400 g C/m2/an) se manifestent sur le plateau continental
de la Galice et dans la mer Cantabrique. Dans les zones côtières de la mer
du Nord, le taux (environ 400 g C/m2 /an) à une station située à 6 km au
large de la côte sud-ouest des Pays-Bas) est près de deux fois supérieur
à celui du centre de la mer du Nord. Les taux varient aussi
considérablement à l’intérieur des limites de chacune des régions.
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Figure 5.1
Images obtenues par satellite (projet SeaWiFS), mettant en évidence
les teneurs en chlorophylle dans l'Atlantique du Nord-Est.
Source : CCMS.
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5.2.3 Zooplancton
Le
zooplancton de la zone épipélagique (entre 0 et 200 m) est dominé par des
espèces dont le spectre de tailles va des protozoaires aux euphausiacés.
Sur le plateau continental, les phases larvaires des organismes benthiques
(par exemple, les échinodermes) peuvent être importantes au printemps et
en été. Dans les eaux océaniques profondes de l’Atlantique au large, le
nombre d’espèces atteint son maximum à une profondeur d’environ 1000
m. Toutefois, à cette profondeur, la biomasse est deux fois plus faible que
l’on observe dans la zone épipélagique.
Le zooplancton est la principale
source d’aliments pour le poisson pélagique ainsi que pour les premières
phases de la vie de tous les poissons. C’est pourquoi les variations de la
composition du zooplancton, ainsi que le moment et le lieu où il apparaît,
peuvent avoir une grande influence sur le recrutement et sur la croissance
du poisson.
La croissance du zooplancton dépend de la température et de la
disponibilité des aliments, son cycle saisonnier étant donc lié à celui
du phytoplancton. Par exemple, certaines espèces, telles que Calanus
finmarchicus, hibernent dans les eaux profondes, leur migration vers la
surface coïncidant avec la possibilité d’exploiter les poussées
printanières de phytoplancton. Les copépodes herbivores du genre Calanus
jouent un rôle fondamental dans les écosystèmes de la zone OSPAR. Ils
constituent la forme la plus abondante de zooplancton, et représentent
parfois plus de 90 % dw de la biomasse totale du zooplancton dans les
régions nord et est de la zone.
L’abondance du zooplancton varie dans de
fortes proportions d’une année à l’autre. Par exemple, l’abondance
de C. finmarchicus et de C. helgolandicus en mer d’Irlande
peut varier de un à deux d’une année à l’autre. La biomasse et la
composition du zooplancton dans le centre et le nord de la mer de Barents
peuvent elles aussi augmenter ou diminuer, d'un multiple ordre de grandeur,
entre les années, phénomène qui semble être en partie dû à la
prédation par le poisson. Ailleurs, comme dans le cas du phytoplancton, et
pour de nombreuses espèces, l’évolution à long terme semble être liée
à la variabilité de la circulation océano-atmosphérique.
5.2.4 Benthos
Les
organismes vivant sur ou dans le fond marin sont collectivement désignés
par le terme de benthos. Une distinction est faite entre les végétaux
(phytobenthos) et les animaux (zoobenthos). Le phytobenthos peut être
composé de microalgues ou de macroalgues, ces dernières étant colonisées
par des végétaux épiphytiques et par certaines espèces animales. Le
zoobenthos est constitué soit par une faune vivant à l'intérieur des
sédiments, soit par une épifaune implantée sur le fond marin.
La
diversité et la biomasse du benthos dépendent de plusieurs facteurs, dont
le substrat (par exemple, sédiments, roche), la profondeur de l’eau, la
salinité et l’hydrodynamique. En fonction des caractéristiques des
habitats sous influence de ces facteurs, c’est telle ou telle communauté
qui est présente.
Phytobenthos
Du fait de sa dépendance à la lumière, le
micro-phytobenthos et le macro-phytobenthos se cantonnent aux zones de hauts
fonds. Tandis que le micro-phytobenthos peut se développer sur n’importe
quel substrat, et contribuer ainsi par exemple à la stabilisation des
sédiments meubles, les macro-algues rouges et brunes perennes (par exemple,
Lithothamnion et Fucus) ont besoin d’un substrat dur (par
exemple, roches, pierres) tandis que les algues vertes (par exemple, Ulva)
peuvent se développer sur les bancs de moules voire même sur des
sédiments (consolidés). Les végétaux supérieurs, tels que les zostères,
peuvent se développer sur des sédiments sableux.
Le nombre total d’espèces
de macroalgues diminue du sud au nord, dans l’Arctique et dans les zones
septentrionales tempérées. Les macrophytes qui prédominent dans ces
régions sont de grandes algues brunes (laminaires ou ‘varech’). D’une
manière générale, la profondeur à laquelle poussent les macroalgues est
moindre sous les latitudes septentrionales que dans les régions tempérées.
Dans la partie sud de la zone OSPAR, l’environnement côtier est très
hétérogène en terme d'habitats. Les algues y sont de ce fait très
diversifiées. Par exemple, on trouve environ 700 espèces de macroalgues
dans la région de la Manche. Les sédiments des zones intertidales sont
colonisés par des centaines d’espèces d’algues benthiques
microscopiques. Pour la plupart, il s’agit de diatomées, dont les
populations sont également accompagnées d’algues bleues et par des
flagellés interstitiels. Hormis les populations de microalgues, les zones
de hauts fonds sont dans une certaine mesure recouvertes par des tapis de
végétaux supérieurs, tels que des zostères et des Ruppia.
Hormis
le fait qu’elles fournissent un habitat pour des espèces épiphytiques,
les macroalgues et les zostères constituent une nourriture pour de nombreux
organismes brouteurs ou qui se nourrissent de la matière sédimentée. De
même que dans le cas de poussées algales excessives, le développement
massif des macroalgues, par suite d’un excédent de nutriments, peut
conduire à la raréfaction de l’oxygène dans les eaux du fond, à la
suite de la décomposition microbienne de la biomasse excédentaire.
Zoobenthos
Sur le plan de la bathymétrie, la zone OSPAR va des hauts fonds
du plateau continental aux plaines abyssales (environ 5000 m de profondeur).
Le benthos des grands fonds tend à être beaucoup plus petit que celui des
eaux peu profondes, et on considère en général que la diversité des
espèces s’accroît avec la profondeur dans les régions du plateau
continental, avec un maximum juste au pied du talus continental, pour
diminuer ensuite au fur et à mesure qu’on approche de la plaine abyssale
(Levinton, 1995).
La crête sous-marine Groenland–Ecosse constitue une
importante limite biogéographique pour le benthos qui vit dans la zone
OSPAR. Cette crête forme une barrière entre les espèces vivant en eau
chaude et celles vivant en eau froide.
De vastes bancs de coraux, formés de
Lophelia, sont présents dans l’océan Atlantique, près du talus
du plateau continental, au large de l’Irlande, de l’Ecosse, des îles
Féroé, de la Norvège, ainsi que de la côte sud de l’Islande. Une haute
diversité biologique est associée à ces massifs de coraux.
Dans les zones
du plateau continental peu profondes, telles que la mer du Nord, les
phénomènes benthiques sont souvent étroitement associés aux phénomènes
pélagiques, ces deux types de phénomènes agissant de pair pour rendre
cette région hautement productive. Des communautés benthiques très
productives peuvent se trouver dans les zones intertidales, par exemple,
dans la mer des Wadden, le long de la limite sud-est de la mer du Nord, et
dans plusieurs estuaires débouchant sur la côte ouest de l’Europe.
Sur
le littoral au nord et au nord-ouest de l’Espagne, ainsi que sur le
littoral portugais, les substrats rocheux des hauts fonds sont dominés par
une macrofaune sessile et se déplaçant lentement. Les fonds meubles
intertidaux et subtidaux sur le littoral au nord et au nord-ouest de l’Espagne
possèdent une faune intérieure riche, essentiellement en raison de la
granulométrie du fond marin, et de sa teneur en matière organique. Le long
de la côte portugaise, la densité de la faune dans les sables intertidaux
est faible, tandis que la faune du substrat meuble subtidal est plus
abondante, en raison de la présence de matière organique également plus
abondante dans les sédiments.
En général, la production primaire est
forte dans les zones de fronts, où différents courants océaniques se
rencontrent, et donne ainsi des communautés benthiques hautement
productives. Ces zones frontales existent dans l’ensemble de la zone OSPAR
: dans le détroit du Danemark, entre l’Islande et les îles Féroé, dans
la zone ouest de la mer de Barents, dans la mer de Norvège, en mer du Nord
et dans la zone Kattegat/ Skagerrak, et à l'avant du plateau irlandais, à
l'ouest de l'Irlande.
5.2.5 Poisson et
céphalopodes
Plus d’un millier d’espèces de poissons ont été
inventoriés dans la zone OSPAR, dont environ 5 % peuvent faire l’objet d’une
exploitation commerciale, et dont environ 2 % représentent 95 % de la
biomasse icthyologique totale. Les principaux stocks de poissons exploités
commercialement dans chacune des Régions de la zone OSPAR sont indiqués au
Tableau 5.1. Les larves de nombreuses espèces piscicoles importantes
du point de vue commercial se dispersent en haute mer, à partir des zones
de frai situées sur le plateau continental et dans les zones estuariennes.
Certaines espèces de poisson migrent tous les ans sur de grandes distances
entre les zones où elles s’alimentent, les zones de frai et les zones d’hivernage.
La variabilité du recrutement du stock est liée, tant à la taille du
stock parental qu’à une série de facteurs, dont la variabilité de l’environnement
et la prédation, qui influent sur la survie des oeufs et des larves.
Environ 160 espèces de poisson ont été inventoriées dans la mer de
Barents, le nombre total d’espèces présentes dans la Région I ne devant
guère dépasser 200. Une grande partie de la biomasse totale des poissons
regroupe un petit nombre d'espèces qui sont exploitées commercialement. Le
nombre d’espèces de poisson est relativement faible dans les hauts fonds
du sud de la mer du Nord et dans l’est de la Manche, pour augmenter vers
les mers celtiques et vers le golfe de Gascogne. Au total, on a dénombré
environ 250 espèces dans la Région II, le nombre d’espèces courantes
étant plus important que dans la Région I. Dans le golfe de Gascogne et
dans la Région III, le nombre d’espèces atteint 700, car c’est là que
beaucoup d’espèces nordiques atteignent leur limite sud de répartition,
et que nombre d’espèces méridionales atteignent leur limite nord de
répartition, le 47° N constituant à peu près la limite entre espèces de
zone tempérée et espèces d'eaux froides. Le long de la côte ibérique,
dans la Région IV, le nombre d’espèces reste élevé, car on y trouve
plus d’espèces démersales venant du sud ou de la Méditerranée. La
biodiversité de la Région V est moins bien quantifiée, en particulier
dans les eaux profondes ; toutefois, il est probable que le nombre d’espèces
y est moins élevé que sur le plateau continental.
Beaucoup d'espèces
d'eau profonde ont une distribution géographique étendue en raison de la
faiblesse des variations de l’environnement de leur habitat. Dans l’Atlantique
au large, les prédateurs supérieurs tels que les requins jouent
vraisemblablement un rôle important dans le maintien de la structure et de
la diversité des communautés de poisson. Les grands prédateurs
pélagiques (thon et marlin) sont de grands migrateurs, et dépassent
largement les limites de la région OSPAR.
La biologie des céphalopodes est
mal connue, en dépit du fait qu’ils soient très abondants, surtout dans
Atlantique au large. Quoique seul un petit nombre d’espèces soient
exploitées commercialement, les céphalopodes présentent une importance
écologique considérable, car ils sont à la fois les prédateurs et l’aliment
de certaines baleines, poissons et oiseaux de mer.
5.2.6 Oiseaux
Dans
presque toutes les régions de la zone OSPAR, se reproduisent et migrent des
oiseaux inféodés à la mer. Proportionnellement, c’est sur les côtes de
l’Arctique et de la mer du Nord que le nombre d'oiseaux nicheurs est le
plus grand. Le nombre total d’individus dans ces régions nordiques est de
plusieurs ordres de grandeur supérieur à celui des régions méridionales
de la zone OSPAR (Figure 5.2). Le nombre total d’espèces, ainsi
que les deux espèces les plus communes dans chacune des régions, sont
indiqués dans le Tableau 5.2. Le grand stercoraire (Catharacta
skua) est le seul oiseau qui soit répandu dans toute la zone OSPAR,
quoique certaines autres espèces le soient presque autant (par exemple le
puffin des Anglais (Puffinus puffinus)) ou que certaines de leurs
sous-espèces soient endémiques (par exemple, le cormoran huppé
(Phalacrocorax
aristotelis)). L'étude de la distribution des oiseaux en mer n’a pas
été réalisée dans toutes les régions de la zone OSPAR; toutefois, les
études qui ont été réalisées prouvent que dans les mers continentales,
les densités sont nettement plus fortes que dans les eaux océaniques. Les
grandes zones intertidales plates, que l’on trouve dans les estuaires et
dans la mer des Wadden, sont particulièrement importantes pour les
échassiers. Entre 6 et 12 millions d’oiseaux, appartenant à plus de 50
espèces, peuvent être présents dans la mer des Wadden à un moment ou à
un autre de l’année.
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Tableau 5.1 Quantités
débarquées et biomasse du stock en période de frai des espèces de
poissons importantes sur le plan commercial dans la zone OSPAR, et
état du stock par rapport aux "limites biologiques
sûres". Source: CIEM (1999).
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Tableau 5.2 Nombre
d'espèces d'oiseaux de mer se reproduisant sur le littoral des
Régions OSPAR, et taille approximative de la population des deux
espèces les plus courantes dans chacune des régions. A noter que
même dans le cas des espèces les plus répandues, la taille des
populations est mal connue.
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Figure 5.2 Emplacements
des grandes colonies d'oiseaux de mer se reproduisant dans la zone
OSPAR. Source des données: Grimmett et Jones (1989).
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5.2.7 Mammifères
marins et tortues
Cétacés
Les baleines se répartissent en deux
groupes, à savoir les baleines à fanons (qui se nourrissent
essentiellement de petits poissons et de plancton) et les baleines dentées
ou odontocètes (dont les proies sont le poisson, les poulpes et les
mammifères marins). Plus de trente espèces de cétacés sont présentes
dans l’ensemble de la zone OSPAR, allant de la taille du marsouin (Phocoena
phocoena ; < 2 m) à la baleine bleue (Balaenoptera musculus ;
environ 33 m) (Tableau 5.3). A la suite du moratoire sur la chasse
commerciale à la baleine de la plupart des espèces, les effectifs de
presque toutes les espèces de grandes baleines présentent des signes de
reconstitution. On a noté une augmentation des échouages de cétacés sur
le littoral de la mer du Nord et de la mer celtique au cours des quelques
dernières décennies, mais les raisons de cet état de choses sont
inconnues.
Phoques et ours
Certaines espèces de phoques vivent dans les
eaux côtières ; d’autres sont adaptées à la banquise, et ne vont
jamais à terre. Tous les phoques sont carnivores, et se nourrissent de
poisson, de krill, d’amphipodes pélagiques ou d’animaux benthiques. La
grande majorité des populations de phoques se trouvent dans la Région I
(Tableau
5.3). Des individus de toutes les espèces s'éloignent
significativement de leurs territoires habituels dans la zone OSPAR. Environ
40 % de la population mondiale de phoques gris se reproduisent dans les eaux
qui entourent l’Europe. Le nombre de bébés p
Hormis les effets de la chasse commerciale au phoque, la
seule perturbation importante de la population de phoques a été due à la
brutale épidémie virale du phoque de 1988. C’est du côté est de la mer
du Nord que cette maladie mortelle, qui a atteint des proportions
épidémiques, a eu l’incidence la plus importante, puisque la population
de phoques communs de la mer des Wadden est passée de 10 000 à 4 000 de
1988 à 1989. Depuis lors, la population s’est rétablie, et en 1998,
représentait plus de 14 000 individus.
La distribution géographique des
ours polaires est circumpolaire, et se limite aux zones recouvertes par les
glaces de l’Arctique (Tableau 5.3). La distribution des ours entre
l’est du Groenland et la Terre de François-Joseph est en grande partie
déterminée par l’étendue de la banquise.
Tortues
Le territoire de la
plupart des tortues de mer se situe dans les eaux tropicales ou
subtropicales, quoique certaines espèces migrent sur de grandes distances
grâce au courant chaud du Gulf Stream. C’est pour cette raison que l'on
trouve tous les ans quelques espèces dans le golfe de Gascogne, sur la
côte ibérique et dans l’Atlantique au large. La seule espèce dont la
présence soit fréquemment relevée dans la zone OSPAR est la caouanne
(Caretta
caretta).
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Tableau 5.3 Mammifères marins de la zone OSPAR. |
5.3 Impact des
activités humaines
Du fait de l’ampleur même de la variabilité
naturelle, et du peu de connaissances que l’on a des relations de cause à
effet, les influences de l’homme sur la biologie de la zone OSPAR sont
difficiles à déterminer dans la majorité des cas. Un rapport direct avec
les activités humaines est clair dans le cas de certains contaminants,
comme par exemple le TBT, l’exploitation des mammifères marins, ou l’effet
que la pêche a sur les invertébrés benthiques et les oiseaux de mer. On
reconnaît la nécessité de développer les connaissances que l’on a des
effets anthropogènes sur le milieu vivant, un effort étant fait dans ce
sens dans le cadre d’OSPAR et d’autres organismes.
5.3.1 Impact des
espèces non indigènes
Des espèces non indigènes peuvent être
introduites tant du fait de phénomènes naturels (par exemple, les courants
océaniques) que des interventions humaines (par exemple, l’eau de ballast
des navires, les salissures des coques et le transport commercial du poisson
et des crustacés et mollusques). A ce jour, plus d’une centaine d’espèces
non indigènes, représentant un large spectre de groupes taxinomiques et
écologiques (plancton, macroalgues et benthos) ont été relevées dans la
zone OSPAR, surtout dans la mer du Nord, la mer celtique, le golfe de
Gascogne et le long de la côte ibérique. Un petit nombre d’espèces non
indigènes a été délibérément introduit dans la zone, surtout pour l’élevage.
Les effets écologiques les plus significatifs de ces introductions sont la
compétition (pour les aliments, l’espace ou la lumière) ou les
interactions prédateur/proie avec des espèces indigènes, ainsi que les
effets pathogènes ou autres effets nocifs. On trouvera au Tableau 5.4 la
liste de certaines des espèces non indigènes ayant un impact sur la zone
OSPAR.
5.3.2 Algues toxiques
Dans
la grande majorité des cas, le phytoplancton est inoffensif, et constitue
la base des chaînes alimentaires marines. Quelquefois cependant, il peut se
présenter en grandes concentrations et colorer l’eau en rouge ou en brun.
A ces concentrations, les algues peuvent être nocives pour d’autres
formes de vie marine, en réduisant les teneurs en oxygène ou en colmatant
les ouïes des poissons. Certaines espèces d’algues sont toxiques pour la
vie marine et pour l’homme, de même que certaines espèces peuvent, par
suite de leur décomposition, former de grandes masses de mousse sur les
plages, indésirables sur le plan esthétique, et qui peuvent avoir un
impact sur le tourisme (voir Tableau 5.5). Les pisciculteurs risquent
de subir de graves pertes économiques lorsque des algues toxiques
pénètrent dans les cages des poissons. Jusqu’au début des années 1990,
la fréquence des efflorescences d’algues toxiques a augmenté tant dans l’espace
que dans le temps (Hallegraeff, 1995). Plusieurs mécanismes liés aux
activités humaines sont susceptibles d’être à l'origine de cette
tendance :
- espèces introduites par exemple via l’eau de ballast ou par
les cultures marines ;
- installations côtières intensifiant la
stratification, comme par exemple dans la baie de Vilaine ;
- apports et flux
d’azote anthropiques dans des zones sensibles à l’eutrophisation ;
-
déséquilibre des ratios des nutriments, par exemple N/P et N/Si ;
-
centrales hydroélectriques – vidanges exceptionnelles ; et
- augmentation
des apports fluviaux de substances humiques en raison des pluies acides.
Des
algues toxiques peuvent s’accumuler dans les tissus comestibles des
mollusques bivalves (par exemple, les moules), à des teneurs qui peuvent
être dangereuses pour la consommation humaine. De nombreux pays de la zone
OSPAR ont mis en place des programmes de contrôle des biotoxines,
permettant d’être avertis rapidement de la composition et du nombre d’espèces
de plancton toxique et des teneurs en toxines dans les tissus des bivalves.
Si les normes autorisées de toxines chez les crustacés et les mollusques
sont dépassées, des avertissements peuvent être lancés et des mesures de
fermeture peuvent être prises. Les principales toxines faisant l’objet d’une
surveillance dans la zone OSPAR sont celles qui provoquent l’intoxication
paralysante des crustacés et mollusques (PSP), l’intoxication
diarrhéique des crustacés et mollusques (DSP) et l’amnésie des
crustacés et mollusques (ASP). Tous les dix ans le CIEM fourni des cartes
qui illustrent les zones où des toxines des crustacés et mollusques sont
apparues dans la région (CIEM, 1999c et 2000).
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Tableau 5.4 Certaines des
espèces non indigènes de la zone OSPAR, dont le mode par lequel
elles ont été introduites et leur impact potentiel dans chacune
des Régions.
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Tableau 5.5 Espèces
d'algues dont les floraisons sont nocives, se manifestant dans la
zone OSPAR.
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5.3.3 Impact de la
pollution microbiologique
La pollution microbiologique peut toucher
la totalité du milieu vivant marin, y compris les invertébrés, les
poissons et les phoques. Dans la zone OSPAR, les principales préoccupations
concernent la qualité des mollusques et celle des eaux de baignade. Des
eaux usées (traitées et non traitées) sont rejetées à la mer dans
toutes les régions côtières de la zone OSPAR. Les bactéries et les virus
présents dans les eaux usées et dans les autres apports tels que les eaux
de ruissellement des terres agricoles, où ils sont principalement fixés
sur des particules fines, peuvent influer sur la qualité des eaux de
baignade et s’accumuler chez les mollusques filtreurs, comme les moules.
La Directive communautaire européenne relative à la qualité requise des
eaux conchylicoles (79/923/CEE), et celle relative à l’état sanitaire
des crustacés et mollusques (91/492/CEE) fixent les plafonds admissibles de
teneurs en bactéries dans l’eau et dans les crustacés et mollusques (cette
dernière s’applique aussi à l’Islande, les deux directives s’appliquent
à la Norvège). Tout pays auquel la directive correspondante s’applique
est tenu de mettre en place des programmes de surveillance appropriés, et
de classer les eaux des élevages des crustacés et mollusques. Les normes
actuelles de qualité microbiologique des eaux de baignade (Directive
communautaire européenne concernant la qualité des eaux de baignade,
76/160/CEE) et conchylicoles, quoique importantes pour la protection de la
santé de la population, risquent cependant de ne pas protéger tous les
individus contre tout l’éventail des pathogènes humains auxquels ils
pourraient être exposés, soit du fait de la baignade, soit encore du fait
de la consommation des fruits de mer.
Qualité des eaux de baignade
Depuis
que la surveillance a commencé, la qualité des eaux de baignade s’est
nettement améliorée, en raison de la construction de stations d’épuration
des eaux usées ; par exemple, au Royaume-Uni, le pourcentage des zones de
baignade satisfaisant aux normes est passé de 66 % en 1988 à 90 % en 1996.
Dans la grande majorité des cas dans la zone OSPAR, les eaux de baignade
sont désormais conformes à la norme fixée par la Directive communautaire
européenne. Dans les cas où les normes ne sont pas respectées, l’autorité
compétente du pays en cause prend des mesures afin d’améliorer la
qualité des eaux de baignade sur le plan bactériologique.
Directive
relative à l’hygiène des crustacés et mollusques
Toutes les zones de
récolte des mollusques doivent, ainsi que l’exige la Directive
communautaire européenne 91/492/CEE, être classées en fonction de leur
degré de contamination par la bactérie Escherichia coli, mesurée
sur des échantillons de coquillage prélevés dans chacune des zones. La
classification des zones va des zones saines, dont les mollusques peuvent
être vendus et directement consommés, à celles où les mollusques doivent
être traités avant consommation, puis celles dont la consommation des
mollusques par l’homme est interdite. Dans certaines Régions OSPAR, du
fait de la contamination des crustacés et mollusques par E. coli,
des restrictions ont été imposées à la commercialisation des crustacés
et mollusques, d’où un alourdissement des coûts en raison du traitement,
ce qui a suscité des inquiétudes dans la profession conchylicole. Ces
inquiétudes ont attiré l’attention sur la qualité de l’eau des zones
de récolte, et ont abouti, dans certains cas à une rapide amélioration de
la qualité de l’eau, grâce à l'amélioration des dispositifs de
traitement des eaux résiduaires.
5.3.4 Impact de la
pêche sur les écosystèmes
La pêche commerciale a des effets
directs et indirects sur l’écosystème marin. Ces effets peuvent être
résumés comme suit :
- prélèvements sur les espèces ciblées ;
- mortalité
parmi les espèces non ciblées (poissons et invertébrés), ainsi que parmi
les oiseaux et les mammifères marins, du fait de leur capture accessoire
dans les apparaux de pêche ;
- perturbation physique du fond marin, par
certains apparaux de pêche démersale, d’où une incidence préjudiciable
sur les habitats et les communautés benthiques ;
- modification de la
structure des communautés ; et
- effets indirects sur la chaîne
alimentaire.
La biomasse des stocks des espèces de poisson exploitées dans les
principales zones de pêche a fluctué considérablement au cours des
cinquante dernières années. Les tendances sur les 10 dernières années de
la biomasse de nombreux stocks de reproducteurs dans la zone OSPAR sont
illustrées en Figure 5.3. Deux principaux facteurs sont à l’origine
de ces fluctuations, à savoir la pression exercée par la pêche
commerciale et le recrutement de juvéniles dans les stocks de reproducteurs.
Dans certains cas, une pêche intensive combinée à un recrutement
médiocre, a conduit à un épuisement des stocks à tel point qu’ils ne
pouvaient plus assurer la rentabilité de la pêche commerciale. A titre d’exemples,
citons un certain nombre de stocks de hareng tels que les stocks à
reproduction de printemps de la Norvège et de la mer du Nord, qui se sont
effondrés dans les années 1960 et 1970. En conséquence, la pêche a été
interdite pour que le stock puisse se reconstituer. En 1999, le CIEM a
signalé que 40 des 60 principaux stocks pour lesquels OSPAR avait demandé
des informations avaient dépassé leurs ‘limites biologiques sûres’ (voir
définition dans la note du Tableau 5.1). Les résultats de cette
évaluation sont résumés au Tableau 5.1.
Dans les régions où les
stocks commerciaux ont été surexploités, la pêche s'est souvent
reportée sur des stocks dans d'autres zones, y compris sur des populations
d'eau profonde. La croissance lente et la faible fécondité de nombreux
poissons d'eaux profondes les rendent particulièrement vulnérables à la
surexploitation. Certains indices qui commencent à se faire jour donnent à
penser que le chalutage en eaux profondes provoque des dégâts sur certains
des écosystèmes des grands fonds. Il se peut que ces impacts soient d’ores
et déjà de grande ampleur, la récupération pouvant être relativement
lente.
Dans les captures des espèces non ciblées peuvent se trouver des
juvéniles des espèces ciblées ainsi que des juvéniles et des adultes des
espèces non ciblées, de même que de gros organismes du benthos, des
mammifères et des oiseaux de mer. Le poisson juvénile n’est parfois pas
en mesure de s’échapper des chaluts. Ceci se produit surtout dans le cas
des filets à petites mailles utilisés pour les pêcheries de crevettes, et
de Nephrops, et dans les pêcheries mixtes de poissons ronds et
plats. La forte proportion de merlans juvéniles capturés en mer d’Irlande
a conduit, en 1992, à imposer la maille carrée aux chaluts britanniques. L’Irlande
a adopté la même mesure en 1994. D’autres mesures techniques ont été
adoptées afin de réduire le volume des rejets à la mer, entre autres des
dispositifs ou des grilles de tri dans les pêcheries de crevettes et de Pandalus
dans les eaux profondes. Pendant les années 1990, la moitié environ de
l’effectif total des captures de merlan et d’églefin pris par les
chalutiers au large de la côte ouest de l’Ecosse a été rejetée à la
mer. Dans les pêcheries de Nephrops de la mer d’Irlande, on
rejette à la mer près d’une demi-tonne de merlans par tonne de Nephrops
débarquée. Dans certaines pêcheries de poisson plat de la mer du Nord,
plus de la moitié du poids du poisson capturé doit parfois être rejeté
à la mer. Le poisson ainsi rejeté augmente la mortalité dans les stocks
car il ne survit en général pas, et ne peut donc devenir adulte. Par
ailleurs, les rejets à la mer modifient la compétition qui s’exerce au
sein des communautés, en favorisant les espèces nécrophages.
Les
marsouins, les dauphins et les phoques sont les mammifères les plus
couramment pris dans les apparaux de pêche. Les marsouins sont
particulièrement vulnérables aux filets maillants. Certains dauphins sont
vulnérables aux filets dérivants. Le plan d’action danois destiné à
réduire les captures accessoires de marsouins prévoit des mesures telles
que des alarmes acoustiques, la modification du matériel de pêche et la
réglementation de certains types de pêcheries. Pour pouvoir juger de l’importance
d’une capture accessoires quelle qu’elle soit, il est important de
connaître tant le taux annuel, que la taille des individus de la population
dans laquelle les captures accessoires ont été réalisées. Les résultats
des études biologiques prouvent que des taux de captures accessoires
supérieurs à 1 % en effectif ne sont peut-être pas tolérables, et que
les taux supérieurs à 2 % constituent un risque inacceptable de non
durabilité (ASCOBANS 1997). Le nombre d’études réalisées dans la zone
OSPAR est insuffisant pour que l’on puisse se procurer les données
nécessaires. Dans le cas de la région centrale de la mer du Nord, les
estimations (obtenues par extrapolation des résultats dans les pêcheries
danoises à filets fixes, donnent à penser que, en année moyenne de 1994
à 1998, 7000 marsouins environ ont été capturés (Vinther, 1999). Selon
ces estimations, ces captures accessoires sont supérieures à 2 % de la
population de marsouins correspondante, pourcentage considéré comme non
durable. Au milieu des années 1990, il se peut que la proportion de la
population de marsouins capturés accidentellement sur le plateau
continental celtique ait dépassé 6 % (Tregenza et al., 1997), l’effort
de pêche ayant cependant diminué dans une certaine mesure depuis que les
études ont été faites. Dans le golfe de Gascogne et le long de la côte
ibérique, en 1992 et 1993, les observateurs à bord des chalutiers
français pratiquant la pêche au germon au filet dérivant ont enregistré
la capture accessoire de 204 dauphins communs (Delphinus delphis) et
de 573 dauphins bleus et blancs sur 1 420 coups de filet. A la suite de ce
constat et d'autres, en juin 1998, les ministres de la pêche de l’UE ont
voté l’interdiction de la pêche du thon au filet dérivant. Cette
interdiction entrera en vigueur après le 31 décembre 2001.
L'accroissement
des populations d'oiseaux de mer au cours des dernières décennies a été
imputé à plusieurs facteurs, par exemple à l’amélioration de la
protection dont ils bénéficient, au développement de la population de
petits poissons dont ils se nourrissent, ainsi qu’à l’augmentation du
volume de poisson rejeté et de viscères jetés à la mer par les bateaux
de pêche commerciale. Les effectifs de certaines espèces ont chuté
radicalement à certaines époques. Certaines des évolutions sont
directement liées à une baisse des populations de poissons proies; c’est
le cas par exemple du recul des populations de guillemots communs (Uria
aalge) et de macareux (Fratercula arctica) (dans certaines
parties de la région de l’Arctique, par suite, respectivement, de la
diminution des stocks de capelans (Mallotus villosus), et des stock
de hareng. En mer du Nord, on estime que les oiseaux de mer consomment tous
les ans environ 50 % de l’ensemble des rejets à la mer (109 000 t) et de
viscères (71 000 t).
Les apparaux de pêche de fond peuvent entraîner la
mort ou de sévères dommages aux organismes benthiques, et provoquer la
perturbation physique des sédiments. Le degré de l’impact dépend de la
vitesse de chalutage, de la dimension des apparaux et de leur poids, du type
de substrat et des facteurs hydrodynamiques locaux. Il convient de souligner
toutefois que le chalutage n’a lieu que de place en place, et que son
impact est moins grave dans les zones de tempête et de forte houle.
Les
effets des divers types d’apparaux, sur le plan de la perturbation des
fonds marins et des espèces touchées, sont indiqués au Tableau 5.6 en
ce qui concerne la mer du Nord et les mers celtiques. Les chaluts à
panneaux sont susceptibles de pénétrer dans les sédiments meubles du fond
marin sur une profondeur de 6 à 20 cm. Les chaînes des chaluts à perche
grattent les sédiments sur une profondeur de 4 à 8 cm. Les habitats
benthiques en eaux profondes tendent à être très vulnérables au
chalutage, en raison de la lenteur même de leur régénération. Une étude
réalisée en 1994 indiquait que la perturbation provoquée par les chaluts
à panneaux concernait jusqu’à 25 % de la superficie des fonds de la mer
d’Irlande. A elle seule, la flotte irlandaise de chalutiers à panneaux
exploite les territoires des Nephrops en mer d’Irlande jusqu’à
cinq fois par an. Les statistiques relatives à la flotte néerlandaise de
chalutiers à perche, qui assure environ 80 % de l’ensemble de l'effort de
pêche au chalut à perche en mer du Nord, indiquent que les chalutiers
exploitent environ 171 000 km2 de la mer du Nord, dans un espace compris
entre les îles Shetland et le fjord de Hardanger, jusqu’au Pas-de-Calais
(autrement dit sur une superficie totale de l’ordre de 429 000 km2 ) (Rijnsdorp
et al., 1997). Dans 70 % de cette zone de pêche, les chaluts passent
moins d’une fois par an, et, au total, à peu près 10 % seulement de la
région de la mer du Nord, telle qu’indiquée ci-dessus sont exploités
plus d’une fois par an. Dans la zone néerlandaise de la mer des Wadden,
la pêche des coques pendant les années de faible abondance de cette
espèce, a entraîné une pénurie alimentaire pour les échassiers, comme l’huîtrier
(Haematopus ostralegus). Cependant, depuis 1993, une réglementation
rigoureuse empêche cette situation de se reproduire.
La perturbation du
fond marin par les apparaux de pêche peut également modifier la structure
de taille des populations et la composition des communautés benthiques. Par
exemple, dans certaines régions de la mer du Nord, où la perturbation due
à la pêche dure depuis longtemps, on constate une évolution de la
diversité et de la composition du benthos, qui est passé des grandes
espèces benthiques longévives, à des espèces plus petites, et plus
opportunistes. Dans le secteur néerlandais de la mer des Wadden, les effets
des coques sur la composition du macrozoobenthos et des sédiments font l’objet
de débat. Des recherches ont été lancées afin de déterminer exactement
la nature de ces effets. De récentes investigations menées le long du
littoral norvégien prouvent que la pêche au chalut a provoqué des
dégâts de grande ampleur dans les récifs coralliens. Une législation
destinée à les protéger a été mise en oeuvre.
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Figure 5.3 Tendances
décennales de la biomasse des stocks en période de frai dans
chacune des quatre grandes Régions OSPAR, et stocks migratoires
dépassant les limites de chacune des Régions.
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Tableau 5.6 Perturbations
des fonds marins provoquées par divers types d'apparaux de pêche,
indication de certaines des espèces touchées et estimation de la
superficie où la pêche au chalut est pratiquée dans la région
OSPAR. Source : Région II (5NSC, 1997); Région III (Kaiser et
al, 1996).
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5.3.5 Impact des
cultures marines
Dans la zone OSPAR, les cultures marines consistent
en l’élevage du saumon dans de grandes cages amarrées dans des eaux
abritées, ainsi qu’en une culture intensive et extensive des mollusques
bivalves.
Tous les types de cultures marines sont confrontés au problème
de l’excédent de nutriment, et de la sédimentation des matières
organiques au voisinage des élevages, surtout dans les zones à faible
courant. Ceci peut aboutir à une augmentation de la teneur en matière
organique dans les sédiments, à une baisse de la diversité de la faune et
à une prédominance des polychètes opportunistes.
L’élevage des
crustacés et mollusques conduit à une artificalisation de l’environnement
moindre que l’élevage des poissons. Dans la mer des Wadden, la
mytiliculture implique le prélèvement des jeunes individus dans les bancs
naturels de moules, pratique qui, pendant les deux dernières décennies, a
contribué à un déclin dans la zone des bancs de moules sauvages. Dans les
cas où il s’agit d'élever des bivalves importés, le risque tient à l’introduction
de parasites et de maladies dans la zone, lesquels peuvent affecter les
espèces indigènes. Conscient de ce risque, le CIEM a publié un Code de
Bonnes Pratiques pour l’Introduction et le Transfert des Organismes Marins
(CIEM, 1994), pour minimiser les problèmes liés à l’introduction des
crustacés et mollusques et autres organismes. Pour éviter que des espèces
non-indigènes ne soient introduites dans les eaux côtières néerlandaises,
une nouvelle politique d’importation des crustacés et mollusques a été
élaborée en 1996. Jusqu’en 2003, des réglementations contraignantes
particulières seront imposées à l’introduction des espèces indigènes
dans la mer des Wadden et dans la région de l’Escaut oriental.
Les effets
de l’élevage du saumon ne se manifestent en général que dans les eaux
intérieures. Ce que l’on ne sait pas encore, en revanche, en raison du
manque de données, est l’effet qu’a le saumon d’élevage échappé
sur la structure génétique des populations de saumon sauvage dans la zone
OSPAR.
Les poux de mer sont des copépodes ectoparasites du poisson, communs
tant au poisson sauvage qu’au poisson d’élevage. L’infestation qui se
manifeste dans la plupart des élevages de saumon en eau de mer est due, à
l’origine, au saumon sauvage local. Chez le saumon d’élevage, si l’infection
est importante, elle peut provoquer des lésions des tissus ainsi qu’un
lourd préjudice économique. Dans la mesure où le poisson en cage est
gravement infecté, l’infection peut se propager aux populations sauvages
des alentours. Il est également possible que d’autres parasites et
maladies soient transférés du poisson d’élevage aux poissons sauvages,
et vice versa. L’amélioration des méthodes et de la gestion des
élevages, combinée aux traitements médicamenteux et à la vaccination,
est en usage pour combattre les infections et éviter les maladies dans les
stocks d’élevage. Au Royaume-Uni, un Groupe de travail conjoint
gouvernement/industrie, a récemment défini toute une série de bonnes
pratiques et de mesures de gestion, afin de combattre l’Anémie
Infectieuse du Saumon (ISA).
Des produits chimiques sont utilisés à
diverses fins dans les cultures marines, par exemple pour prévenir les
maladies (antibiotiques), pour détruire les parasites (pesticides) et pour
empêcher l'incrustation biologique des cages et des filets (agents
antisalissures). L'usage de ces produits suscitent une inquiétude
générale bien que l’impact soit vraisemblablement limité au voisinage
immédiat de la zone de l’élevage de poisson.
5.3.6 Impact de l’eutrophisation
Telle qu’elle est définie par OSPAR, l’eutrophisation fait
référence aux effets indésirables d’un enrichissement en nutriments d’origine
anthropique, dont on trouvera la description dans la Procédure commune de
détermination de l’état d’eutrophisation de la zone maritime. Son
impact inclut : l’augmentation de la production et de la biomasse du
phytoplancton et des macroalgues ; des modifications de la structure des
peuplements (dont l’apparition d’algues toxiques et d’algues
benthiques à vie courte dans les hauts fonds, ainsi que des changements
dans les communautés animales) et enfin une augmentation de la consommation
d’oxygène dans l’eau et dans les sédiments, avec parfois des effets
préjudiciables sur la faune benthique. L’eutrophisation est inexistante
en mer ouverte continentale et dans les zones de grands fonds de la région
OSPAR. En revanche, dans la zone côtière, dans les baies et dans les zones
estuariennes de certaines régions de la zone maritime, en particulier dans
le sud-est de la Région II, l’eutrophisation est manifeste. La
perturbation provoquée par l’augmentation des teneurs en nutriments dans
les eaux côtières peut aussi avoir un effet sur les écosystèmes marins
en dehors de la zone immédiate. La première phase de la Procédure commune
est constituée par une procédure de tri visant à déterminer les zones à
l'évidence, sans problème. Les résultats de la procédure de tri sont
illustrés en Figure 5.4. La classification de l'état d’eutrophisation
des autres zones, autrement dit en zones à problème, zones à problème
potentiel, et zones sans problème d’eutrophisation, se fera en appliquant
la procédure exhaustive, deuxième phase de la Procédure commune (voir Figure
5.4). Toutefois, plusieurs de ces zones sont d’ores et déjà
considérées par les Etats riverains comme des zones à problème d’eutrophisation.
Certains des phénomènes dus à l’eutrophisation, qui se sont produits
par le passé en mer du Nord, ont été évoqués dans le QSR de la mer du
Nord, de 1993 (NSTF, 1993). Il s’agit notamment d’une augmentation de la
production du phytoplancton dans les zones côtières de l’est de la mer
du Nord, avec un lien entre les apports de nutriments et l'allongement de la
durée des efflorescences dans la mer des Wadden, ainsi que des
modifications de la structure du phytoplancton et du zooplancton dans la
German Bight. Dans les mers celtiques, des indices d'eutrophisation sont
apparus dans l’estuaire de la Mersey et dans la zone de la baie de
Liverpool, ainsi que dans le Belfast Lough, des mesures de restriction des
apports de nutriments devront probablement être prises. Des préoccupations
ont été exprimées à l'apparition de zones de sédiments anoxiques (‘points
noirs’), accompagnée d’une mortalité du benthos dans la mer des Wadden
en 1996, résultant d’une coïncidence exceptionnelle entre les conditions
météorologiques et les développements biologiques (de Jong et al.,
1999).
Des augmentations temporaires des teneurs en nutriments, par exemple
dans le Ria de Huelva (Espagne) sont peut-être associées à
l'eutrophisation. Un autre exemple concerne la Baie de Vilaine, où une
raréfaction de l’oxygène se produit tous les étés dans les eaux du
fond à la suite des efflorescences de phytoplancton. Selon l’ampleur des
pluies au printemps et des apports de nitrates par de petits cours d’eau
clés critiques, quelques zones de la côte nord de la Bretagne dont l’hydrodynamique
est confinée, sont parfois affectées par des ‘marées vertes’, telles
des milliers de tonnes de la macroalgue Ulva lactuca se déposent sur
les plages. Dans certaines conditions, de la mousse d’algue peut se former
après les efflorescences de printemps le long des côtes belges et
néerlandaises.
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Figure 5.4 Parties de la
zone maritime OSPAR dans lesquelles la procédure exhaustive sera
appliquée afin de déterminer leur état d'eutrophisation.
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5.3.7 Impact des
loisirs et du tourisme
Les passages à pied et le trafic automobile
ont accentué la pression qui s’exerce sur certains systèmes de dunes
côtières, perturbant la végétation naturelle et les habitats des oiseaux
de mer. Des habitats côtiers sont détruits ou perturbés du fait de la
construction de maisons de vacances, des parcs de caravanes et des terrains
de golf. Sur certaines plages proches des centres urbains, les quantités de
déchets, en particulier de récipients en matière plastique et de canettes,
continuent d'être une préoccupation. La popularité croissante du yachting
accroît la demande en nouveaux ports de plaisance, ainsi que le potentiel d’introduction
d’espèces non indigènes, et de pollutions dues aux peintures
antisalissures.
En mer du Nord, les zones de reproduction des oiseaux sur
les plages de sable ont presque entièrement disparu en raison des
activités récréationnelles. La sterne naine (Sterna albifrons) et
le gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus) sont les
plus fortement touchés, le succès de leur reproduction baissant en effet
en raison des activités humaines. A l’inverse, l’arrêt de la chasse
dans certaines parties de la mer des Wadden a eu un effet positif sur le
nombre de bernaches cravant (Branta bernicla), de bernaches nonnettes
(B. leucopsis) et de courlis (Numenius arquata). Dans la baie
de Bannow, située dans le sud-est de l’Irlande et classée en zone de
protection spéciale des oiseaux, le motocross a affaibli les systèmes
dunaires, tandis que la chasse a perturbé les oiseaux percheurs. Dans d’autres
zones de l’Irlande, une activité humaine excessive a exclu les oiseaux de
mer de certaines parties de leur habitat naturel, ce qui les prive de la
possibilité de se nourrir. Cette situation a abouti à la mise en place de
régimes de protection, surtout le long de la côte est. Enfin, les
nuisances provoquées par les bateaux à moteur rapide perturbent les petits
cétacés (p.ex. les jet-skis).
5.3.8 Impact de l’extraction
du sable et du gravier
L’extraction du sable et du gravier est
pratiquée dans les eaux littorales de la mer du Nord, en particulier dans
la partie sud, dans la mer celtique et sur la côte française de l’Atlantique.
Le matériau extrait n’est pas retenu en totalité à bord de la drague.
La déperdition du matériau accentue temporairement la turbidité de la
colonne d’eau, et les organismes benthiques qui vivent en dehors de la
zone draguée peuvent être affectés tant par la sédimentation de ce
résidu, que par toute matière remise en suspension du fait de cette
opération. A court terme, le principal impact sur l’écosystème tient à
la perturbation et à l’enlèvement des organismes benthiques dans la zone
d’extraction. Des dégâts peuvent être causés aux zones de frai du
poisson qui dépose ses oeufs directement sur le gravier comme le hareng. A
plus long terme, la vitesse de récupération d’une zone dépend des
modifications apportées au substrat et de la capacité qu’a le benthos de
recoloniser la zone. Par exemple, dans la mer des Wadden, les études
prouvent que dans les aires d’extraction situées dans des zones
intertidales plates et abritées, le rétablissement de la composition des
sédiments et de la faune benthique avait pris plus de 15 ans, tandis que
dans les zones dont l’hydrodynamique était plus active, la récupération
avait été beaucoup plus rapide. Les études effectuées au large de la
côte est de l’Angleterre, où les extractions avaient fait baisser d’environ
40 % le nombre d’espèces benthiques, et leur abondance d’environ 80 %,
montre qu’une recolonisation limitée s’est produite en un an (Kenny et
Rees, 1994).
5.3.9 Impact du dragage
et de l’immersion des matériaux de dragage
Les travaux de dragage
ont pour la plupart pour but de faciliter la navigation dans les approches
côtières et l'entrée dans les ports de mer. Dans certains cas, comme par
exemple près de Rotterdam, les déblais de dragage des ports, dont la
contamination est supérieure à certaines limites, sont mis dans des
dépôts spécialement construits à cet effet. Les déblais de dragage
légèrement contaminés, ou non contaminés, sont déposés dans des zones
d’immersion situées dans les estuaires et dans les eaux côtières. Les
effets des opérations de dragage sont de trois ordres. L’augmentation de
la matière en suspension dans la colonne d’eau peut influer directement
sur la production primaire et sur la croissance des organismes filtreurs,
tels que les mollusques bivalves. Le renforcement de la sédimentation dans
les zones d’immersion peut aboutir à enterrer le benthos en place. Enfin,
les contaminants peuvent être remis en suspension et être remobilisés à
partir des sédiments, et être incorporés à la chaîne alimentaire.
Cependant, le dragage des zones en aval des estuaires peut aboutir à des
effets de plus grande ampleur sur la dynamique des sédiments, sur les
communautés benthiques et sur le régime de la matière en suspension.
5.3.10 Impact des
défenses côtières et de la récupération des terres sur la mer
Les
défenses côtières, la récupération des terres sur la mer et la
construction des ports et des havres peuvent affecter les habitats côtiers.
Dans de nombreux cas, les habitats et les processus écologiques associés s’en
trouvent définitivement modifiés ou même, disparaissent. En ce qui
concerne ce dernier point, il est possible de prendre pour exemples les
zones de transition naturelle entre les habitats d'eaux douces et les
habitats côtiers, le long de la côte néerlandaise. Pour l’instant, et
pour une grande partie du littoral de la zone OSPAR, on est insuffisamment
renseigné sur la proportion des disparitions récentes d’habitats, selon
les types d’habitat et les zones en cause.
5.3.11 Impact des
activités offshore et des déversements d’hydrocarbures dus aux navires
Dans
le secteur pétrolier, les opérations qui se déroulent dans les eaux
européennes sont régies par les conditions rigoureuses imposées par des
permis dans le but de minimiser les effets sur les écosystèmes marins. On
notera toutefois que depuis 1993, cette activité s’est développée, et
que le nombre de plates-formes a augmenté. Les impacts sur les communautés
benthiques sont circonscrits en général à quelques kilomètres autour des
plates-formes. Ces impacts sont en grande partie dus à l’élimination des
déblais de forage au voisinage immédiat des plates-formes. Près des
plates-formes en effet, on observe une baisse de la diversité des espèces,
les vers polychètes prédominant dans la biomasse. En général, aucune
perturbation biologique n’est décelable au-delà de 3 km autour des
plates-formes ; mais, dans quelques rares cas, des effets ont été
décelés jusqu’à 5 km de distance. Les réformes de la réglementation
qui régit l’utilisation des fluides de forage devraient contribuer à
réduire l’impact sur les communautés benthiques. Il y a cependant une
incertitude sur les effets de l’enlèvement des terrils de déblais de
forage sur l’environnement. Par ailleurs, certains des produits de
substitution des boues à base d’huile possèdent eux aussi des
propriétés qui risquent d’avoir un impact préjudiciable sur les
communautés benthiques.
On est incertain sur les effets environnementaux
des rejets d’eau de production. Comme les hydrocarbures, l’eau de
production contient une gamme d'autres composés organiques, dont des
hydrocarbures aromatiques monocycliques (autrement dit, des BTEX), des HAP
à deux et trois anneaux, des phénols et des acides organiques. Parmi ces
substances se trouvent des produits chimiques utilisés pour la production
et peut être des composés organiques non encore identifiés. On a
constaté que les teneurs en HAP chez les moules en cage et dans des
échantillonneurs passifs avaient augmenté, et ceci jusqu’à une distance
de 10 km des points de rejet de l’eau de production.
Qu’ils soient
accidentels ou illégaux, les déversements d’hydrocarbures entraînent le
mazoutage des oiseaux de mer, des crustacés et mollusques, ainsi que d’autres
organismes et du littoral, avec des conséquences écologiques, et souvent
des conséquences économiques. Mesuré en termes de nombre d’oiseaux de
mer mazoutés, ce type de contamination est resté élevé au fil des
années dans certaines parties de la mer du Nord ; dans d’autres régions
de la mer du Nord, elle a baissé pendant un certain temps, pour progresser
de nouveau ces dernières années. Même si un navire n’a qu’un accident
mineur, celui-ci peut être catastrophique dès lors qu’il s’agit de
fuel lourd ou de résidus de celui-ci. Lorsque le ‘Pallas’ s’est
échoué dans la mer des Wadden en 1998, il a perdu environ 250 m3 de fuel
lourd et tué environ 16 000 oiseaux qui hibernaient dans la zone. Les 10
000 ou 15 000 tonnes de fuel lourd qui se sont répandues lorsque l’«Erika»
s’est cassé en deux au large de la côte française de l’Atlantique en
décembre 1999, ont tué au moins les 80 000 oiseaux qui ont été
recueillis sur les plages, quoique, selon les estimations, le nombre d’oiseaux
morts de cette manière pourrait être de 200 000 à 300 000. Une légère
contamination des poissons a été constatée au voisinage des plates-formes.
Bien qu’il ne soit pas exclu que les rejets opérationels d’eau de
production puissent avoir des effets à long terme, l’impact global que
leurs basses teneurs en hydrocarbures ont sur les stocks halieutiques est
considéré comme faible. Dans l’avenir, l’intensification du trafic
maritime est susceptible d’accroître le risque de pollution.
5.3.12 Impact des
contaminants
La présence de hautes teneurs en métaux et en
substances artificielles dans les produits de la mer risque de causer un
problème pour les consommateurs, ainsi qu’il a été démontré pour la
population indigène du Groenland exposée aux hautes teneurs en mercure et
en PCB dans les produits de la mer. Dans ce contexte, la plupart des pays de
la zone OSPAR ont mis en place des programmes de surveillance des
contaminants dans les produits de la mer pour sécuriser la consommation.
Par exemple, du fait des teneurs élevées en divers contaminants des
poissons et crustacés et mollusques, la consommation par l’homme des
produits de la mer pêchés dans plusieurs fjords norvégiens est
déconseillée. Les gros déversements d’eaux résiduaires (dans les
fleuves ou dans les zones côtières) font l’objet d’une évaluation de
leur impact environnemental et, en tant que de besoin, des réglementations
de contrôle sur la base des directives CE sur le traitement des eaux usées
urbaines, et sur la prévention et la lutte intégrées contre la pollution.
En ce qui concerne les impacts sur la vie marine, la situation est quelque
peu différente. Ce n’est en effet que dans quelques cas que l’impact
des contaminants sur les populations ou les communautés a été mesuré
directement dans la zone OSPAR, quoique l’on dispose de beaucoup d’information
sur les effets sur les individus (dits ‘effets biologiques’). Des BRC et
des EAC ont été établis, et constituent les meilleurs critères d’évaluation
disponibles pour les teneurs en contaminants et pour leurs effets, la
prudence s’imposant cependant en raison des limites d'usage qui leur sont
reconnues. En ce qui concerne les EAC il convient de noter qu’ils portent
essentiellement sur la toxicité aiguë. La spéciation EAC ne tient pas
compte par exemple de la biodisponibilité d’un contaminant dans les
conditions de terrain, du degré de bioaccumulation, de sa
cancérigénicité, de sa génotoxicité, ni des perturbations de l’équilibre
hormonal (perturbations du système endocrinien). De plus, la présence d’autres
substances dangereuses dans l’eau de mer peut soit renforcer, soit
combiner les effets préjudiciables sur les organismes voire même sur des
populations entières. Par conséquent, le fait que les teneurs d’un
contaminant dans le milieu marin soient inférieures à son EAC ne garantit
pas une situation sûre. D’un autre côté, le fait qu’un EAC soit
dépassé n’implique pas nécessairement que des effets biologiques se
produisent. Ceci ne peut être déterminé que par des études biologiques
faites sur le terrain.
Les études des effets biologiques effectuées à ce
jour dans la zone OSPAR ont permis d'identifier un certain nombre de zones
où des impacts ont été observés au niveau de la cellule et au niveau de
l'individu. Pour l’essentiel, les effets biologiques indiquent que des
contaminants ont été absorbés par des organismes. On en trouvera quelques
exemples dans les paragraphes ci-après. La perturbation endocrinienne
constitue un effet sub-léthal important dont l’incidence peut s’étendre
à l’échelle d’une population.
Le tributyl étain est l’un des rares
exemples où des effets dans le milieu marin peuvent être imputés à une
seule substance. Une exposition au TBT, provenant par exemple des peintures
antisalissures, suscite des réponses claires chez certains organismes. Il s’agit
notamment de l’épaississement de la coquille de l'huître portugaise et
des phénomènes d’imposex/intersex, à savoir l’apparition de
caractères masculins chez les gastéropodes femelles. On a trouvé
également du TBT chez les oiseaux de mer, les mammifères marins, dans le
poisson et le plancton. Des effets sur le système hormonal, sur le système
de reproduction, sur le système immunitaire et sur certains systèmes
enzymatiques ont été signalés chez le poisson. Il est possible que chez l’homme,
la consommation des produits de la mer ait une incidence.
Les études de l’imposex
faites dans les eaux britanniques en 1997 indiquent que les effets
biologiques restent évidents dans la totalité des zones côtières, à l’exception
des plus éloignées, et ce 10 ans après l'entrée en vigueur des
restrictions imposées au TBT. Dans certaines zones estuariennes et
côtières du nord-ouest de l’Espagne et du nord du Portugal, on a
constaté des niveaux significatifs d’imposex chez les pourpres (Nucella
lapillus). Bien que dans ce dernier cas, ceci ait conduit à une
stérilisation des femelles, la population de pourpres du nord-ouest de l’Espagne
n’est pas considérée comme menacée d’extinction. Un phénomène d’imposex
a été relevé chez les pourpres et chez les bulots dans des ports
islandais, norvégiens et du Svalbard, ainsi que dans la région de la mer
du Nord, y compris dans le Kattegat. On a constaté, grâce à une
surveillance exercée pendant 10 ans en 20 points de la côte irlandaise que
les zones d’élevage du saumon, et les zones où de petites embarcations
étaient utilisées, récupéraient après avoir été contaminées par du
TBT, ainsi que l’indique la baisse d’un indice de l’imposex (index
relatif à la taille du pénis).
Les phénomènes d’imposex se manifestent
encore le long des routes de navigation à travers le monde entier, ainsi
que dans les zones de haute mer, où on constate une corrélation positive
entre l’intensité de la navigation et les teneurs en TBT dans le milieu
vivant et dans les sédiments. Cette situation est due à l’application
insuffisante de la réglementation sur le TBT pour les navires de plus de 25
m.
On ne connaît pas l’incidence toxicologique des hautes teneurs en PCB
sur les organismes marins. Toutefois, il a été signalé qu’avant de
mourir, certaines des loutres présentant de hautes teneurs corporelles en
PCB avaient un comportement indicatif d’un empoisonnement aux
organochlorés. En Suède, la population de loutres, abondante autrefois,
souffre depuis longtemps de la pollution par les PCB. Le long des côtes
suédoises du Skagerrak, les teneurs en PCB des poissons restent trop
fortes, et il n’y a plus de loutres à l’heure actuelle dans les milieux
côtiers de Suède (Brunström et al., 1998 ; Roos et al.,
sous presse). Les PCB peuvent perturber les systèmes de reproduction et les
systèmes enzymatiques et endocriniens des mammifères marins ; c’est le
cas, par exemple, des phoques communs qui ont été nourris
expérimentalement avec du poisson pêché en mer des Wadden. Ces
phénomènes sont observés dans certaines populations en dehors de la zone
OSPAR, par exemple chez les populations de phoques gris et de phoques
annelés de la mer Baltique (Olsson et al., 1992, Roos et al.,
1998). A des teneurs élevées, ils peuvent influer sur le système
immunitaire de l’ours polaire (Bernhoft et al., sous presse), et il
est possible que des phénomènes analogues se manifestent chez d’autres
vertébrés marins.
Divers contaminants organiques peuvent accroître l’activité
de l’enzyme 7-éthoxyresorufine-O-diéthylase (EROD) dans le foie du
poisson. La mesure de cette activité sert d’indicateur du degré d’exposition
à toute une série de composés, dont les PCB et les HAP. Une forte
activité EROD a été constatée dans le foie du poisson plat. Dans les
eaux marines du Royaume-Uni, l’activité la plus forte a été constatée
chez la plie capturée dans l’estuaire de la Clyde, dans la zone d’immersion
des boues d’égouts de Garroch Head, ainsi qu’à proximité des centres
industriels de Hunterston et de la baie d’Irvine.
On dispose de preuves
claires que toute une série de substances naturelles et artificielles, dont
les PCB, les dioxines, le TBT et divers composés organo-métalliques, les
pesticides, des produits pharmaceutiques et des produits chimiques
industriels, sont capables de faire obstacle à la reproduction des
organismes aquatiques, en interférant avec leurs systèmes endocriniens
(hormonaux). Des études effectuées dans des milieux d’eau douce ont
démontré que dans le cas de certaines substances, ces phénomènes de
perturbation du système endocrinien peuvent se produire même à de très
faibles teneurs ambiantes, nettement inférieures aux teneurs mutagènes ou
de toxicité aiguë. A ce jour, on ne sait pas encore quelles substances où
combinaisons de substances sont à l’origine des phénomènes ainsi
observés (par exemple, la féminisation du poisson mâle) ; il est
toutefois certain que l’éthynyloestradiol (un agent contraceptif), les
PCB et les alkylphénols (dérivés de certains détergents industriels)
jouent un rôle dans ce phénomène, de même que des hormones naturelles.
De plus, il est important de noter que nombre de substances artificielles et
naturelles sont capables d'agir de façon cumulative sur les récepteurs d’hormones,
et de provoquer certains de ces phénomènes. Bien qu'à ce jour, l’imposex
provoqué par le TBT chez les mollusques gastéropodes soit l’un des rares
cas confirmés de perturbation du système endocrinien dans la faune marine,
on sait que beaucoup d’autres substances causant des troubles endocriniens
sont présentes dans les effluents et dans les eaux fluviales qui se
déversent dans la zone OSPAR. De plus, des études réalisées au
Royaume-Uni ont démontré que dans un certain nombre de cas, des eaux
estuariennes recevant les effluents de stations d’épuration des eaux
usées et des eaux industrielles ont des effets oestrogènes (une forme de
perturbation du système endocrinien) chez le poisson. Les phénomènes
observés chez le flet mâle sont notamment la production de vitellogéline,
une protéine précurseur de la vitelline, ainsi que l’induction de l’intersex,
quoique, à ce jour, aucun effet au niveau de la population n’ait été
mis en évidence. L’intersex implique, entre autres, l’apparition
d'ovules dans les testicules, et il est probable que ce phénomène soit
lié à une baisse du rendement à la reproduction. Il est important que les
effets de ce type soient étudiés plus avant, tant pour mettre en évidence
l’intégralité de l’éventail des impacts sur les diverses espèces,
que pour savoir si les populations et les communautés sont en danger sur le
long terme (comme c’est le cas avec le TBT).
Le danger des métaux sur les
organismes vivants de la mer du Nord englobe notamment les effets du cuivre
dissous sur les niveaux trophiques inférieurs tels que le phytoplancton, et
l’accumulation du cadmium et du mercure chez les prédateurs supérieurs,
ainsi que du plomb chez les crustacés et mollusques. Ces phénomènes sont
en grande partie dus à la tendance de ces métaux à l'accumulation
biologique au travers des interactions trophiques. Toutefois, ces effets
sont souvent localisés, et n'atteignent leur fréquence maximum que dans
les estuaires et dans la zone côtière. Bien que des effets biologiques
potentiels des métaux existent sans aucun doute dans certaines des zones
les plus contaminées, en particulier dans les zones sujettes à des apports
continus de métaux, les QSR régionaux ne signalent aucun effet particulier
qui aurait été mis en évidence récemment et qui serait dû à de hautes
teneurs en métaux dans l’eau de mer, dans les sédiments ou dans le
milieu vivant.
Certains retardateurs de flamme au brome sont connus pour s’accumuler
biologiquement, et sont suspectés d’avoir des effets sur le
développement ou sur le comportement des mammifères.
Les phtalates sont
connus pour persister dans le milieu marin, et pour s’accumuler
biologiquement dans les maillons inférieurs de la chaîne alimentaire,
notamment dans les communautés benthiques.
Les nonylphénols se dégradent
lentement, sont connus pour se concentrer biologiquement dans le poisson de
mer et dans les moules ; il a par ailleurs été signalé, à la suite de
tests in vivo, qu’ils causaient des troubles endocriniens. Ils sont
en outre toxiques pour les algues marines, mais pas aux teneurs que l’on
trouve en général dans le milieu marin.
Les paraffines chlorées à
chaînes courtes sont connues pour persister dans l’environnement, et pour
s’accumuler biologiquement chez les mammifères marins (phoques, baleines
béluga et morses). Les teneurs récemment décelées dans diverses régions
de l’Arctique se situent entre 200 et 800 µg/kg ww.
Il a été démontré
que les copépodes étaient sensibles à toute une série de contaminants
organiques, tels que les insecticides, les organo-métaux et les
hydrocarbures. Des études de terrain, des expériences en mésocosme ainsi
que des simulations sur des modèles ont permis de démontrer que les effets
sur le zooplancton pouvaient entraîner une augmentation des densités du
phytoplancton, par suite d’une baisse de la pression exercée par le
broutage.
Certaines des diminutions des effectifs des oiseaux de mer ont
été imputées aux effets des composés organochlorés. Dans l’une des
zones de la Région III, il est possible que l’amincissement des coquilles
des oeufs des cormorans huppés que l’on a observé au début des années
1980, ait été dû à la présence de DDT dans leurs tissus. Des données
plus récentes suggèrent que ce problème ne se pose vraisemblablement
plus. De plus, l’empoisonnement par des bactéries, dû au fait que les
oiseaux de mer se nourrissent dans les décharges municipales dans la
Région III, a été souligné comme une cause éventuelle de la baisse du
nombre d’oiseaux.
Les alkylphénols, les alkyl-naphtalènes substitués,
les alkyl-fluorènes substitués, et le benzoquinone diméthylique sont
soupçonnés d’effets toxiques dans les estuaires du Royaume-Uni (Thomas et
al., 1999a,b). Ces informations ont été obtenues grâce à des
procédures d’évaluation et de détermination de la toxicité (TIE)
fondées sur tout un éventail d’analyses biologiques. Il est cependant
intéressant de noter qu’à lui seul, aucun contaminant n’était
responsable des effets biologiques observés dans les estuaires – les
effets se manifestent en général comme le résultat de l'action des
mélanges complexes.
D’après les études en mésocosme, il y a une
corrélation évidente entre les tumeurs précancéreuses du foie chez le
poisson plat de la mer du Nord, la présence de contaminants, en particulier
de HAP, voire peut-être même d’hydrocarbures chlorés (Vethaak et al.,
1996).
Des effets biologiques préjudiciables, provoqués par des mélanges
de polluants inconnus, ont été mesurés dans certains estuaires du
Royaume-Uni, par exemple dans la Tyne et la Tees, par bioessais dans l’eau
sur des embryons d’huître, et bioessais effectués sur sédiments totaux
sur des amphypodes et des annélidés, une toxicité aiguë ayant été
mesurée (Jones et Franklin, 1998). La signification écologique de ces
observations n’est pas entièrement appréhendée, quoique l’on sache
que les communautés d’invertébrés se sont appauvries dans certains
estuaires industrialisés.
Les mélanges de polluants peuvent avoir un autre
effet, à savoir diminuer ‘le potentiel de croissance’ de la moule Mytilus
edulis. Cette technique des effets biologiques est bien établie, et
dès lors qu’elle est combinée à la mesure des contaminants chimiques
présents dans les tissus des moules, elle constitue un outil d’évaluation
de l’évolution spatiale de la qualité du milieu aquatique. La diminution
du potentiel de croissance a été mise en évidence lors de l’étude
faite sur la côte britannique est de la mer du Nord au début des années
1990 (Widdows et al. 1995). En 1996 et 1997, une autre étude a été
effectuée dans 37 points de la mer d’Irlande, dont certains sur la côte
est de l’Irlande. Les résultats mettent en évidence une réduction du
potentiel de croissance dans la région de la baie de Mersey/Liverpool,
ainsi que dans la baie de Dublin. En revanche, un potentiel de croissance
élevé a été enregistré le long des côtes ouest de l’Ecosse et du
Pays de Galles. Ces résultats prouvent que des contaminants portent
atteinte à la faculté que les crustacés et les mollusques ont de se
développer normalement dans les zones côtières du sud de la mer du Nord,
ainsi que dans certaines zones côtières de la partie médiane de la mer d’Irlande.
5.3.13 Impact de l’immersion
des substances radioactives
L’intérêt porté au comportement des
radionucléides dans le milieu marin a jusqu’à présent eu pour objectif
de protéger la santé de l’homme contre les radiations ionisantes migrant
le long de la chaîne alimentaire. Bien que le dispositif de protection de l’homme
contre les radiations ait été mis en place grâce à l’adoption de
lignes directrices et de normes internationales, il n’y a pas actuellement
de critère radiologique agréé au niveau international pour la protection
de la flore et de la faune marines. On a fait l’hypothèse que l’homme
était l’organisme le plus sensible à la radioactivité, et que, dans la
mesure où celui-ci était convenablement protégé, les autres êtres
vivants étaient eux aussi probablement suffisamment protégés. La
Commission Internationale de Protection Radiologique (ICRP), déclare que :
‘la norme de contrôle de l'environnement nécessaire à la protection de
l’homme à un niveau considéré actuellement comme souhaitable assure que
les autres espèces ne sont pas mises en danger. Occasionnellement, des
individus animaux ou végétaux pourraient être mis en danger, mais pas à
un degré tel que l’ensemble d'une espèce soit menacé ou que cela
provoque un déséquilibre entre espèces’ (ICRP, 1991).
En 1994, OSPAR
est convenu que l’accent mis sur l’évaluation des effets biologiques et
écologiques sur le milieu marin devait être renforcé (y compris l’étude
de la vulnérabilité des organismes et des communautés du milieu marin),
en regard des rejets, actuels et prévus dans l’avenir de substances
radioactives (Décision PARCOM 94/8). Il est maintenant de plus en plus
reconnu que la protection de l’environnement mérite une attention de
plein droit. L’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) admet
que ‘Il est de plus en plus nécessaire d’étudier des méthodes visant
explicitement la protection de l’environnement contre les radiations. Le
concept de développement durable place la protection de l’environnement
sur un pied d'égalité avec la protection de l’homme, qu'en ce sens, il
est nécessaire de commencer par protéger l’environnement, de manière à
protéger les populations humaines’ (AIEA, 1999). La Stratégie OSPAR
visant les substances radioactives a principalement pour but de réduire les
teneurs en radionucléides dans le milieu marin, l'exposition de l’homme
constituant un aspect complémentaire. Selon cette Stratégie, il est
demandé à la Commission OSPAR d'entreprendre l'élaboration de critères
de qualité environnementale pour la protection du milieu marin contre les
effets préjudiciables des substances radioactives, et à rendre compter des
progrès réalisés dans ce sens d’ici 2003.
5.3.14 Impact des
déchets en mer
Les déchets en mer proviennent à la fois de sources
telluriques que de sources marines, et leur impact sur la vie marine a été
constaté. La plupart des victimes en sont les oiseaux, et les principaux
coupables sont les matières plastiques. Les oiseaux peuvent se prendre dans
les films de matière plastique, ce qui peut conduire à la noyade, les
oiseaux peuvent également ingérer de petits objets en plastique, ce qui
peut bloquer l’estomac ou les intestins. Les autopsies effectuées sur les
cadavres de mammifères et de tortues ont aussi révélé que dans certains
cas, la mort était due à l’ingestion de déchets de matières
plastiques. Des études ont été réalisées sur une période de 10 ans (de
1988 à 1998) sur les tortues luth (Dermochelys coriacea) et sur les
caouannes, ces deux espèces étant les plus fréquemment présentes dans la
Région IV. Les autopsies ont révélé que 58 % dans le premier cas, et 11
% dans le second, des individus avaient ingéré des déchets de plastique.
Les cétacés peuvent aussi être touchés de manière significative, et
dans les quelques cas qui ont été observés sur plusieurs centaines d’autopsies,
les espèces touchées semblent être celles qui se nourrissent de
céphalopodes et qui ont peut-être confondu des sachets en matière
plastique avec leurs proies. Par ailleurs, les déchets qui flottent à la
surface agissent comme vecteurs de propagation d'organismes épiphytiques
au-delà de leurs habitats normaux.
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