OSPAR Oslo and Paris Commissions - Commissions d Oslo et de Paris
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Bilan de santé 2000
Chapitre 6 - Evaluation générale

6.1 Introduction
6.2 Pêcheries

6.3 Affectation des terres et utilisation de la mer

6.4 Navigation
6.5 Substances dangereuses
6.6 Substances radioactives
6.7 Pétrole et gaz offshore
6.8 Eutrophisation
6.9 Changement du climat et variabilité climatique
6.10 Autres questions
6.11 Conclusion

6.1 Introduction

Le présent chapitre fait état de l'évaluation générale du bilan de santé de la zone maritime de la Convention OSPAR. Pour chacun des grands thèmes, le présent chapitre donne, sous forme résumée, une description de l’impact des activités humaines sur la zone maritime, une évaluation de l’efficacité des mesures prises, tant au niveau international qu’au niveau national, afin de protéger le milieu marin de cet impact ; il indique les limites des connaissances qui restreignent ces descriptions et évaluations et (conformément à l’article 6(b) de la Convention OSPAR) il définit les mesures prioritaires à prendre.

Le degré de l’impact de l’homme varie dans des proportions considérables d'une Région à l'autre de la zone maritime. Les concentrations démographiques beaucoup plus importantes dans les bassins qui débouchent dans la Région II (mer du Nord au sens large qui comprend la Manche) engendrent des pressions nettement différentes de celles qui affectent la Région V (Atlantique au large), où seul l’archipel des Açores est habité. Néanmoins, il existe des types de pression communs, résultant notamment d'un usage intensif (et parfois conflictuel) de la zone côtière.

La présente évaluation générale est fondée sur l’effort commun des Parties contractantes à OSPAR, effort visant à interpréter et à évaluer les renseignements scientifiques disponibles. La pertinence d’une telle évaluation dépend de façon déterminée de la qualité des renseignements disponibles. Ainsi que le prouve cette évaluation, en dépit des grands efforts accomplis depuis vingt-cinq ans par les Parties contractantes à OSPAR, il reste de graves lacunes dans la compréhension du milieu marin. Pour fournir une base permettant de prendre des décisions efficaces sur la gestion de l’océan, et sur les activités humaines qui l’influencent, il est nécessaire à la fois de maintenir et d’actualiser les connaissances de l’environnement marin et autres informations essentielles pour les décisions de gestion, et tenter de combler les lacunes les plus urgentes des connaissances. A cet effet, des systèmes de surveillance d’un bon rapport coût-efficacité, ainsi que d’autres moyens d’information, et enfin une meilleure affectation des ressources disponibles aux divers besoins, sont essentiels. Des efforts s’imposent dans tous les domaines afin d’améliorer l’efficacité de la collecte et de l’analyse des données : il est par exemple regrettable que l’évaluation d’un aussi grand nombre de séries chronologiques des teneurs en contaminants dans le milieu vivant n’ait pas permis de tirer des tendances statistiques. Cette situation est due aux imperfections de la nature des données, même quand la qualité de celles-ci a été suffisamment contrôlée.

Bien que la Convention OSPAR donne à la Commission OSPAR de larges compétences, OSPAR ne couvre pas tous les aspects du milieu marin. Ainsi que l’indique la Convention, les questions de gestion des pêcheries sont correctement réglementées par des accords internationaux et régionaux traitant spécifiquement de ces questions, tandis que d’autres secteurs (tels que la navigation) sont, de par leur nature même, traités dans des conditions plus efficaces à l’échelle mondiale. De plus, la Communauté européenne et l’Espace Economique Européen disposent des compétences voulues pour réglementer la commercialisation et l’utilisation des produits. La détermination des mesures prioritaires à prendre n’a donc pas pour but de fixer le programme de la Commission OSPAR, mais d’attirer l’attention sur les problèmes auxquels les Parties contractantes à OSPAR pourraient apporter de meilleures solutions. Il est logique que certaines de ces questions soient soumises à OSPAR alors que d’autres en revanche relèvent des compétences d’autres organismes internationaux, ou doivent de préférence être traitées au niveau national.

Dans l’examen des priorités entre les divers thèmes abordés dans la présente évaluation, un accord s’est dégagé selon lequel : 

  1. les questions les plus importantes posées par les évaluations dans les cinq Régions sont : 
  1. le règlement des questions posées par les pêcheries ; et
  2. la mise en oeuvre de la Stratégie OSPAR visant les substances dangereuses (notamment en ce qui concerne les traitements antisalissures à base d'organostanniques et les préoccupations qui se sont récemment manifestées à propos des substances causant des troubles endocriniens) ; 
  1. une autre question importante est celle du changement climatique qui suscite des inquiétudes allant bien au-delà du milieu marin ; 
  2. d'une manière générale, les autres questions importantes sont par ordre de priorité : 
  1. celles relevant de la Stratégie OSPAR visant la protection et la conservation des écosystèmes et de la diversité biologique de la zone maritime, de la Stratégie OSPAR visant les substances radioactives et de la Stratégie OSPAR de lutte contre l’eutrophisation ; 
  2. l'impact des marées noires et des rejets d'eaux de ballast provenant de la navigation ; et 
  3. l’amélioration des connaissances de base. 

D’autres questions peuvent présenter une grande importance dans telle ou telle Région, notamment : 

  1. dans les Régions I et II, les pesticides organochlorés, et les PCB ; 
  2. dans les Régions II et III, les questions relatives à la Stratégie OSPAR visant les objectifs environnementaux et les mécanismes de gestion pour les activités offshore, et les impacts de la cultures marines ; et 
  3. dans les Régions III et IV, les impacts de l’aménagement des côtes. 

Ainsi, la mise en oeuvre des Stratégies OSPAR restera donc une haute priorité pour la Commission.

6.2 Pêcheries

6.2.1 Pêche

Description de l’impact

Des systèmes de gestion pour l’exploitation des ressources des pêcheries ont été mis en place par toutes les Parties contractantes à OSPAR. Ces mesures ont conduit à des pratiques durables pour la moitié des espèces de poissons faisant l’objet d’une exploitation commerciale. Néanmoins, parmi les stocks halieutiques exploités commercialement, nombreux sont ceux dont le niveau d’exploitation dépasse leurs limites biologiques sûres, ou dont l’exploitation se situe en deçà de ces limites, mais au point de les dépasser. Dans certaines zones, 40 des 60 stocks de ces espèces sont exploités dans des conditions non durables (voir Tableau 5.1). Même dans le cas des stocks qui se situent dans les limites biologiques sûres, la composition des tailles a été altérée par la pêche. La composition des âges a elle aussi été tronquée. Le nombre de classes d’âge ayant diminué au sein de la population exploitée, les populations de reproducteurs et les pêcheries dépendent de plus en plus du recrutement externe, d’où une variabilité plus importante.

Pour nombre des autres espèces, les évaluations sont peu concluantes. Les stocks exploités ne font pas tous l’objet d’une évaluation. Peu d’estimations sont faites sur les stocks des quelque 1000 espèces non exploitées présentes dans la zone maritime, dont les requins, les pocheteaux et les raies. Dans les régions où les stocks commerciaux typiques sont en recul, la pression exercée par la pêche se reporte souvent sur d’autres stocks, ou sur des populations vivant en eaux profondes, où la gestion est particulièrement difficile. La croissance lente et la faible fécondité de nombres d’espèces de poissons vivant en eaux profondes, les rendent particulièrement vulnérables à la surexploitation.

Les captures accessoires d’espèces commerciales sous-dimensionnés ou non souhaitées, la mortalité des espèces non ciblées, dont celle d'animaux benthiques et de mammifères marins, ainsi que l’ampleur même des rejets à la mer, posent toujours des problèmes dans de nombreuses zones. Le poisson rejeté à la mer constitue une pression supplémentaire sur les stocks car il ne survit en général pas. D’une taille en général plus petite que le poisson effectivement débarqué, à poids égal, les rejets représentent un nombre plus grand d’individus. Par conséquent, le fait de rejeter la moitié du poids de la capture (comme c’est le cas de certains stocks dans certaines pêcheries) peut aboutir à rejeter à la mer un nombre beaucoup plus important de poissons que l’effectif débarqué. Les rejets à la mer constituent donc une source significative de mortalité. Par ailleurs, ces rejets modifient les rapports concurrentiels au sein des communautés, ceci en favorisant les espèces nécrophages.

Les marsouins, les dauphins et les phoques sont les mammifères les plus souvent pris dans les apparaux de pêche. Les marsouins sont particulièrement vulnérables aux araignées posées au fond. Les dauphins sont pour leur part vulnérables aux filets dérivants. Certains indices prouvent à l’évidence que les taux de mortalité des marsouins pris dans les filets de pêche, tels qu’ils ont été estimés pour les Régions II, III et IV ne sont pas durables.

L'accroissement des populations d’oiseaux de mer constaté ces dernières décennies a été attribué à plusieurs facteurs (par exemple, à une amélioration de la protection, à l’augmentation des populations de petits poissons proies, à l’augmentation des rejets de poissons et de viscères à la mer par les bateaux de pêche commerciale). Périodiquement, certaines espèces ont subi une chute brutale de leurs effectifs. Il se peut que certaines modifications soient dues à la variabilité naturelle, et que d’autres soient directement liées à une baisse du poisson-proie – par exemple, le déclin de certaines populations de guillemots communs et de macareux dans certaines parties de la région Arctique, à la suite de la baisse des stocks de capelans dans le premier cas, et de harengs dans le second. La diminution des populations de poisson-proie peut être due à la variabilité naturelle, mais peut aussi être provoquée ou aggravée par la pêche. Les captures accessoires ont elles aussi eu une incidence. 

Les perturbations du fond marin, provoquées par les apparaux de pêche, peuvent modifier la composition des espèces et des tailles des individus du benthos surtout lorsqu'elles se répètent. Par exemple, dans les zones de la mer du Nord où le chalutage du fond marin a été longtemps pratiqué, on constate une dérive de la diversité du benthos et de sa composition, la population étant passée de grandes espèces benthiques à longue vie, à des espèces plus petites et plus opportunistes. Les études récemment faites le long du littoral norvégien ont mis en évidence les graves dégâts causés aux coraux en eaux profondes par la pêche au chalut pratiquée par le passé. On ne dispose d’aucun renseignement sur les autres zones où de telles formations sont présentes, la situation ayant toutefois toutes chances d’être analogue dans les cas où un chalutage de fond a été pratiqué dans des conditions semblables.

Efficacité des mesures

Pour que l’effort de pêche soit compatible avec une exploitation durable des pêcheries, les mesures récemment prises dans le cadre de la politique commune de la pêche de l’UE, ainsi que par la Norvège et l’Islande, sont centrées sur la maîtrise de l’effort de pêche. Parmi les principales mesures réglementaires appliquées, se trouvent la réduction de la flotte de pêche, la fixation annuelle de totaux admissibles de capture et dans certaines zones, la fixation de quotas individuels transmissibles. De plus, des mesures techniques de conservation, telles que la dimension des mailles et des grilles de triage, sont largement appliquées afin de réduire les captures de poissons juvéniles, et les rejets à la mer en conséquence. Un vaste éventail de mesures de conservation a été adopté au niveau national, afin de protéger les phases vulnérables de la vie de divers stocks. Parmi ces mesures se situent notamment la création de zones de nursery permanentes dans les eaux côtières, la fermeture temporaire de la pêche afin de protéger le poisson juvénile, ainsi que la fermeture des zones de frai exactement à la période de reproduction dans l'année. Dans la plupart des régions, les gros chalutiers sont interdits à moins de 12 milles de la côte. 

Bien qu’elles soient efficaces dans certaines pêcheries, ces mesures se sont avérées dans l’ensemble peu efficaces, en raison de la surcapacité actuelle de certaines des flottes européennes de pêche. La plupart des mesures réglementaires impliquant une perte économique sur le court terme, elles créent, pour l’industrie de la pêche, une incitation soit à accroître l’efficacité de la pêche, de manière à compenser la perte subie, soit tout simplement à ne pas respecter les règlements. Cela rend la mise en oeuvre des mesures de gestion extrêmement difficile, tant en raison du coût de la police à faire en mer, que de la dispersion même de cette activité. Pour des raisons socio-économiques, les TAC décidés par les organismes internationaux dépassent souvent les plafonds recommandés par les scientifiques. Compte tenu des incertitudes des évaluations des stocks totaux, des TAC aussi élevés ont fréquemment contribué à une exploitation des stocks au-delà de leurs limites biologiques sûres.

Limites des connaissances

Il existe de nombreux domaines mal appréhendés, et vers lesquels les travaux devraient être orientés dans l’avenir : 

  1. statistiques plus précises des captures de poissons, notamment par une amélioration du suivi et de la notification des captures accessoires et des rejets à la mer ; 
  2. informations destinées à définir des quotas de capture durables pour les stocks halieutiques (y compris les espèces de poissons vivant en eaux profondes), qui font l’objet d’une exploitation commerciale en dépit de l’insuffisance des données et des connaissances qui permettraient de juger plus sûrement de leur statut ; 
  3. meilleure connaissance de la capacité de reproduction et de la dynamique de population des espèces de poissons exploitées commercialement, et notamment des effets de la variabilité due au climat, de la pêche, et des interactions biologiques (entre espèces) ; 
  4. informations sur les effets de la pêche sur des espèces non ciblées telles que les organismes benthiques, les requins, les raies, les tortues, les oiseaux de mer et les mammifères marins, ainsi que sur les habitats benthiques, dont les milieux d'eaux profondes ; et 
  5. informations sur les facteurs socio-économiques qui influencent le comportement des pêcheurs et des flottes de pêche, ainsi que sur la manière d’intégrer les connaissances et l’expérience des pêcheurs à l'évaluation et à la gestion.

Identification des mesures prioritaires à prendre

Il est généralement admis que la gestion des pêcheries et les politiques environnementales doivent impérativement être intégrées plus avant, dans le cadre d'une approche par écosystème. Il est également important que la base scientifique de la gestion des pêcheries soit améliorée en permanence, et qu’il y a lieu de favoriser l’application du Code de Conduite pour une Pêche Responsable. Pour parvenir à des tailles de stocks et à des degrés d’exploitation qui se situent dans les limites biologiques sûres, et minimiser les atteintes écologiques, une action concernant les sujets suivants pourrait être envisagée par les autorités compétentes : 

  1. l’effort de pêche excessif et la surcapacité des flottes de pêche dans certaines régions ; 
  2. l’absence de points de référence de précaution pour la biomasse et pour la mortalité de certains stocks faisant l’objet d’une exploitation commerciale ;
  3. la manière d’aborder la vulnérabilité particulière des espèces d'eaux profondes ; 
  4. les risques pour certains écosystèmes et habitats, par exemple crêtes sous-marines, sources hydrothermales, colonies d’éponges et communautés de coraux en eaux profondes ; 
  5. impacts préjudiciables pour l’environnement de certains apparaux de pêche, notamment de ceux qui conduisent à une capture excessive d’organismes non ciblés, ainsi qu’à la perturbation des habitats ; et 
  6. les avantages que présentent, pour la pêche et/ou pour le milieu marin, la fermeture temporaire ou permanente de la pêche, ou d’autres formes de protection de certaines zones.

6.2.2 Cultures marines

Description de l’impact

Au cours de ces quelques dernières décennies, les formes intensives de cultures marines se sont considérablement développées, et notamment l’élevage du saumon. Dans certains pays, la production des cultures marines est devenue comparable, en terme de valeur économique, à celle de la pêche démersale et pélagique. Il s’agit maintenant d’une industrie de premier plan dans de nombreuses régions, industrie qui a toutes chances de se développer dans l’avenir, tant en volume que sur le plan de l’éventail des espèces de poissons élevées. Au niveau national, des modalités d’octroi des permis, ainsi que des dispositifs de suivi associés ont été mis en place afin de limiter l'extension géographique et l'impact de cette pratique. Des préoccupations se sont exprimées quant à la propagation des maladies et parasites, tels que le pou de mer, des stocks d’élevage aux stocks sauvages, et vice versa. Les croisements avec des salmonidés d’élevage échappés peuvent affecter la génétique des stocks sauvages. Les cultures marines sont une des sources de l’introduction involontaire d’espèces non indigènes, car l’introduction et le transfert d’organismes marins entraînent des risques de transfert d’organismes concurrents, de prédateurs, de parasites, d’organismes nuisibles et de maladies. Quelques espèces non indigènes ont été délibérément introduites dans la zone maritime, surtout pour la culture marine. De plus, les émissions de nutriments, de matières organiques et de produits chimiques (tels que les agents antisalissures, biocides, antibiotiques et autres agents thérapeutiques et de pigmentation) peuvent donner lieu à une pollution localisée, en particulier des sédiments.

Efficacité des mesures

L’absence de renseignements sur la mise en oeuvre par les Parties contractantes de la Recommandation PARCOM 94/6 sur la meilleure pratique environnementale en vue de la réduction des apports de produits chimiques potentiellement toxiques provenant de l’aquaculture empêche de juger de l’efficacité de cette mesure. Des progrès ont été néanmoins réalisés dans l’abandon de l’utilisation du pesticide dichlorvos. Afin d’évaluer les conséquences de la mise en oeuvre du Code pratique CIEM des introductions et du transfert des organismes marins ainsi que son efficacité, d’autres travaux sont nécessaires.

Limites des connaissances

La compréhension que nous avons des effets environnementaux des cultures marines est entachée de lacunes, notamment sur les plans suivants : 

  1. une meilleure documentation sur l’effet des saumons échappés sur la composition génétique des stocks de saumons sauvages ; et 
  2. connaissance du risque de propagation des maladies, des élevages aux stocks sauvages, et vice versa.

Identification des mesures prioritaires à prendre

Compte tenu de la combinaison des risques que présente la fuite des animaux d’élevage, ainsi que des grandes incertitudes qui pèsent sur l’impact que les organismes échappés ont sur les populations sauvages, il y a lieu d’élaborer des mesures de gestion mieux adaptées en tenant compte des résultats obtenus grâce à des directives CE telles que la Directive 91/67/CEE régissant la mise sur le marché d’animaux et de produits d’aquaculture. Il y a de plus lieu de continuer à combler les lacunes des connaissances.

6.3 Affectation des terres et utilisation de la mer

6.3.1 Exploitation de la zone côtière et du plateau continental

Description de l’impact

Dans les zones peu peuplées (par exemple, en Islande, en Norvège, aux Açores et dans certaines parties des côtes ouest de l’Ecosse et de l’Irlande), la pression exercée par le développement sur le littoral est relativement légère. En revanche, dans d’autres zones où, sur la côte, on cherche à implanter des industries, des habitations et du tourisme, une pression considérable s’exerce. En même temps, la surface des terres disponibles pour le développement côtier a diminué au fur et à mesure que le nombre de zones identifiées comme pouvant bénéficier d'un régime de conservation augmentait. En mer, les principales implantations sont celles du secteur existant du pétrole et du gaz offshore, de l’industrie émergeante de la production éolienne d’électricité offshore ainsi que, éventuellement, des développements dans le secteur de l'énergie des vagues.

Des zones urbaines à grande densité de population se trouvent dans une bande littorale qui longe une grande partie des côtes des Régions II et IV, ainsi qu’une partie de la Région III. Pendant l’été, la population augmente très sensiblement en raison du tourisme. Ces fortes concentrations démographiques aboutissent à des interactions complexes entre les impératifs environnementaux, économiques et sociaux, les conflits d’intérêts pouvant être sérieux de ce fait.

Dans toutes les Régions OSPAR, le tourisme a augmenté de façon continue. En dépit de la planification, et des politiques de développement judicieuses, nombre de sites et d'emplacements qui attirent les touristes sont mis en péril par les touristes, du seul fait de leur nombre, par le développement du trafic, et par la demande croissante de commodités, et de services de meilleure qualité. En mer du Nord, les zones de reproduction d’oiseaux sur les plages de sable ont presque entièrement disparu en raison des activités de loisir.

La protection du littoral, la récupération des terres sur la mer et la création d’industries, de ports et de havres, affectent les habitats côtiers. Dans de nombreux cas, les habitats et les processus écologiques connexes ont été modifiés, voire même parfois détruits. On s’est cependant rendu compte qu'avec une gestion appropriée de mesures de protection des côtes, de nouveaux habitats pouvaient se créer.

Dans certains pays, l’énergie est de plus en plus produite par des centrales électriques éoliennes implantées sur la côte. On recherche activement de nouveaux sites où l’énergie éolienne serait suffisante, et où les populations humaines ne seraient pas dérangées. Hormis l’espace nécessaire, cette activité provoque des perturbations visuelles et acoustiques, les pales en rotation pouvant par ailleurs être dangereuses pour les oiseaux.

Le développement de la production d'énergie offshore peut impliquer la construction de nombreuses installations de différentes tailles qui peuvent soit être construites sur des îles artificielles, soit implantées directement sur le fond marin, et qui devront être reliées à la terre (par exemple, par des câbles). Selon le ratio coût/avantages des diverses filières de production d’énergie dans l’avenir, il se peut que la production d’énergie offshore, à partir du vent et des vagues, offre des perspectives significatives à long terme. Plusieurs pays possèdent des parcs d’éoliennes produisant de l’électricité (par exemple, l'Irlande) ou en prévoient l'installation (par exemple la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume Uni).

Les activités pétrolières et gazières sont très répandues dans la zone OSPAR (Figure 3.10), quoique dans leur majorité, les installations offshore soient implantées en mer du Nord. Il existe des perspectives considérables d’expansion dans l’avenir. Dans d’autres régions, par exemple l’Arctique, l'Atlantique au large et les eaux irlandaises, l’exploration offshore n'en est à qu'à ses premiers stades, mais ce secteur devrait continuer à s’y développer dans l’avenir.

Les activités pétrolières et gazières offshore peuvent avoir des impacts à tous les stades de l’exploration, de la mise en valeur et de l’exploitation. Les principaux problèmes sont dus aux rejets d’hydrocarbures et autres produits chimiques (voir section 6.7). Le changement des habitats, dû à l’introduction de substrats artificiels durs et aux perturbations physiques, pose également un problème, quoique plus localisé par son ampleur. La création de substrats artificiels durs est une question complexe. Par exemple, les substrats durs peuvent être bénéfiques pour les organismes qui s’en servent en effet comme des abris, mais peuvent attirer et créer des concentrations de prédateurs dont les proies sont des organismes vivant dans les habitats environnants.

Environ 800 plates-formes offshore sont à l’heure actuelle exploitées dans les eaux de la Convention OSPAR. Selon les prévisions, dans les dix à vingt ans à venir, au fur et à mesure que les champs deviendront improductifs, un nombre croissant de structures vont être déclassées. Le déclassement devra se faire de telle manière que les installations désaffectées ne constituent pas un danger pour la navigation ou pour l’industrie de la pêche, non plus qu’une source potentielle de pollution. Le nombre d’installations déclassées à ce jour est faible. Elles étaient pour l’essentiel implantées sur les hauts fonds du sud de la mer du Nord, et ont été ramenées à terre. Aucune grande installation fixe n’a encore été déclassée.

En conséquence d’une initiative prise à la quatrième Conférence internationale sur la protection de la mer du Nord (1995), la réunion ministérielle de la Commission OSPAR, tenue en 1998, a adopté la Décision 98/3 sur l’élimination des installations offshore désaffectées, décision qui interdit l’immersion ou le maintien total ou partiel en place des installations offshore désaffectées dans la zone maritime. Sous réserve d’une évaluation et d’une consultation selon des procédures convenues, des dérogations sont possibles pour les piétements des installations en acier pesant plus de 10 000 t, ainsi que pour les installations en béton.

Efficacité des mesures

Nombre de zones côtières sont considérées comme importantes pour la conservation et bénéficient de protection juridique à divers niveaux. Les législations nationales, les conventions internationales et les directives communautaires européennes, notamment la Directive relative aux oiseaux (79/409/CEE) et la Directive relative aux habitats (92/43/CEE), sont des instruments importants, même si leur mise en oeuvre a pris du retard. Toutes les Parties contractantes à OSPAR ont créé des zones de conservation, beaucoup d’autres zones sont identifiées à cet effet. La Communauté européenne a créé un programme de démonstration sur la gestion des zones côtières. En 1998, OSPAR a adopté une nouvelle annexe à la Convention OSPAR de 1992, relative à la protection et à la conservation des écosystèmes et de la diversité biologique de la zone maritime objet de la Convention.

Bien que ces mesures aient permis de créer un cadre général pour la protection des zones côtières, leur efficacité dépend de la façon dont elles sont appliquées à l’échelon local. Il est difficile d’obtenir des renseignements complets et homogènes sur la mise en oeuvre de ces mesures. En ce qui concerne les zones côtières, on manque tout particulièrement de renseignements comparables sur les habitats sensibles ou uniques, ainsi que sur les activités humaines dans ces zones. 

Identification des mesures prioritaires à prendre

Les questions économiques, environnementales et sociales qui se posent sont souvent complexes. Un examen approfondi est nécessaire pour éviter de graves conflits d’intérêts entre le besoin de protéger les zones choisies pour la conservation, et la pression exercée par l’homme, en matière de logements, de loisirs, etc. Il convient en effet d’appliquer à la gestion de la zone côtière des codes de bonne pratique, afin d’identifier les zones côtières sensibles et d’appliquer des régimes de contrôle efficaces, et minimiser ainsi l’impact de l’homme. Dans l’avenir, ces problèmes pourraient être exacerbés par l’élévation mondiale du niveau de la mer résultant du changement de climat. Vu l’élévation du niveau de la mer, dans l’avenir, les politiques de protection du littoral devront régler la question de savoir comment garantir une protection adéquate des côtes, qui soit compatible avec les impératifs de conservation.

L’impact environnemental des programmes actuels, tant de construction de centrales électriques sur la côte, que d’équipements offshore de production d’énergie éolienne et éventuellement à partir des vagues, devra être étudié attentivement. De plus, il convient que les nouveaux programmes de développement minimisent les interférences avec les autres utilisations de la mer, en particulier la pêche et la navigation. 

Le développement de l’industrie pétrolière et gazière offshore est susceptible d’accroître l’ampleur du changement et de la perturbation des habitats. Par conséquent, il y a lieu d’étudier ces impacts éventuels, tant pour les installations existantes, que nouvelles.

6.3.2 Exploitation des minerais

Description de l’impact

Le sable et le gravier sont des matériaux essentiels pour les travaux de construction des bâtiments privés et industriels, pour la protection du littoral et pour la recharge des plages. Dans la zone OSPAR, 43 millions de m3 sont extraits annuellement. C’est en mer du Nord que le volume de loin le plus important est ainsi extrait, puisqu’il est passé de 34 à 40 millions de m3 de 1989 à 1996. Le long de la côte atlantique de la France, on extrait 4 millions de tonnes par an environ. Les bancs de maërls (algues calcaires) sur lesquels reposent de fragiles écosystèmes, et les sables coquilliers, sont exploités pour l’essentiel le long de la côte de Bretagne.

L’exploitation des agrégats marins peut avoir des effets négatifs sur le milieu marin. Pendant les opérations, la turbidité augmente temporairement. Le principal impact sur l’écosystème tient à la perturbation et à la disparition des organismes benthiques dans la zone d’extraction. Des atteintes peuvent être causées aux zones de frai des poissons qui pondent leurs oeufs directement sur le gravier (par exemple, du hareng). De plus, les opérations d’extraction sont susceptibles d’accentuer l’instabilité des hauts bancs ainsi que le potentiel d’érosion côtière. La vitesse de récupération d’un site dépend du degré des modifications du substrat et de la faculté que le benthos a de recoloniser la zone. Ce processus peut prendre de quelques mois à plus de dix ans.

Efficacité des mesures

Diverses mesures ont été adoptées aux niveaux national et international afin de minimiser l’incidence environnementale de l’extraction des agrégats marins (par exemple, le Code pratique du CIEM de l’extraction commerciale des sédiments marins (CIEM, 1992)). Néanmoins, l’extraction se poursuit à un rythme élevé, et dans certaines zones, les quantités enlevées ne sont guère contrôlées. Bien que certains pays élaborent à l’heure actuelle des régimes de permis plus rigoureux, dans de nombreux cas, l’objectif général des stratégies nationales à l’égard de la réglementation de cette activité manque de clarté, une réflexion s’imposant sur la politique nationale en lien avec l'exploitation des agrégats à terre. La Stratégie OSPAR sur la protection et la conservation des écosystèmes et de la diversité biologique de la zone maritime devra couvrir également l'impact des exploitations de minerais sur les habitats benthiques. 

Limites des connaissances

On ne dispose que de peu de renseignements sur les effets à court et à long termes de l’exploitation des agrégats marins, en particulier du sable coquillier et du maërl. Ces renseignements sont nécessaires pour déterminer les modalités du contrôle ainsi que les quotas, et assurer ainsi une exploitation durable. 

Identification des mesures prioritaires à prendre

La demande croissant progressivement, il conviendrait que le Code pratique du CIEM de l’extraction commerciale des sédiments marins soit à la fois plus largement et plus efficacement appliqué, en particulier par le biais de permis nationaux. De plus, il y a lieu d’établir des contrôles efficaces et d’améliorer l’évaluation des impacts que l’extraction a sur le court et sur le long termes. Les zones en question devraient aussi être étudiées en relation des mesures évoquées à la section relative à l’exploitation de la zone côtière (Section 6.3.1).

6.3.3 Dragage et immersions

Description de l’impact

Les opérations de dragage donnent lieu à une perturbation physique et peuvent aboutir à une redistribution voire même à une nouvelle spéciation des contaminants (voir chapitre 4 et section 6.5). Parmi les perturbations physiques se trouvent l’augmentation des matières en suspension qui affecte la production primaire et la croissance des organismes filtreurs, l’enfouissement des organismes benthiques et la modification des caractéristiques du substrat, ce qui peut influer sur les communautés benthiques. Ces effets semblent être localisés. Le dragage peut modifier l’équilibre des processus côtiers naturels, parfois par une accélération de l’érosion du littoral et par la modification de la morphologie des chenaux naturels tout en affectant les habitats à une plus grande échelle. Le dragage des chenaux de navigation (dragages de grands travaux) s’est avéré nécessaire ces dernières années, afin de pouvoir recevoir des navires plus grands.

Efficacité des mesures

Avec l’entrée en vigueur de la Convention OSPAR, les immersions ont cessé dans la pratique, ceci à l’exception de celle des matériaux de dragage et des déchets de poissons provenant des opérations industrielles de transformation du poisson. D’une manière générale, l’immersion des matériaux de dragage est bien gérée grâce aux permis et aux contrôles exercés sur les teneurs en contaminants, mais non pas sur les charges totales. Suivant les Lignes directrices OSPAR relatives aux matériaux de dragage, les mesures visant à réduire au minimum le volume de matériaux dragués sont considérées comme la meilleure pratique environnementale qui minimise les effets sur l’environnement. L'impact de ces activités devra être abordé dans la Stratégie OSPAR sur la protection et la conservation des écosystèmes et de la diversité biologique de la zone maritime. 

Identification des mesures prioritaires à prendre

A l’avenir, il se peut que les dragages d’entretien augmentent, la variabilité naturelle (nombre de tempêtes) ayant cependant aussi un effet sur la quantité totale à draguer selon l’année. Il sera nécessaire d’évaluer et d’atténuer les impacts éventuels. Par ailleurs, il conviendra aussi de surveiller les systèmes de gestion en place, afin de maintenir leur efficacité.

6.3.4 Déchets

Description de l’impact

Les déchets présents dans le milieu marin (constitués à 95 % de matières plastiques non dégradables) sont surtout des déchets provenant des navires (de pêche et de commerce) ainsi que du tourisme et des activités d’agrément. Les déchets flottants et coulés au fond sont trouvés en grandes quantités dans toutes les régions de la zone maritime OSPAR. Les impacts sur la vie marine sont la mort par noyade des oiseaux pris dans des films en matière plastique et la mort des oiseaux, des tortues et des cétacés due à l’ingestion d’objets en matière plastique. Il a par ailleurs été constaté que les déchets apportaient différents organismes épiphytiques dans des zones de l’océan que ces organismes n’atteignent normalement pas. Sur le plan économique, ce sont les secteurs des loisirs et de la pêche commerciale qui ont le plus de chance d’être touchés par les déchets. Il se peut que le problème posé par les déchets s’intensifie avec le développement côtier du tourisme, de l'urbanisation et des industries.

Efficacité des mesures

Selon l’Annexe V à la Convention MARPOL, entrée en vigueur le 3 décembre 1988, il est interdit aux navires de rejeter en mer des matières plastiques sous quelque forme que ce soit. Un amendement à cette annexe, adopté en 1995, porte que tous les navires de 400 tonnes et plus, ou transportant plus de 15 personnes, doivent tenir un plan de gestion des déchets. Aux fins de l’Annexe V, la mer du Nord (en 1991) et la mer Baltique (en 1988) ont été classées zones spéciales MARPOL, en conséquence de quoi le rejet de tous déchets et poubelles par les navires y est interdit. Toutefois, il semble que la situation dans le domaine des déchets ne se soit pas améliorée en conséquence. Il y a lieu de porter une attention particulière à l’impact des déchets dans le cadre de la Stratégie OSPAR sur la protection et la conservation des écosystèmes et de la diversité biologique de la zone maritime.

Limites des connaissances

Une amélioration et une meilleure harmonisation des méthodes, et notamment l'établissement de zones de référence, seront nécessaires pour pouvoir apprécier convenablement l’ampleur et l’impact des déchets, tant sur les côtes qu’en mer. En retour, ceci fournira une base qui permettra d’apprécier les tendances en terme d'importance et de quantité et de l’importance des déchets dans l’ensemble de la zone OSPAR.

Identification des mesures prioritaires à prendre

Il conviendrait que les autorités internationales, nationales et locales compétentes envisagent les mesures suivantes : 

  1. application adéquate des exigences de l’Annexe V à la Convention MARPOL ; 
  2. adoption rapide, mise en oeuvre et application adéquate, de la (du projet de) Directive du Parlement et du Conseil européens relative aux installations portuaires de réception des déchets des navires en exploitation et des résidus des cargaisons (JO C10/4, du 13 janvier 2000) ; 
  3. envisager d’étendre à une plus grande partie de la zone maritime OSPAR le classement en zone spéciale MARPOL (Annexe V) ; 
  4. campagnes de formation de la population et des personnels des secteurs du tourisme, de la pêche et de la navigation ; et 
  5. déplacement et/ou amélioration de la gestion des décharges publiques implantées sur les côtes, d’où des déchets peuvent s’échapper en mer.

6.4 Navigation

Description de l’impact

L’impact de la navigation sur le milieu marin peut se manifester de diverses manières. Dans la zone maritime OSPAR, c’est surtout le résultat des apports, accidentels ou intentionnels, de substances nocives et/ou d’organismes nuisibles à l’environnement. Ces apports peuvent compter l’introduction d’espèces non indigènes par les eaux de ballast, l'utilisation de peintures anti-salissures (voir section 6.5), les déchets (voir section 6.3.4), les pollutions atmosphériques, les rejets opérationnels d'exploitation, ou encore la déperdition d’un navire et/ou d’une cargaison. Ces dernières années, parmi les cargaisons perdues par les navires on compte du minerai phosphoreux, des pesticides, ainsi que des huiles minérales et végétales. Dans le cas de groupe de substances, et bien qu’elles soient autorisées dans certains cas, les rejets n’en ont pas moins causé la mort de nombreux oiseaux de mer, et restent une préoccupation majeure.

Les plus graves dégâts que les catastrophes maritimes sont susceptibles de provoquer sont constitués par les déversements de matières dangereuses à proximité des zones écologiquement sensibles (par exemple, zone de frai, colonies d’oiseaux, zones de conservation de la nature), ou des centres d’activité humaine (par exemple, les zones de cultures marines, les lieux touristiques). Les pollutions par hydrocarbures dues aux accidents de pétroliers ont des impacts économiques et biologiques majeurs, dont des effets sur les cultures marines et la disparition de la faune et de la flore. Des travaux de nettoyage, destinés à protéger les intérêts touristiques, ainsi que des restrictions temporaires imposées aux pêcheries fixes, s’imposent souvent, notamment sur le court terme.

Depuis août 1999, il est interdit aux navires de rejeter des hydrocarbures ou des mélanges d’hydrocarbures dans la Zone spéciale des eaux du nord-ouest de l’Europe (créée par l’OMI, en vertu de la Convention MARPOL, Annexe I (Hydrocarbures)). Par ailleurs, dans de nombreux ports, la disponibilité des installations portuaires s'est améliorée. Néanmoins, de nombreux navires dégazent encore leurs citernes ou rejettent des eaux de cale en mer contenant plus de 15 ppm d'hydrocarbures, d’où un mazoutage des oiseaux de mer, des crustacés et mollusques et d’autres organismes, ainsi que du littoral. La pollution due à ce type d’activités illicites se situe encore à un niveau intolérablement élevé, et ne présente encore à ce jour aucune tendance nette à la baisse.

Dans la zone maritime OSPAR, la présence de plus de 100 espèces non indigènes a été relevée, surtout en mer du Nord et dans les mers celtiques, dans le golfe de Gascogne et le long de la côte ibérique. Les principaux vecteurs de ces introductions involontaires sont les eaux de ballast des navires et leurs boues associées, les salissures des coques des navires, bien que les cultures marines en soient aussi un vecteur significatif (voir section 6.2.2).

Efficacité des mesures

Plusieurs conventions de l’OMI portent sur la question de la sécurité des navires, tandis que les rails de séparation du trafic ont nettement réduit le risque de collision entre navires en mer. La perte des cargaisons ou les naufrages sont toutefois beaucoup plus difficiles à maîtriser. Cependant, la nette progression de la taille des navires et du volume de marchandises transportées n’a pas abouti à une augmentation du nombre d’accidents. Le nombre de navires perdus en mer s’est stabilisé. Néanmoins, les risques d’accident, de dégâts, ou les impératifs d’intervention d’urgence à travers l’Atlantique du Nord-Est dans son ensemble, sont difficiles à apprécier, ceci en raison de la difficulté de l’accès aux données relatives aux routes des navires et aux types de cargaisons en cause.

Aucune méthode efficace qui permettrait de combattre les introductions involontaires d’espèces non indigènes n’est en place. Les moyens qui permettraient d’empêcher ces introductions sont à l’étude dans le cadre de l’OMI, qui élabore à l’heure actuelle une réglementation portant sur la gestion des eaux de ballast.

La création de la zone spéciale en vertu de l’Annexe 1 à la Convention MARPOL, en août 1999, est trop récente pour que l’on puisse juger de l’efficacité de cette nouvelle réglementation. Pour renforcer l’efficacité de la poursuite des infractions, l’Accord de Bonn a adopté en 1999 les Lignes directrices de la coopération internationale visant à faciliter la poursuite efficace des contrevenants (Accord de Bonn, 2000).

En dépit des progrès accomplis, les installations adéquates de réception des déchets dans les ports ne sont pas encore très répandues. Les taxes levées à cet effet, et la perte de temps qu’une telle opération implique, font qu’une petite proportion des exploitants ne font pas appel aux installations disponibles, d’où, fréquemment, des rejets illégaux. La prise de position commune de l’UE 1/2000, sur la (le projet de) Directive du Parlement et du Conseil européens relative aux installations portuaires de réception des déchets des navires en exploitation et des résidus des cargaisons (JO C10/4, du 13 janvier 2000) pourrait constituer un grand pas en avant dans la diminution du nombre de rejets de déchets.

Limites des connaissances

Il est très difficile de déterminer et d’apprécier l’impact de l’introduction d’espèces non indigènes. L’une des raisons est que l’on connaît mal la distribution géographique des espèces indigènes. Il conviendrait à cet effet de mieux identifier les espèces rares, ainsi que les habitats uniques en leur genre. Des études plus ciblées stratégiquement sont nécessaires pour distinguer les espèces non indigènes des espèces endémiques à chacune des Parties contractantes à OSPAR.

Identification des mesures prioritaires à prendre

Pour réduire plus encore l’incidence de la navigation, il conviendrait que les Parties contractantes envisagent de prendre des mesures, individuelles et/ou conjointes en tant que de besoin, afin de :

  1. créer des installations de réception des déchets et des résidus d'hydrocarbure, là où de telles installations n’existent pas encore, créer des incitations à utiliser ces installations et renforcer la mise en conformité aux règles et réglementations existantes, relatives aux déchets et aux hydrocarbures (dont l’application des techniques de reconnaissance des produits chimiques et de signature des hydrocarbures) ;
  2. réduire le risque de collision et des impacts connexes dus aux déversements accidentels et à la perte des cargaisons, ceci en : 
  1. améliorant l’efficacité des rails de séparation du trafic, et en favorisant leur accès, en adoptant des mesures faisant en sorte que les itinéraires imposés soient respectés et compatibles avec les dispositifs d’avertissement anti-collision ;
  2. s'assurant que l’exploitation des navires est conforme aux normes de sécurité les plus rigoureuses, dont des contrôles de l’intégrité de la structure des navires, et la formation systématique des équipages ; 
  3. améliorant l’accès à l’information préalable sur les mouvements des navires et sur leurs cargaisons ; et
  4. favorisant l’adoption, dans les instances internationales, des mesures de récupération des cargaisons perdues, par exemple par des marqueurs et des émetteurs ;
  1. améliorer, par des réglementations appropriées de l’OMI, la qualité du combustible, de manière à éviter tant les défaillances des moteurs (et le risque de perte du navire, qui en découle) que les problèmes liés à la combustion des résidus d’huiles de soute, dangereuse pour l’environnement ; 
  2. élaborer, dans le cadre de l’OMI, des mesures mondiales et régionales de prévention de la propagation des espèces non indigènes par les eaux de ballast, et favoriser la mise au point de techniques d’échantillonnage intercomparées au plan mondial ainsi que de programmes de surveillance des points d’entrée les plus probables des espèces non indigènes, et vérifier si des mesures complémentaires s’imposent de la part d’OSPAR ; et 
  3. établir, dans le cadre de l’OMI, la base juridique tendant à l’interdiction à l’échelon mondial, de l’utilisation des composés organostanniques servant de biocides dans les revêtements anti-salissures sur les navires, d’ici le 1er janvier 2003, ainsi qu’à l’obligation d’enlever les composés organostanniques biocides actifs des coques des navires d’ici le 1er janvier 2008.

6.5 Substances dangereuses 

6.5.1 Introduction

En 1998, OSPAR a adopté une Stratégie visant les substances dangereuses (Numéro de référence OSPAR 1998-16), laquelle fixe, entre autres, l’objectif suivant : 

‘prévenir la pollution de la zone maritime en réduisant sans relâche les rejets, émissions et pertes de substances dangereuses..., dans le but, en dernier ressort, de parvenir à des teneurs, dans l’environnement marin, qui soient proches des teneurs ambiantes dans le cas des substances présentes à l'état naturel et proches de zéro dans celui des substances de synthèse’

selon un calendrier tel que chacun fera tout son possible pour avancer dans le sens de l'objectif de cessation des rejets, émissions et pertes de substances dangereuses d’ici 2020. Cette Stratégie fait aussi partie intégrante de la Stratégie OSPAR visant l’industrie pétrolière et gazière offshore (voir section 6.7).

L’un des éléments importants de la Stratégie est la liste OSPAR des produits chimiques devant faire l’objet de mesures prioritaires (Annexe 2 de la Stratégie, qui sera actualisée de temps en temps). Plusieurs des substances mentionnées dans le présent chapitre sont déjà inscrites sur cette liste (notamment mercure, plomb, cadmium, HAP, PCB, composés organostanniques, lindane (et ses isomères), nonylphénols, dioxines). D'autres substances seront concernées dans le contexte de sa révision en cours. Des documents de référence, portant sur chacune des substances ou groupes de substances inscrites sur la liste vont être élaborés, documents qui permettront d’avoir une vue d’ensemble des informations en possession sur les sources, les voies de pénétration, les apports et les teneurs dans l’environnement, ainsi que des mesures existantes. Ces documents permettront par ailleurs de constituer une base pour l’élaboration de mesures appropriées. Dans la Déclaration ministérielle de Sintra de la réunion ministérielle d’OSPAR qui s’est tenue en 1998 à Sintra (Portugal), se trouve un engagement par lequel ces mesures doivent être prises dans un délai de trois ans après qu’une substance ait été sélectionnée pour des mesures prioritaires.

Les sources ponctuelles de ces substances sont en général combattues par la meilleure technologie disponible et/ou par la mise en place de limites de rejet et d’émission, tandis que la lutte contre les sources diffuses se fonde sur la meilleure pratique environnementale, ainsi que sur des contraintes imposées à la commercialisation et à l’utilisation des produits.

Les rejets, les émissions et les pertes de la plupart des substances évoquées dans cette section font l’objet de diverses Directives communautaires européennes (dont beaucoup sont aussi applicables dans les Etats qui font partie de l’Espace Economique Européen). Il s’agit notamment de la Directive du Conseil 76/464/CEE du 4 mai 1976, concernant la pollution causée par certaines substances dangereuses déversées dans le milieu aquatique de la Communauté (laquelle doit être remplacée par la prochaine Directive instituant un cadre pour l’action communautaire dans le domaine de l’eau), la Directive du Conseil 76/769/CEE du 27 juillet 1976, concernant le rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des Etats Membres, relatives à la limitation de la mise sur le marché et de l’emploi de certaines substances et préparations dangereuses ; la Directive du Conseil 79/117/CEE du 21 décembre 1978, concernant l’interdiction de mise sur le marché et d’utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant certaines substances actives ; la Directive du Conseil 91/414/CEE du 15 juillet 1991, concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques ; la Directive du Conseil 96/61/CE du 24 septembre 1996, relative à la prévention et à la réduction intégrées de la pollution et la Directive du Conseil 98/8/CE du Parlement et du Conseil européens du 16 février 1998, concernant la mise sur le marché des produits biocides. Ces directives, de même que les travaux d’OSPAR et les travaux effectués dans le cadre de la Convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance, de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Europe (UNECE–LRTAP), fournissent un cadre juridique international à l’application des BAT et de la BEP.

6.5.2 Description des impacts

De nombreuses substances métalliques et organiques sont considérées par OSPAR comme préoccupantes, soit parce qu’elles sont intrinsèquement toxiques, persistantes et susceptibles de bioaccumulation, soit en raison d’autres effets, tels que la perturbation du système endocrinien, soit enfin pour ces deux raisons confondues. 

Métaux

Les métaux lourds peuvent présenter un risque pour le milieu marin, et ceci de diverses manières. Le cuivre dissous peut influer sur les niveaux tropiques inférieurs, tels que le phytoplancton. D’autres métaux, comme le cadmium, le mercure et le plomb, peuvent s’accumuler dans les crustacés et mollusques, ainsi que chez les prédateurs supérieurs (y compris l’homme). Les tendances relevées dans les niveaux de contamination par les métaux sont généralement à la baisse. Les phénomènes sont en général localisés et se produisent le plus fréquemment dans les estuaires et dans la zone côtière. Dans ces zones, en effet, les teneurs en métaux dans l’eau et dans les sédiments peuvent dépasser les valeurs des critères d’évaluation écotoxicologique, indices d’effets préoccupants sur le milieu vivant. C’est le cas des teneurs en cadmium dans l’eau de certains estuaires de la mer du Nord, et du mercure dans les zones proches des côtes dans la Région IV. Il a été constaté que les teneurs en cadmium, plomb, mercure et cuivre dans les sédiments dépassaient les EAC dans certaines zones situées à proximité d’apports actuels ou passés. On a constaté de plus que plusieurs métaux lourds se déplaçaient sur de longues distances dans l’atmosphère et provoquaient une pollution transfrontière dans des zones vierges telles que l’Arctique.

Substances organiques

Hormis leurs propriétés intrinsèques, de toxicité, de persistance et leur faculté de bioaccumulation, il est tout à fait évident que tout un éventail de substances naturelles et de substances de synthèse (dont le TBT ainsi que divers autres composés organo-métalliques, PCB, dioxines, et certains pesticides, produits pharmaceutiques et produits chimiques industriels), sont capables de porter atteinte au processus de reproduction des organismes aquatiques, par exemple en interférant avec leur système endocrinien (hormonal). Des études ont démontré que ces phénomènes de perturbation du système endocrinien pouvaient se produire même à de très faibles teneurs ambiantes, nettement inférieures aux teneurs auxquelles ces substances soit sont mutagènes, soit présentent une toxicité aiguë.

L’exposition au TBT, due aux traitements anti-salissures, entraîne clairement une réponse sous forme d’une perturbation endocrinienne chez un certain nombre d’organismes, dont un épaississement de la coquille de l’huître du Pacifique et un ‘imposex’ (acquisition des caractéristiques sexuelles du sexe opposé) chez les gastéropodes. On constate des niveaux significatifs d’imposex chez le pourpre dans les zones estuariennes et côtières de la zone de la Convention où la navigation et les activités connexes sont les plus denses. L’imposex a été constaté chez le pourpre et chez le bulot dans des ports du nord du Portugal, du nord-ouest de l’Espagne, de l’Islande, de la Norvège et de Svalbard, ainsi que dans les eaux britanniques et irlandaises, et enfin dans la région de la mer du Nord, y compris le Kattegat. Les études de l’imposex, réalisées dans la Région III en 1997, indiquent que compte tenu des très bas niveaux de TBT auxquels se manifestent les phénomènes biologiques, les effets restent évidents dans toutes les zones côtières, à l’exception des sites les plus éloignés, dix ans après l’entrée en vigueur de l’interdiction du TBT sur les coques des petits navires (< 25 m de longueur).

Il existe une corrélation significative entre l'intensité de la navigation, les niveaux de TBT dans le milieu vivant/les sédiments, et l'occurrence des manifestations d’imposex. Cette situation donne à penser que les navires d’une longueur supérieure à 25 m qui sont traités à la peinture anti-salissures au TBT, constituent la principale source à base de TBT, présente dans le milieu marin.

Les PCB émis et qui se sont déposés pendant la période pendant laquelle ils faisaient l’objet d’une fabrication et d’une utilisation intensives restent une source diffuse de pollution et de contamination de l’environnement mondial, en dépit de l’interdiction de fabrication des PCB et la mise en place des contraintes imposées à sa commercialisation et à son utilisation dans de nombreux pays. Du fait qu’ils sont hydrophobes et persistants, les PCB sont bioaccumulatifs. On en constate de hautes teneurs dans le milieu vivant, surtout dans les tissus graisseux des oiseaux piscivores et des mammifères marins. Chez la moule, des teneurs supérieures aux EAC ont été signalées dans toutes les Régions, à l’exception de la Région V. Les PCB peuvent perturber les systèmes enzymatiques et endocriniens des mammifères marins, ainsi qu’on l’a observé, par exemple, chez les phoques communs (Phoca vitulina) dans la mer des Wadden. Il a par ailleurs été démontré qu’à hautes teneurs, ils influaient sur le système immunitaire de l’ours polaire.

Les HAP proviennent notamment de l'utilisation des combustibles fossiles dans les appareils de chauffage domestique et dans l’industrie, des déversements d’hydrocarbures, des émissions des installations offshore et des gaz d’échappement des navires. Dans le milieu marin, ce sont les sédiments qui constituent le réservoir le plus important de HAP. Les teneurs y dépassent souvent les EAC, surtout dans certains estuaires de la Région II. Les HAP sont moins sujets à la bioaccumulation ou à la biomagnification que ne le sont les composés organochlorés. Les poissons et les organismes situés à un niveau plus élevé de la chaîne alimentaire tendent à métaboliser et à excréter ces composés très rapidement. Des études en mésocosme ont mis en évidence une corrélation entre l’apparition des phases précancéreuses du foie chez le poisson plat de la mer du Nord et les contaminants, corrélation évidente pour les HAP, possible pour les hydrocarbures chlorés.

La pénétration des pesticides organochlorés dans le milieu marin est essentiellement diffuse, à partir des eaux et de l'atmosphère, en raison de leur utilisation en agriculture ou dans les zones d’aménité, ou par une pollution transfrontière due à leur utilisation en dehors de la zone de la Convention. Diverses études indiquent que l’on a décelé des pesticides organochlorés chez diverses espèces marines, à des faibles concentrations qui restent toutefois préoccupantes. Cependant, d’une manière générale, les teneurs sont en baisse, et sont par ailleurs localisées. Il n’en convient pas moins de poursuivre les travaux sur les toxaphènes. Bien que l’utilisation de la plupart des pesticides organochlorés ait été abandonnée depuis un certain temps (par exemple, le DDT depuis 1979, voir la Directive du Conseil 79/117/CEE), leur présence n’en est pas moins décelée dans le milieu marin, en raison de leur extrême persistance, ou du fait d’une utilisation illégale ou de leur utilisation dans d’autres régions. Les teneurs en DDE, un métabolite du DDT, dépassent encore les EAC chez les moules et le poisson dans certaines zones. 

D’autres substances organiques persistantes, considérées par OSPAR comme devant faire l’objet de mesures, ne sont pas encore inscrites dans un quelconque programme de surveillance à long terme de la Commission OSPAR. Leur présence dans le milieu marin peut soit être déduite des renseignements relatifs à leur production et à leur consommation, soit encore être mise en évidence grâce à diverses études nationales ou ponctuelles, que ce soit en terme de teneur réelle dans l’eau ou dans les organismes, ou par l’apparition d’effets biologiques chez telles ou telles espèces. Il s’agit notamment : 

  • des retardateurs de flamme au brome, utilisés comme adjuvants des polymères et des textiles ; 
  • des paraffines chlorées, servant de plastifiants, de retardateurs de flammes et d’adjuvants des fluides de travail des métaux, ainsi que dans l’industrie du cuir ; 
  • des muscs synthétiques, utilisés comme parfums dans les produits cosmétiques, les savons et les détergents ; 
  • des éthoxylates octyl et nonylphénoliques (connus comme disrupteurs endocriniens), entrant dans la composition des détergents industriels, et utilisés dans l’industrie des textiles et du cuir ; et 
  • des dioxines, produits chimiques extrêmement toxiques, qui ne sont pas fabriquées mais sont en revanche des sous-produits de la combustion, ou qui résultent de la fabrication de certains produits chimiques chlorés et des procédés de blanchiment de la pâte à papier.

De même que les déversements d’hydrocarbures liés à la navigation peuvent avoir une incidence directe sur la mer, les rejets et les pertes d’hydrocarbures des raffineries ou dus aux accidents de transport terrestre ont un impact, via les apports fluviaux et les rejets d’eaux usées.

6.5.3 Efficacité des mesures

Métaux

Ce sont les rejets et les émissions ponctuels qui sont les plus faciles à contrôler. Un certain nombre de mesures ont été prises au niveau international afin de faire baisser les rejets, émissions et pertes de métaux lourds (Décisions et Recommandations OSPAR, et Directives communautaires). De ce fait même, d’une manière générale, les apports de métaux ont baissé. Les réglementations qui, dans l’avenir, découleront de la Convention UNECE–LRTAP viendront compléter ces mesures. Les apports diffus, dus à l’utilisation de produits contenant des métaux lourds et au ruissellement qui s’ensuit dans les cours d’eau et dans la mer, constituent désormais le principal enjeu.

La présence de hautes teneurs en métaux et en substances de synthèse dans les fruits de mer risque de poser un problème pour la consommation humaine. Pour protéger les consommateurs, les pays OSPAR ont mis en place des règlements et établi des programmes de surveillance des contaminants dans les fruits de mer.

Substances organiques

L'utilisation du TBT pour les navires d’une longueur inférieure à 25 m a été interdite en 1990. L’OMI a par ailleurs décidé d’élaborer un instrument international à caractère contraignant, afin d’interdire l’utilisation des composés organostanniques dans les revêtements antisalissures des navires d’une longueur supérieure à 25 m. L’objectif est d’interdire leur utilisation à partir de 2003, et d’exiger l’enlèvement du TBT sur les coques des navires d’ici 2008. Dans le contexte de la Communauté européenne, les restrictions imposées aux autres applications du TBT ont été renforcées, grâce à l’amendement apporté en 1999 à l’Annexe I à la Directive du Conseil 76/769/CEE (relative à la commercialisation et à l’utilisation des substances dangereuses). Ces initiatives ont suscité un passage à d’autres produits chimiques dangereux dans les revêtements antisalissures. Selon de récentes études, du cuivre et des biocides récemment lancés pourraient être présents dans certaines zones du milieu marin, à des concentrations susceptibles d’avoir une incidence préjudiciable sur le milieu vivant.

Dans de nombreuses zones, les apports licites et historiques de TBT sont encore décelables. Cependant, dans les pays où des réglementations efficaces ont été instaurées, les teneurs ont très sensiblement baissé au cours de la dernière décennie, et une récupération biologique a été observée dans les zones où de petits bateaux sont utilisés. Ceci indique bien que la mise en oeuvre des mesures de lutte peut être efficace.

La fabrication des PCB est interdite. Plusieurs pays ont abandonné toutes les utilisations des PCB dans les grandes installations. Cependant, d’importantes quantités de PCB subsistent encore dans les petites installations. Les pollutions dues à ces installations, ainsi qu’au matériel électrique, restent également importantes. Les teneurs dans les organismes marins ont considérablement baissé dans plusieurs zones. Toutefois, le rythme de la baisse a diminué dans les années 1990, et les teneurs semblent s’être stabilisées.

Depuis 1976, l’utilisation des PCB, des PCT et des préparations, dont des huiles usées, avec des teneurs en PCB ou en PCT supérieures, actuellement, à 0.005 % en poids, a été interdite par la Directive du Conseil 76/769/CEE. Des dérogations ont été accordées jusqu’au 30 juin 1986 pour certaines catégories d’usages. La Décision PARCOM 92/3 sur l’abandon des PCB et des succédanés dangereux des PCB stipule, entre autres, que les Parties contractantes prennent des mesures d'abandon de l'utilisation et de destruction dans des conditions sûres pour l’environnement de tous les PCB identifiables (i) avant 1995, ou au plus tard à la fin de l’année 1999 pour l'Islande et les Parties contractantes riveraines de la mer du Nord, (ii) avant 2005 ou la fin de 2010 au plus tard pour les autres Parties contractantes. La synthèse des rapports de mise en oeuvre de la Décision PARCOM 92/3 prouve qu’en 1997, cette Décision n’avait pas encore été appliquée (uniquement mise en conformité). L’élimination contrôlée des PCB, la décontamination ou l’élimination du matériel contenant des PCB et/ou l’élimination des PCB usés, dans le but de les éliminer intégralement, ont été réglementées par la Directive du Conseil 96/56/CE. D’autres mesures de suppression concernant la fabrication et l’utilisation des PCB ont été convenues dans le cadre de la Convention UNECE–LRTAP.

Parallèlement à d’autres organisations internationales et dans l'optique du milieu marin, une approche d'OSPAR visant les disrupteurs endocriniens est en cours de développement.

OSPAR a agréé un certain nombre de mesures visant à lutter contre les HAP. Il s’agit notamment de la Recommandation PARCOM 96/4 sur l’abandon des systèmes de revêtement au goudron de houille en un produit destinés aux bateaux de navigation intérieure, et de l’Accord PARCOM 1997/10 sur les revêtements au goudron de houille bicomposant pour les coques des navires, et de la Recommandation OSPAR 98/2 sur les plafonds d’émission et de rejet applicables aux installations existantes de fabrication de l’aluminium par électrolyse. Des projets sont en cours d’élaboration afin de combattre les.émissions de HAP par les appareils de chauffage domestique, ainsi qu’à l’utilisation de la créosote sur le bois. L’efficacité de ces mesures est en cours d’étude dans le cadre d’OSPAR.

L’utilisation de la plupart des pesticides organochlorés a maintenant été abandonnée (par exemple, le lindane, en 1981, voir Directive du Conseil 79/117/CEE), et seules quelques-unes de leurs applications sont encore autorisées. Dans le protocole à la Convention UNECE–LRTAP, sur les polluants organiques persistants, plusieurs pesticides organochlorés ont été identifiés comme polluants organiques persistants, et des mesures contraignantes visant à les maîtriser au niveau mondial sont en cours d’élaboration. Le mécanisme dynamique de sélection et de définition des priorités (DYNAMEC), qui fait partie intégrante de la Stratégie OSPAR visant les substances dangereuses, permettra de déterminer tous les autres pesticides susceptibles d’être préoccupants pour la zone maritime, en fonction de leurs propriétés intrinsèques de persistance, de bioaccumulation et de toxicité, cette détermination devant être suivie de nouvelles mesures. Tous les pesticides qui font encore l'objet d'autorisation vont être revus dans les années à venir en application de la Directive du Conseil 91/414/CEE (relative à la mise sur le marché des produits de protection des végétaux). Pour restreindre les apports de pesticides, plusieurs codes de bonnes pratiques ont été élaborés. Des recommandations sur les codes de bonnes pratiques applicables à la gestion intégrée des cultures et à l’utilisation des pesticides, dans les zones d’agrément, ont été adoptées par OSPAR en juin 2000.

OSPAR a d’ores et déjà adopté des mesures visant les paraffines chlorées (Décision PARCOM 95/1, sur l’abandon des paraffines chlorées à chaîne moléculaire courte), ainsi que les éthoxylates nonylphénoliques (Recommandation PARCOM 92/8 sur les éthoxylates nonylphénoliques). OSPAR a également fixé des valeurs limites pour les dioxines dans plusieurs mesures de contrôle des sources ponctuelles, soit directement (Décision OSPAR 98/4, sur la fabrication du chlorure de vinyle monomère), soit indirectement, par l’application du paramètre des AOX (Décision PARCOM 92/1, sur la fabrication de la pâte à papier kraft blanchie et de la pâte au bisulfite), soit encore par l’abandon de l’utilisation du chlore moléculaire (Décision PARCOM 96/2 sur l’abandon du chlore moléculaire dans le blanchiment de la pâte au bisulfite). Les rapports présentés par les Parties contractantes à OSPAR sur la mise en oeuvre de ces mesures prouvent que d’une manière générale, l'usage de ces substances a baissé, et que les valeurs limites sont respectées. Toutes ces substances sont inscrites sur la liste OSPAR des substances chimiques devant faire l’objet de mesures prioritaires. Des documents de référence définissant les principales origines et voies de pénétration dans le milieu marin sont en cours d’élaboration, le but étant d’adopter des mesures de lutte appropriées d’ici 2001.

A l’exception des dioxines, toutes ces substances font l’objet d’une évaluation de risque, en vertu du règlement communautaire européen visant les substances existantes (règlement de la Commission (CE) Numéro 1488/94). Ces évaluations aboutiront dans de nombreux cas à des mesures contraignantes de réduction des risques, surtout dans le cadre de la Directive communautaire européenne sur la commercialisation et l’utilisation des substances dangereuses (Directive 76/769/CEE, du Conseil). En ce qui concerne les dioxines, des réductions ont été obtenues grâce à l’application des BAT à plusieurs procédés industriels, ainsi que grâce aux directives communautaires européennes relatives à la combustion et à l’incinération (Directive du Conseil 88/609/CEE, sur les grandes installations de combustion, Directive du Conseil 89/369/CEE, relative aux nouvelles installations d’incinération des déchets, Directive 89/429/CEE, du Conseil, relative aux installations d’incinération des déchets municipaux, Directive du Conseil 94/67/CE, relative à l’incinération des déchets dangereux, et Directive du Conseil 96/61/CE relative à la prévention de et à la lutte intégrées contre la pollution).

Les mesures qui avaient pour but de réduire les rejets d’hydrocarbures des raffineries (Recommandation PARCOM 89/5) se sont avérées très efficaces (de 1981 à 1997, une baisse supérieure à 90 % a été obtenue).

6.5.4 Limites des connaissances

Il existe plusieurs thèmes à propos desquels les connaissances sont relativement médiocres et au titre desquels il conviendrait d’envisager des études ou des recherches dans l’avenir : 

  1. on manque de données fiables sur les émissions, les rejets et les pertes, ainsi que sur les teneurs et les effets de plusieurs substances dangereuses à l’heure actuelle, inscrites sur la Liste OSPAR des substances dangereuses devant faire l’objet de mesures prioritaires (Annexe 2 à la Stratégie OSPAR visant les substances dangereuses). Ceci est également vrai de nombre de substances que l’on envisage à l’heure actuelle d’inscrire sur cette liste. De plus, l’application du mécanisme DYNAMEC d’OSPAR est gênée par l’absence de telles informations ;
  2. on est par ailleurs assez mal renseigné sur la gamme et les teneurs des produits chimiques d’origine anthropique libérés dans le milieu marin, et susceptibles de perturber le système endocrinien des organismes marins. De plus, la manière dont les produits chimiques perturbateurs du système endocrinien agissent sur les organismes est encore mal comprise. Il conviendrait d’être mieux renseigné sur les perturbations du système endocrinien, autres que les effets oestrogènes ; et 
  3. on sait peu de choses sur les produits de la dégradation des HAP dans l’eau de mer, tels que leurs dérivés sulphonés hydroxylés et nitrés, qui sont souvent sensiblement plus toxiques que leurs composés-parents. Certains de ceux-ci sont probablement plus persistants que leurs précurseurs.

6.5.5 Identification des mesures prioritaires à prendre

Avec des ressources suffisantes pour la réalisation du programme de travail ambitieux qu'elle implique, la Stratégie OSPAR visant les substances dangereuses, constituera une stratégie exhaustive et cohérente permettant : 

  1. d'identifier les substances dangereuses préoccupantes pour la zone maritime d’OSPAR, et de déterminer les priorités parmi les mesures à prendre à leur égard ;
  2. d'identifier leurs sources ainsi que leurs voies d'entrée dans le milieu marin ; et 
  3. de développer des mesures permettant d’atteindre les objectifs de la stratégie au cas où ces mesures appropriées ne sont pas prises par ailleurs.

Il sera aussi important de faire en sorte qu’un effort correspondant d’observation des phénomènes qui se produisent dans le milieu marin de la zone maritime ainsi que des apports à celui-ci, soit accompli, pour mettre en évidence les progrès de la Stratégie visant les substances dangereuses dans le sens de son objectif. Des innovations s’imposeront dans l’élaboration et l'assurance de la qualité de techniques de surveillance des substances dangereuses nouvellement sélectionnées en vue de mesures prioritaires, ainsi que dans les stratégies de collecte des informations sur ces substances, pour contrôler les nouveaux types de sources (en particulier de sources diffuses) et définir des lignes de base à partir desquelles les progrès pourront être mesurés. Les ressources étant fatalement limitées, on sera amené à revoir les programmes de surveillance et d’évaluation, afin que :

  1. les ressources soient concentrées sur la surveillance des aspects les plus importants ; 
  2. la surveillance de telle ou telle substance soit proportionnelle aux besoins et réduite dès lors que les objectifs correspondants auront été atteints ; et 
  3. les avantages tirés de ces programmes soient optimisés par rapport à leur coût.

Les programmes et les mesures adoptés par OSPAR contiennent des dispositions pour la notification de la mise en oeuvre, tant sur le plan des dispositions adoptées, que de leur efficacité. Il convient d’améliorer la mise en oeuvre globale des notifications, et de faire en sorte que les renseignements recueillis dans ce sens sur l’efficacité des mesures, soient rassemblés grâce aux programmes de surveillance et d’évaluation.

De plus, des mesures pourraient être envisagées sur certains points particuliers : 

  1. en ce qui concerne les traitements antisalissures, 
  1. il conviendrait que les mesures arrêtées dans la Recommandation PARCOM 87/1 (sur l’utilisation des composés tributyl étain) et dans la Recommandation PARCOM 88/1 (sur les opérations dans les bassins portuaires) soit complétées par un document de BAT, portant sur l’élimination des déchets d’organostanniques, résultant de l’enlèvement de ces revêtements antisalissures des coques des navires ;
  2. une surveillance devrait être entreprise d’urgence sur les impacts des alternatives aux traitement antisalissures par organostanniques (par exemple, le cuivre et les biocides catalyseurs ; 
  1. un réexamen des actions entreprises au niveau national afin de mettre en oeuvre la Décision PARCOM 90/3 (émissions des installations d’électrolyse des chlorures alcalins à cellules de mercure) et, si nécessaire, des mesures OSPAR ayant pour but de faciliter sa mise en oeuvre ; 
  2. une évaluation de la mise en oeuvre de la Décision PARCOM 92/3 (abandon des PCB) ; et 
  3. la poursuite des travaux effectués dans le contexte de la Convention UNECE–LRTAP sur les polluants organiques persistants, et l'aboutissement des négociations sur une convention mondiale portant sur ce thème, sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

6.6 Substances radioactives

Description de l’impact

Les essais des armes nucléaires, l’immersion des déchets en eaux profondes, le fait qu’un sous-marin nucléaire ait été sabordé, les accidents de transport et les rejets des installations implantées sur la côte se sont ajoutés aux radionucléides présents dans le milieu marin. Dans la majorité des cas, ces apports ont été radicalement réduits. Les apports qui subsistent sont en grande partie dus aux émissions actuelles des usines de retraitement du combustible nucléaire. Pour l’avenir, les menaces les plus sérieuses sont constituées par les accidents susceptibles de se produire dans les secteurs nucléaires civils et militaires. Les émissions dans les zones d’immersion sont considérées comme ne présentant qu’un risque radiologique négligeable pour l’homme, même s’il est difficile de tirer des conclusions définitives sur leurs impacts environnementaux.

La question de la contamination radioactive, en particulier celle suscitée par les usines de retraitement du combustible nucléaire du cap de la Hague et de Sellafield, est une source d'inquiétudes pour les populations. Ces inquiétudes sont dues aux rejets radioactifs plus importants qui sont intervenus par le passé, ainsi qu’à la récente augmentation des rejets de certains radionucléides, moins significatifs sur le plan radiologique, en particulier de technétium-99. Il existe maintenant des appareils de détection plus sophistiqués, et au cours de la dernière décennie, d’importantes réductions nettes des niveaux de certains radionucléides plus nocifs ont été obtenues. De faibles concentrations de certains radionucléides artificiels sont retrouvées dans les algues, chez les crustacés et les mollusques, ainsi que dans la faune et la flore loin des sources. L’impact des radionucléides sur la faune et la flore n’a pas été évalué. Il n’existe aucune norme internationale d’évaluation de l’impact que les radionucléides de synthèse ont sur la faune et la flore.

Les retombées de césium-134 et de césium-137, l’une des conséquences majeures de l’accident de Tchernobyl de 1986, ont ajouté à la contamination par les radionucléides. D’une manière générale, depuis lors, les teneurs de ces radionucléides artificiels ont baissé. Toutefois, dans les sédiments, qui ont été particulièrement touchés, des augmentations de ces teneurs ont été constatées, du fait du ruissellement à partir des terres ainsi que d’une redistribution au sein de l’écosystème.

Pour toutes les Parties contractantes, l'interdiction de l'immersion des substances faiblement et moyennement radioactives, y compris les déchets, dans la zone maritime, est devenue définitive à compter de l'entrée en vigueur de la Décision OSPAR 98/2.

Efficacité des mesures

En 1998, OSPAR a adopté une stratégie visant les substances.radioactives (Numéro de référence OSPAR 1998-17), laquelle stipule, entre autres, l'objectif de : 

‘prévenir la pollution de la zone maritime par les radiations ionisantes, ceci par des réductions progressives et substantielles des rejets, émissions et pertes de substances radioactives, le but étant en dernier ressort de parvenir à des teneurs, dans l’environnement, proches des teneurs ambiantes dans le cas des substances radioactives présentes à l’état naturel, et proches de zéro dans le cas des substances radioactives de synthèse’

selon un calendrier tel que, d'ici l'an 2020, les rejets, émissions et pertes de substances radioactives soient ramenés à des niveaux tels que, par rapport aux niveaux historiques, les concentrations additionnelles résultant de tels rejets, émissions et pertes soient proche de zéro. 

Du fait des engagements récemment contractés dans le cadre d'OSPAR, notamment aux fins de la mise en oeuvre de la Stratégie OSPAR visant les substances radioactives, un processus de réduction des émissions, rejets et pertes anthropiques de substances radioactives (dont le technétium) a été entamé et se poursuivra, la baisse des niveaux de la radioactivité due aux rejets courants devant continuer. 

Identification des mesures prioritaires à prendre

Dans le cadre de la mise en oeuvre de la Stratégie OSPAR visant les substances radioactives, il est important de mettre au point des critères de qualité afin de protéger le milieu marin contre les effets préjudiciables des substances radioactives, et de rendre compte des progrès obtenus d'ici 2003.

Il convient de continuer de surveiller les épaves des sous-marins nucléaires immergés ainsi que les vieilles zones d'immersion afin de savoir si des fuites se produisent. S'il y a lieu, une politique adéquate de prévention de la pollution due à ces sources devrait être élaborée et mise en application.

6.7 Pétrole et gaz offshore

Description de l'impact

Les sources anthropiques d'apports d'hydrocarbures au milieu marin englobent les émissions en exploitation et les émissions accidentelles des plates-formes de production de pétrole et de gaz.

Les apports d'hydrocarbures dus à l'eau de production des installations offshore ont augmenté progressivement, au fur et à mesure que les champs arrivaient à l'optimum d’exploitation et que le nombre d'installations augmentait, surtout en mer du Nord. Celles-ci sont maintenant la plus grande source d'hydrocarbures dans le secteur pétrolier et gazier. Du fait du lessivage, les vieux déblais de forage constituent aussi une source potentielle d'hydrocarbures, les quantités ainsi libérées étant toutefois très faibles si on ne touche pas aux déblais.

Des changements des communautés benthiques ont été observés au voisinage des plates-formes de production de pétrole et de gaz. Les impacts sont en grande partie dus aux déblais éliminés par le passé au voisinage immédiat de certaines plates-formes, déblais contaminés par des hydrocarbures et des produits chimiques. Près des plates-formes, une baisse de la diversité des espèces a donc été observée, la biomasse étant dominée par des espèces opportunistes. Des changements biologiques dus à ce phénomène ont été décelés jusqu'à 3 km de ces installations.

Les rejets d'eau de production de l'industrie du pétrole et du gaz offshore sont en accroissement. Hormis les ‘hydrocarbures’, l'eau de production contient aussi toute une série d'autres composés organiques naturels, dont des hydrocarbures aromatiques monocycliques (autrement dit des BTEX), des HAP à 2 et 3 anneaux, des phénols et des acides organiques. La toxicité éventuelle de l'eau de production est probablement due à ces composés ainsi qu'aux résidus des produits chimiques utilisés pour la production (incluant les biocides) dont le devenir dans l'environnement et les effets sur celui-ci ont été déterminés d'avance par les instances de régulation. Dans le cas des rejets relativement faibles d'eau de production des plates-formes gazières, il se peut que les quantités de substances aromatiques soient supérieures aux quantités d'hydrocarbures dispersés par le rejet. Selon les prévisions, les quantités totales de produits chimiques introduits par cette source devraient augmenter, suivant ainsi l'augmentation du volume d'eau de production. Les effets de l'eau de production sur l'environnement sont incertains.

Les activités pétrolières et gazières par grands fonds se développent, de même que dans les zones recouvertes par les glaces à certaines saisons. Le risque de rejet accidentel d'hydrocarbures, et les effets que ces rejets sont susceptibles d'avoir, vont s'en trouver augmentés en raison même de la profondeur à laquelle ces opérations ont lieu ainsi que de la difficulté de prendre des mesures de réparation dans les environnements froids.

Efficacité des mesures

En 1997, la norme d'objectif pour les hydrocarbures de 40 mg/l d'hydrocarbures dans l'eau de production des installations offshore (fixée par la Recommandation PARCOM 92/6) a été respectée par 90% des installations. Les rejets d'hydrocarbures dus à l'élimination des déblais contaminés par des boues de forage à l'huile ont cessé à la fin de l'année 1996 (en conséquence de la Décision PARCOM 92/2). Au total, de 1985 à 1997, les apports d'hydrocarbures dus au secteur pétrolier et gazier offshore ont diminué de plus de 60%.

En 1996, OSPAR a adopté la Décision 96/3 sur un système obligatoire et harmonisé de contrôle de l’utilisation et de réduction des rejets de produits chimiques en offshore. Cette Décision constitue un élément clé dans le contrôle international sur les produits chimiques devant être utilisés à bord des installations offshore. Elle stipule, entre autres, les données et les informations qui doivent être impérativement communiquées aux autorités nationales compétentes quant aux substances et préparations, et donne des conseils aux autorités afin d'harmoniser les modalités adoptées par toutes les Parties contractantes à OSPAR pour les procédures correspondantes d'autorisation. Après une période d'essai, son efficacité a été revue à la lumière de l'expérience acquise, et une série de nouvelles mesures OSPAR a été mise en place. Celles-ci ont été adoptées en juin 2000, elles annulent et remplacent les mesures OSPAR précédentes relatives aux produits chimiques pour l’offshore. Ces nouvelles mesures OSPAR tiennent compte des dispositions et des impératifs fixés dans les diverses stratégies OSPAR, et constituent l'un des accords internationaux les plus avancés qui soient en matière de protection du milieu marin contre les produits chimiques utilisés dans l'industrie pétrolière et gazière offshore.

Limites des connaissances

Plusieurs éléments limitent les possibilités de procéder à une évaluation de l'impact de l'industrie pétrolière et gazière offshore, à savoir : 

  1. les effets éventuels des perturbations des terrils de déblais de forage ; 
  2. l'absence de critères d'évaluation écotoxicologique et/ou de teneurs ambiantes/de référence pour les hydrocarbures ; et 
  3. les impacts à long terme des produits chimiques décelés dans l'eau de production.

Identification des mesures prioritaires à prendre

Conformément à la Stratégie OSPAR visant les objectifs environnementaux et les mécanismes de gestion pour les activités en offshore (Numéro de référence OSPAR 1999-12), il conviendrait qu'OSPAR fasse élaborer et appliquer par l'industrie offshore des mécanismes de gestion de l'environnement, comprenant notamment des éléments d'audit et pour une notification transparente, ceci dans le but d'atteindre les objectifs de ladite stratégie. De plus, les autorités compétentes et l'industrie pétrolière devraient poursuivre leurs efforts dans le sens d'une plus grande transparence de leurs actions vis à vis du public.

6.8 Eutrophisation

Description de l'impact

La Procédure commune OSPAR de détermination de l'état d’eutrophisation de la zone maritime (dite ‘Procédure commune’ Numéro de référence OSPAR 1997-11)), est utilisée dans le but de caractériser dans la zone maritime les zones à problème, les zones à problème potentiel et les zones sans problème d'eutrophisation. Les premiers résultats de la Procédure commune et des QSR régionaux prouvent que l'eutrophisation, qui se manifeste par exemple périodiquement par une baisse des teneurs en oxygène, se limite à certaines parties de la Région II ainsi qu'à certaines baies et à certains estuaires des Régions III et IV.

Dans la Région II l'eutrophisation est très répandue, en particulier dans les estuaires et les fjords, dans des zones côtières de l'est de la mer du Nord, dans la mer des Wadden, la German Bight, le Kattegat et l'est du Skagerrak. Dans la mer d'Irlande et dans certains estuaires de la Région III, les teneurs en nitrates et en phosphate sont élevées et des phénomènes de désoxygénation se produisent parfois en raison des activités humaines. Dans la zone de l'estuaire de la Mersey et de la baie de Liverpool, ainsi que dans le Lough de Belfast, on peut voir des signes d'eutrophisation. Dans la Région IV, une désoxigénation a été constatée dans certaines zones restreintes des estuaires et des lagunes côtières (par exemple, dans la baie de Vilaine).

Dans la majorité des cas, les efflorescences d'algues toxiques sont des phénomènes naturels. Dans certaines conditions toutefois, une augmentation des apports de nutriments et/ou une modification du rapport N/P, ainsi que des apports de micro-nutriments, ont pu modifier la structure de la communauté phytoplanctonique dans le sens d'un renforcement de la présence d'espèces toxiques. On soupçonne et on est sûr dans certains cas que de tels effets sont à l'origine de l'augmentation, dans l'espace et dans le temps de l'efflorescence de telles espèces. Les conséquences des efflorescences sur la santé humaine et sur l'économie, ainsi que de l'accumulation de toxines chez les crustacés et les mollusques et autres organismes, sont préoccupantes. La présence d'espèces productrices de toxines n'aboutit pas toujours à l'apparition de toxines dans les crustacés et mollusques et autres organismes, ni à porter atteinte aux poissons et autres formes de vie marine. A contrario, des toxines algales ont été décelées dans les crustacés et mollusques, même en présence d'un très faible dénombrement cellulaire d'espèces phytoplanctoniques toxiques.

De l'eau riche en nutriments et à haute teneur en matière organique peut être transportée hors des zones touchées par une eutrophisation, et provoquer en aval une dégradation de la qualité de l'eau (par exemple, l'influence exercée par l'eau provenant des côtes sud de la mer du Nord sur les eaux norvégiennes des côtes du Skagerrak).

Efficacité des mesures

En 1998, OSPAR a adopté la Stratégie de lutte contre l'eutrophisation (Numéro de référence OSPAR 1998-18), laquelle a entre autres pour objectif de : 

‘combattre l'eutrophisation dans la zone maritime d'OSPAR, ceci dans le but de parvenir à et de maintenir un milieu marin sain où les phénomènes d'eutrophisation ne se produiront pas.’

selon un calendrier donné, tout devant être fait de manière à parvenir d'ici 2010, à cet objectif. Les mesures à cet effet sont notamment constituées par des stratégies intégrées, orientées sur les milieux récepteurs et sur les sources. 

La Conférence des ministres de la mer du Nord, tenue en 1987, est convenue que les apports de nutriments (azote et phosphore) aux zones affectées par une eutrophisation, ou susceptibles de l'être, devaient être réduits d'environ 50% entre 1985 et 1995. Cet objectif a été entériné par OSPAR en 1988 pour l'ensemble de la zone maritime et a ultérieurement été intégré à la Stratégie OSPAR de lutte contre l'eutrophisation.

Les engagements de baisse de 50%, contractés par les Etats de la mer du Nord, ont été en grande partie respectés dans le cas du phosphore ; en revanche, on estime que la baisse des apports d'azote a été de l'ordre de 25% entre 1985 et 1995, calculé sur les rejets et pertes à la source. De 1990 à 1996, les efforts de collecte et de traitement des eaux résiduaires urbaines et industrielles ont abouti à des baisses des apports directs de 30% dans le cas de l'azote, et de 20% dans celui du phosphore. Cependant, du fait des variations du débit des fleuves pendant la même période, aucune baisse corrélative des apports fluviaux ou atmosphériques à la mer du Nord n'a pu être relevée. Par ailleurs, les tentatives de réduction des apports dus aux autres sources diffuses, telles que le lessivage des engrais et du complexe des sols agricoles n'ont guère donné de résultats.

Si aucune tendance claire ne se dégage des teneurs en nutriments dans la mer du Nord dans son ensemble, ce n'est pas le cas des petites zones côtières subissant directement l'influence des apports d'origine anthropique. Dans les eaux côtières danoises, dans la mer des Wadden et dans la German Bight, une tendance à la baisse significative s'est manifestée (surtout dans le cas du phosphore) de 1989 à 1997. Dans les eaux du Danemark, la réduction est due à une baisse des apports par les eaux usées, par l'industrie et par les détergents (80% de baisse du phosphore).

Les mesures prises par la CE, et notamment la Directive concernant le traitement des eaux urbaines et résiduaires (91/271/CEE), et la Directive relative aux nitrates (91/676/CEE), de 1991, ainsi qu'une série d'initiatives prises aux niveaux nationaux, donnent une nouvelle impulsion à la réduction des apports de nutriments. La Directive relative au traitement des eaux résiduaires exigeait une baisse des apports de nutriments aux zones sensibles à l'eutrophisation au plus tard en 1998, tandis que la Directive relative aux nitrates imposait l'élaboration de ‘Programmes d'action’, afin de réduire les apports de l'agriculture aux ‘Zones vulnérables aux nitrates’, programmes qui devaient être en place au plus tard à la fin de 1998. Ces directives n'ayant pas encore été pleinement appliquées, leurs avantages ne se sont pas encore matérialisés.

Limites des connaissances

Plusieurs thèmes sont assez mal appréhendés et mériteraient de faire l'objet de nouvelles études ou recherches : 

  1. la réponse de l'écosystème marin (par exemple, par la formation d'efflorescences algales toxiques, par une modification de la structure et de la succession des communautés d'algues) aux apports de nutriments et notamment l'impact